«On se sent obligé d’être heureux»
Le bonheur est contagieux. Tel est le constat de la psychologue lausannoise France Frascarolo-Moutinot. Qui, dans un ouvrage, enjoint notamment les parents à cultiver et afficher leur joie de vivre pour contribuer au bon développement de leurs enfants.
Ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c’est encore d’être heureux.» Ainsi débute l’ouvrage de France Frascarolo-Moutinot*Option bonheur. Avec cette citation du philosophe Alain, la psychologue annonce la couleur: pour elle, la joie de vivre, c’est contagieux. A chacun de la cultiver pour en faire profiter son entourage, et surtout sa famille.
«Nous avons souvent tendance à croire que le bonheur est égoïste, déplore-t-elle. Nous nous refusons le droit d’être heureux sous prétexte que d’autres personnes souffrent. Or, ce n’est pas en pleurant avec elles que nous allons les aider: ce serait les conforter dans leur misère.»
Et de poursuivre en soulignant que les gens heureux font bien souvent preuve d’une grande qualité d’écoute vis-à-vis de leurs proches: ils sont plus sensibles, plus réceptifs que s’ils étaient obnubilés par leurs soucis.
Pour la Lausannoise, cette attitude est d’autant plus importante au sein d’une famille. «Ainsi, on indique à l’enfant qu’on l’aime, qu’on a envie d’être avec lui. Par ailleurs, il grandit avec l’idée qu’on a le droit d’être heureux.» Elle rappelle aussi que les plus petits ont souvent l’impression que si leurs parents sont mécontents, c’est forcément de leur faute. Une raison de plus de garder le sourire...
Soit. Tout le monde y gagnera en cultivant sa joie de vivre. Facile à dire? «Certes, le bonheur ne nous tombe pas dessus par hasard, admet France Frascarolo-Moutinot. Cela nécessite un effort de notre part: il s’agit de déraciner les mauvaises habitudes que nous avons prises, de nous défaire parfois de notre éducation...» (lire encadré) Pourtant, selon la théorie du bonheur originel, à laquelle la Lausannoise adhère complètement – «J’ai envie d’y croire!» – chaque être humain naîtrait avec les capacités d’être heureux.
A nous, donc, de retrouver ce potentiel une fois atteint l’âge adulte. Comment? En se focalisant sur le positif, en prenant le temps de se demander «Quelle attitude ai-je envie d’adopter dans telle ou telle situation?» et en agissant en conséquence.
«J’ai réfléchi et j’ai recentré mes priorités»
Pour illustrer son propos, l’auteure d’Option bonheur utilise dans son ouvrage un exemple tiré de sa propre expérience: «Pendant longtemps, quand je rentrais du travail le soir, la première chose que je faisais était d’engueuler mes enfants pour le désordre qui régnait dans la maison. Une bien mauvaise façon d’entrer en contact avec eux après une journée de séparation! Puis j’ai réfléchi et j’ai recentré mes priorités: après tout, le plus important dans l’histoire était le plaisir de les retrouver et non pas le fouillis. Depuis, je prends le temps de discuter avec eux, avant d’éventuellement leur faire une remarque sur le désordre et leur demander de ranger. Du coup, ils sont eux-mêmes contents de me voir, c’est un cercle vertueux.»

Une autre manière de viser le bonheur: le fameux carpe diem, vivre l’instant présent. Là encore, une consigne pas forcément évidente à respecter... «Avec un enfant, il suffit de le regarder jouer pendant un quart d’heure, de lui porter toute son attention, sans penser aux courses qui nous attendent ou aux e-mails que l’on doit écrire. Cela constitue en soi une source de bonheur. Et puis, les petits sont plus doués que nous pour jouir du présent.» Prenons donc exemple!
Et en cas de coup dur? «Une fois de plus, il s’agit de se focaliser sur ce qui va bien, sans pour autant nier l’épreuve. Il faut réaliser que l’on peut être heureux malgré tout. Il existe toujours de petites sources de bonheur et le fait de se concentrer sur elles leur donnera encore plus d’importance...»
