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En croisière à 70 mètres sous terre

Destination parfaite quand il pleut ou quand il fait trop chaud, le lac souterrain de St-Léonard (VS) a le mérite d’être à température constante. Embarquement sur l’eau cristalline.

On croit entrer dans un cénote mexicain. Avec sa bouche béante, au bas des marches, la grotte et son eau douce, cristalline, qui clapote sous les barques. Sauf qu’ici, la baignade n’est pas autorisée. Ni souhaitée, puisque l’eau atteint péniblement 11 °C. Mieux vaut emprunter une des embarcations de quarante places avec rameur!

La commune de Saint-Léonard a donc sa petite perle géologique: le plus grand lac souterrain naturel d’Europe: 300 m de long sur 20 m de large pour une surface de 6000 m². Il y règne un silence de cathédrale, vu que les seuls habitants des lieux sont une trentaine de truites arc-en-ciel. Nourries par les rameurs, les grasses captives atteignent parfois 80 cm de long et n’ont d’autre activité que d’attendre la pitance céleste.

Cédric Savioz, le directeur, 
propose des 
animations 
originales, comme des soirées raclette ou des concerts 70 mètres sous terre.

Des chauves-souris hantent les lieux

Mais le lieu a encore sa poignée de pipistrelles et son cachet préhistorique. «Il y a peu de cavernes de gypse qui soient visitables dans le monde. Le gypse est une roche très friable, qui se dissout dans l’eau. Le tout a dû se former, d’après mes estimations tout à fait hypothétiques, entre 4000 et 10 000 ans av. J.-C., à la fin des glaciations», explique Jean Savary, géologue responsable de la sécurité de la grotte. Ainsi donc, sous cette doline percée d’une quinzaine de cheminées, l’eau s’est infiltrée, a rongé et dissous le gypse, finissant par creuser cette cavité. Avec, au sud, des couches de marbre et, au nord, des schistes carbonifères et des veines d’oxyde de fer. Le gypse, roche tendre prise en étau, s’est modelé et tordu avec le temps en un bestiaire imaginaire. Avec un peu d’imagination, on finit par y voir des tortues, des crocodiles ou même le Titanic et son iceberg. En poussant un peu sur le fendant, on y voit même des éléphants.

Ce n’est pas un parc d’attractions avec de nouvelles chauves- souris chaque année.
- Cédric Savioz, directeur- Cédric Savioz, d

Explorée pour la première fois en 1943 par une mission de l’armée, la grotte était alors remplie d’eau, ne laissant passer qu’un pneumatique. Trois ans plus tard, un tremblement de terre de 6,1 sur l’échelle de Richter, ouvrant des failles dans les parois, l’a partiellement vidée et rendue plus facilement navigable, donc accessible au public presque toute l’année.

En effet, pendant les quatre mois d’hiver, le site est fermé. Non pas pour des raisons de température, vu que l’air à l’intérieur de la grotte se maintient toujours à 15°C, mais pour cause d’entretien. «C’est un milieu assez instable. La transformation de l’anhydrite en gypse sous l’effet de l’eau augmente le volume de 60%, ce qui exerce une pression sur la roche qui se fissure. Il faut donc mesurer les mouvements dans la grotte, enlever ce qui pourrait tomber, remplacer certains clous d’ancrage rouillés et rajouter parfois des filets de sécurité», explique encore le géologue.

Pour amuser les quelque 80 000 visiteurs qui débarquent chaque année, une quinzaine de rameurs, pour la plupart étudiants ou jeunes du village, multiplient les animations. D’aucuns poussent la chansonnette, d’autres sortent la guitare ou enchaînent les anecdotes. Le plus dur? «La voix en prend un coup, davantage que les bras. Il nous arrive d’avoir plus de mille personnes par jour, en été», répond le jeune directeur des lieux, Cédric Savioz, qui vient parfois donner un coup de rame.

Deux tonneaux de vin attendent d’être dégustés

Nouvelle attraction des lieux, à l’extrémité de la grotte, juste à côté d’une statuette de Notre-Dame du gouffre installée là par le curé du village dans les années 80, trônent deux tonneaux. «Le taux d’humidité est de 65 à 80%, à peine plus humide qu’une cave. C’est un joli clin d’œil qui rappelle qu’on est très exactement à 70 mètres sous le vignoble», précise Cédric Savioz.

Ainsi, les tonneaux ne sont pas vides, mais remplis d’un breuvage en pleine maturation, contrôlé tous les quinze jours par le vigneron, Christophe Betrisey, qui débarque justement pour un prélèvement. «Je viens vérifier le degré de fermentation et les anti-oxydants.» Mais de quel cépage s’agit-il? «Dieu seul le sait», répond le vigneron chafouin, visiblement très fier de son élevage de vin en grotte qu’il fera découvrir à l’automne.

Deux tonneaux de vin sont là pour une expérience sur la maturation.

Si la balade troglodytique fait fureur auprès des touristes japonais et des contemporains alémaniques en goguette, la difficulté est de faire revenir les locaux. «On y vient en course d’école, puis l’on y amène ses enfants et enfin ses petits-enfants. Ce n’est pas un parc d’attractions avec de nouvelles chauves-souris chaque année! C’est pour ça que j’essaie de créer des events», rigole Cédric Savioz. D’où les virées apéritives sur l’eau, les soirées raclette et les animations musicales. Ainsi la guitare folk-pop de Patrick Bishop a déjà retenti sous les voûtes, les professeurs de l’Académie de musique Tibor Varga seront invités cet été et les amateurs de littérature pourront y déguster quelques vers à l’occasion d’une balade poétique dans le cadre du festival Rilke.

Un album enregistré dans la cathédrale souterraine

L’acoustique particulière des lieux a même attiré un groupe de musiciens genevois, L’ironie du son, qui a voulu y enregistrer quelques titres. «La sonorité est vraiment bonne, même meilleure que dans certaines salles de concert», confirme Cédric Savioz. Qui rêve d’attirer un jour dans son antre quelque artiste chevronné de jazz. Mais pas de Metallica au programme! «On ne peut proposer que des concerts acoustiques, vu qu’il n’y a pas de branchements électriques sur les bateaux.»

Même s’il n’y a pas de trésor oublié, à part trois épaves au fond de l’eau – les premières barques utilisées sur le site – la visite vaut le détour. D’autant que la grotte est destinée à s’affaisser, un jour, dans quelques milliers d’années.

Pour prolonger le plaisir

Après la mystique et ténébreuse virée en barque, le bisse de Clavau offre un excellent retour à la lumière et un bon moyen de se dégourdir les jambes. On peut le rejoindre au-dessus de Saint-Léonard, et l’accompagner jusqu’à Sion (env. 7 km), juché sur son muret de pierres sèches, à travers les vignobles de Signèse et Molignon. L’occasion d’admirer cet ouvrage du XVe siècle tout en toisant la plaine du Rhône. Possibilité de restauration en route dans les nombreuses guérites qui jalonnent le bisse. Et retour à Saint-Léonard par le train ou le bus.

 

Publié dans l'édition MM 25
18 juin 2012

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Carnet de route

Départ: visite en barque du lac souterrain de Saint-Léonard (VS).

Durée: environ trente minutes.

Ouverture: tous les jours du 19 mars au 1er novembre.

En voiture: autoroute A9, sortie Sion-est. Et puis continuer, direction Sierre sur environ 5 km. Grand parking gratuit à 150 m du lac.

En transports publics: En train jusqu’à Saint-Léonard, avec changement à Sion ou à Sierre. Puis dix minutes à pied, en suivant le fléchage.

Infos sur www.lac-souterrain.com


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