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Balade dans un moulin souterrain

A l’entrée du Locle, visite d’une installation unique en son genre.

C’est la seule fabrique souterraine d’Europe encore en état. Descendre le long des puits aménagés dans les grottes du Col-des-Roches correspond à un véritable voyage dans le passé: jusqu’en l’an de grâce 1549 exactement.

Cette année-là, René de Challant, seigneur de Valangin, accorde l’autorisation de construire un moulin sur le cours inférieur du Bied. «L’exact emplacement du premier moulin, entre le Châtelard et les Portes-du-Locle, n’est pas précisé, explique notre accompagnatrice, Caroline Calame, conservatrice du Musée des moulins souterrains du Locle. Mais l’emplacement actuel, correspondant à l’emposieu du Col-des-Roches, était le seul endroit où le cours d’eau développe une énergie suffisante.»

Une colonisation précoce du site

Caroline Calame, conservatrice du musée.

Nous sommes donc dans la vallée du Locle, où son principal cours d’eau, le Bied, suffit aujourd’hui encore à la consommation des 10 000 habitants de la ville. «Cette richesse en eau explique la colonisation précoce du site, depuis le Mésolithique, et son rapide développement», souligne Caroline Calame, rappelant qu’avant l’époque industrielle, Le Locle était bien plus important que sa voisine chaux-de-fonnière. Le nom du Locle vient d’ailleurs du celte «Lochle» signifiant «eau cachée.»

Et durant des siècles, l’eau constitue également une source d’énergie capitale. Que l’on est prêt à aller chercher sous terre s’il le faut. «Dans cette vallée assez plate, elle s’écoule lentement. Alors qu’il y avait ici une chute de plusieurs mètres avec une force hydraulique bien plus importante.»

L’endroit disposait également d’une scierie.

Au XVIIe siècle, le puissant Daniel Sandoz, collecteur d’impôts déjà propriétaire du Moulin de la Roche (près du Saut-du-Doubs), agrandit les moulins souterrains, «rajoutant trois roues hydrauliques aux deux existantes, et portant le nombre de puits à trois. Ce qui transforme l’endroit en véritable usine souterraine pour moudre le grain mais disposant également d’une scierie», détaille la conservatrice. Aujourd’hui encore, l’ingéniosité nécessaire à dompter cette cascade souterraine à travers ce système de roues superposées impressionne.

De 1899 jusqu’au milieu des années soixante, le site a servi d’abattoir.

Et pour l’époque, il s’agit d’aménagements colossaux. Creuser dans le roc calcaire un canal d’accès pour l’eau, puis tailler les excavations naturelles pour y aménager les immenses roues (la plus importante faisait 4 m 50 de diamètre) et les meules pour moudre le grain. Entre ces trois puits, glisser trois aqueducs (appelés coursiers) qui dirigent l’eau par chutes successives sur les différents rouages. Sans oublier trois galeries de contrôle et d’accès aux paliers inférieurs descendant par de petits escaliers taillés à même la pierre jusqu’à une profondeur de 23 mètres. «Le bouchage des eaux souterraines et la menace de graves inondations demandaient un travail d’entretien constant, tout comme les meules et les engrenages.»

Le pain au cœur de l’alimentation

Ce remarquable ouvrage tournera à plein régime durant des décennies, le pain constituant la principale source de nourriture jusqu’à la fin du XIXe siècle (chaque habitant en consommait 800 grammes par jour).

Des pétrins d’époque sont exposés au Musée des moulins souterrains du Locle.

Le dernier meunier – profession à la fois capitale et honnie d’où son obligation de prêter serment, comme en attestent plusieurs documents de l’exposition permanente du rez-de-chaussée – s’y installe en 1844, des turbines remplaçant brièvement les grandes roues hydrauliques une décennie plus tard. «Puis les moulins tombent lentement en désuétude, jusqu’à leur acquisition par la ville du Locle en 1884. En 1899, à la demande de la Confédération, les bâtiments existants servent à la création d’un abattoir frontière.»

D’autres bâtiments et annexes sont construits en surface, et l’exploitation se prolonge jusqu’au milieu des années 60. En 1973 se forme une équipe de bénévoles désireuse de réhabiliter les anciens moulins souterrains et de les ouvrir à la visite. Pour cela, cette Confrérie des meuniers abat un important travail de remise en état et de nettoyage puisque la grotte avait servi à abriter quelque 2000 m3 de déchets carnés.

Le premier circuit à l’intérieur de la grotte ouvre en 1987, l’éclairage permettant d’admirer l’importance et la profondeur des moulins de l’époque, alors que les escaliers métalliques de la partie inférieure laissent percevoir les marches de pierre de l’époque, le froid humide environnant achevant de rappeler les difficiles conditions de travail des meuniers des temps passés. «Ces toits en bois au-dessus des moulins existaient déjà, chargés de limiter les écoulements d’eau et de protéger les grains.»

L’exposition permanente du rez-de-chaussée est inaugurée la même année, grâce notamment au travail de Marc-Olivier Gonseth, à l’époque conservateur adjoint du Musée d’ethnographie de Neuchâtel. Une passionnante plongée dans le temps.

 

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Publié dans l'édition MM 24
11 juin 2012

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Infos pratiques

Un nouvel audio­guide

Depuis quelques semaines, un audioguide permet d’effectuer la visite des moulins de manière autonome, les visites guidées restant naturellement d’actualité pour les groupes. L’ouverture se prolonge de mai à octobre, tous les jours de 10 h à 17 h et du mardi au dimanche de 14 h à 17 h de novembre à avril. Ouverture en dehors des horaires sur réservation.

www.lesmoulins.ch


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