Content: Home

Mon bébé a le crâne plat

Couchés sur le dos pour prévenir la mort subite, de nombreux nourrissons voient leur jolie tête ronde s’aplatir. Si cette déformation est sans gravité, dans les cas sévères, le port d’un casque peut entrer en considération.

Qu’est-ce qu’il a? Est-il tombé? A-t-il été opéré de la tête?» Non, Oscar, 7 mois, ne s’est pas fracturé le crâne en chutant de la table à langer et ne fait pas de boxe. Il n’a pas non plus été maltraité. S’il porte depuis un mois, 21 heures sur 24, un casque, c’est parce qu’il a développé une plagiocéphalie postérieure d’origine positionnelle (PPP). Autrement dit, sa tête, ronde à sa naissance, s’est aplatie quelques semaines plus tard suite aux nombreuses heures passées couché sur le dos.

Un corollaire certes inesthétique, mais sans incidence démontrée sur le développement du cerveau. Autrefois cantonné à quelques cas, le phénomène a toutefois pris de l’ampleur depuis qu’une vaste enquête de l’Académie américaine de pédiatrie, publiée en 1992, recommande de faire dormir les bébés sur le dos pour prévenir la mort subite du nourrisson. Pas question de remettre en cause cette consigne, préconisée par la Société suisse de pédiatrie, qui a permis de réduire de façon spectaculaire les décès. Seulement, depuis cette date, les médecins ont constaté une véritable épidémie de têtes plates. Le crâne du nouveau-né étant aussi épais qu’une feuille de carton, il se déforme facilement. A l’arrière ou sur le côté, selon la position adoptée, le plus souvent de façon asymétrique.

La plupart du temps, le méplat se corrige de lui-même, ou après quelques séances de physiothérapie ou d’ostéopathie. Mais les formes plus prononcées demeurent. Et peuvent aller jusqu’à modifier les traits du visage de façon impressionnante. Oreilles décalées, dont l’une se décolle parfois, protubérance du front, joue saillant d’un côté font partie des défauts observés. Ces bébés souffrent aussi fréquemment de difficultés de rotation et de stabilisation de la tête, voire du tronc. Le traitement d’ergothérapie par orthèse crânienne ainsi qu’un programme de stimulations sensorielles et motrices se révèlent dans ces cas nécessaires.

Un traitement moins compliqué qu’auparavant

Importé des Etats-Unis par des médecins lyonnais au milieu des années nonante, le traitement a été introduit en Suisse par Bénédict Rilliet, alors médecin adjoint dans le service de neurochirurgie universitaire du CHUV, à Lausanne, et des HUG, à Genève, en collaboration avec des ergothérapeutes lausannois. Au départ relativement lourd (A Lyon, les bébés restaient hospitalisés une semaine et certains ont même été opérés au Canada et aux Etats-Unis), il s’est considérablement allégé et perfectionné.

Le crâne plat n’est pas une fatalité: le port d’une orthèse pendant trois mois environ permet 
de résoudre 
le problème. (Illustration: grafilu)

Trois mois de traitement en moyenne

«A notre retour de Lyon, nous avons tout de suite décidé de traiter les bébés en ambulatoire, raconte Bernard Cavin, à l’époque chef du service d’ergothérapie de l’Hôpital orthopédique de la Suisse romande, à Lausanne. Dès 1998, nous avons développé avec les neurochirurgiens toute une technique de bascule des os du crâne qui a permis de réduire le temps de traitement de six mois à trois mois en moyenne.» Pour qu’il soit efficace, il devrait intervenir entre quatre et huit mois de vie, mais «de très bons résultats ont été constatés à douze mois», ajoute l’ergothérapeute qui insiste sur la prise en charge globale offerte par sa discipline.

Impressionnante mais indolore, la prise de mesure est réalisée à l’aide de bandes plâtrées sur le crâne du bébé. «Cela permet surtout une identification précise de la position des os et des sutures, un élément crucial dans les étapes du traitement qui va suivre», explique Bernard Cavin. Une autre technique, plus récente et réalisée par des techniciens orthopédistes, consiste quant à elle à relever les mesures du crâne du bébé à l’aide d’un scanner laser 3D. L’image du crâne est ensuite corrigée au moyen du logiciel de retouche afin d’obtenir la symétrie souhaitée.

Parents mis à contribution

Après dix-huit ans d’expérience, le traitement pratiqué par les ergothérapeutes affiche un taux de réussite de plus de 95%, et les risques de récidive sont quasi nuls.

Dans tous les cas, il implique une collaboration étroite avec les parents, qui doivent se rendre régulièrement avec leur bébé à des visites de contrôle pour ajuster l’orthèse. «Nous devons aussi nous assurer que le casque est bien positionné, l’enlever à chaque repas», raconte Richard, le papa d’Oscar. Le petit casque est en général bien toléré. «Notre bébé l’oublie quand il le porte.» Et les résultats sont étonnants de rapidité: «En un mois, le plat de son crâne s’est déjà réduit de 1 cm», se réjouit Richard.

Le neurochirurgien lausannois Olivier Vernet reçoit régulièrement des tout-petits au méplat persistant, adressés par leur pédiatre. Il ne s’agit toutefois pas de les casquer à tout prix.

«La raison principale de cette consultation est d’établir un diagnostic différentiel afin de s’assurer que l’enfant ne présente pas une craniosynostose, une fermeture précoce des sutures crâniennes, qui nécessiterait une opération. Il s’agit aussi de rassurer les parents», explique-t-il. Mais, ajoute-t-il, on sait aussi que certaines formes sévères de plagiocéphalie postérieure d’origine positionnelle ne se corrigeront peu ou pas d’elles-mêmes, ou avec un casque au-delà d’une année. «D’où l’intérêt de traiter idéalement ces enfants entre 4 et 10 mois de vie.»

 

Publié dans l'édition MM 29
16 juillet 2012

Auteur
  Super   Commentaires  1

 Imprimer  Envoyer

Conseils de prévention

Les petits crânes déformés suite au positionnement ne sont pas une fatalité. A Genève, les Hôpitaux universitaires (HUG) ont réalisé une vidéo expliquant les gestes de prévention à adopter les premiers mois de vie.

Varier les positions: lorsqu’il est réveillé, n’hésitez pas à installer plusieurs fois par jour votre bébé sur le ventre, en votre présence. Prenez-le dans vos bras, faites-le bouger.

Alterner la position de la tête: pendant son sommeil, toujours sur le dos, vous pouvez...

Lire la suite

A lire

 


Rédiger un commentaire


1 Commentaire

Heni Brossard Brossard [Invité(e)]

Ecrit le
31 janvier 2014

Article très intéressant en tout cas pour les personnes concernées
par ce problème avec des enfants.
Merci.

  • Vous avez déjà signalé ce commentaire