* Codirectrice du Centre d’étude de la famille, Institut universitaire de psychothérapie, département de psychiatrie, CHUV. A lire: «Option bonheur», France Frascarolo- Moutinot, Albin Michel.
Publié dans l'édition MM 2
9 janvier 2012
Pourquoi résistons-nous au bonheur?
Dans son ouvrage, France Frascarolo-Moutinot distingue sept raisons qui nous poussent à nous méfier du bonheur. Et en déjoue les mécanismes.
Le bonheur illusoire L’image de l’imbécile heureux a la vie dure! En affi- chant notre joie de vivre, nous avons parfois peur d’avoir l’air idiot. Pour y répondre, l’auteure évoque, avec humour, une citation de l’écrivain Georges Bernanos: «La seule différence entre un optimiste et un pessimiste, c’est que le premier est un imbécile heureux...
Lire la suitePourquoi résistons-nous au bonheur?
Dans son ouvrage, France Frascarolo-Moutinot distingue sept raisons qui nous poussent à nous méfier du bonheur. Et en déjoue les mécanismes.
Le bonheur illusoire L’image de l’imbécile heureux a la vie dure! En affi- chant notre joie de vivre, nous avons parfois peur d’avoir l’air idiot. Pour y répondre, l’auteure évoque, avec humour, une citation de l’écrivain Georges Bernanos: «La seule différence entre un optimiste et un pessimiste, c’est que le premier est un imbécile heureux et que le second est un imbécile triste.»
Le bonheur coupable Avons-nous vraiment le droit d’être heureux avec tout ce qui se passe de tragique dans le monde, devant les malheurs éventuels de nos proches? Attention, met en garde France Frascarolo-Moutinot, «ne pas se montrer affecté par les peines d’autrui ne signifie pas forcément que l’on s’en moque. Entre être malheureux devant la souffrance des autres et demeurer de glace, il y a une position intermédiaire: comprendre leur douleur et essayer de les aider à s’en défaire sans pour autant se rendre malheureux.»
Le malheur, source de changement Certes, les coups durs nous aident bien souvent à avancer, mais la psychologue rappelle également que «les gens heureux débordent d’énergie et, s’ils ont des objectifs, mettront tout en œuvre pour les atteindre».
Plus dure sera la chute La peur d’être déçu nous pousse parfois à éviter le bonheur. D’où la question de France Frascarolo- Moutinot: «Dois-je rester malheureux aujourd’hui pour éviter de devenir malheureux demain?» Le bonheur oublieux du passé Certaines personnes ayant souffert par le passé, s’interdisent parfois d’être heureux comme si cela revenait à pardonner, voire à nier, le mal qui leur a été fait. Un raisonnement – généralement inconscient – qui peut s’avérer destructif pour la personne en question et son entourage, met en garde la psychologue.
Le bonheur répulsif Nos malheurs auraient ceci d’utile qu’ils attireraient attention et compassion de la part de notre en- tourage. D’où l’idée – fausse – que les gens heureux ne trouveraient personne pour s’intéresser à eux.
Le bonheur égoïste Ainsi que le montre l’ouvrage de France Frascarolo-Moutinot, les gens heureux ne pensent pas qu’à eux. Au contraire, leur bonheur déteint sur leur en- tourage. Et de citer l’essayiste Albert Jacquard: «Manifester son bonheur est un devoir: être ouver- tement heureux donne aux autres la preuve que le bonheur est possible.»
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1 Commentaire
Catherine B. [Invité]
Ecrit le
17 janvier 2012
Moi j'ai trouvé l'article super et je l'ai d'ailleurs mis de côté à l'attention de mon mari... pour le faire réfléchir à sa façon de rentrer à la maison tous les soirs et de se fâcher parce que les sacs d'école ne sont pas rangés, etc... cela a permis d'ouvrir la discussion...
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