Le diabète attaque les trentenaires
Surveiller littéralement son tour de taille, c’est encore le moyen le plus concret d’éviter le diabète. Cette maladie sournoise produit des dégâts importants de plus en plus tôt. Et de manière irréversible.
Bien que le froid mordant ne laisse rien deviner des formes sous l’épais manteau, il est temps de rééquilibrer ses habitudes alimentaires. Et pas seulement pour pouvoir esthétiquement rentrer dans ses robes et pantalons. Mais aussi pour éviter de venir grossir les rangs des candidats potentiels au diabète.
Devient-on vraiment diabétique seulement si on mange trop riche et trop sucré? C’est un des facteurs de poids en tout cas, qui explique la grosse progression de cette pathologie dans le monde, en Occident surtout: là où le poids augmente, le diabète flambe. Et cette maladie – connue pour les injections d’insuline nécessaires à ceux dont l’organisme n’arrive plus à utiliser correctement le sucre (glucose) essentiel au fonctionnement du corps – commence à attaquer de plus en plus tôt.
Les gens bougent moins et cumulent les kilos en trop - Enzo Fontana, spécialiste FMH en endocrinologie et diabétologie.
«Ces quinze dernières années, nous avons constaté une augmentation importante du diabète de type 2 (ndlr: aussi appelé diabète de l’âge). Et nous attendons encore une hausse pour les quinze prochaines années. Il y a dix ans encore, on parlait surtout de la population âgée; maintenant et de façon importante, des personnes de 30 à 40 ans sont concernées», explique Enzo Fontana spécialiste FMH en endocrinologie et diabétologie, médecin adjoint de la clinique de médecine de l’Hôpital cantonal de Fribourg. En pourcentage, cela correspond à une prévalence de 6 à 8% de la population aujourd’hui contre environ 5% il y a 5 ou 6 ans.
Le tour de taille compte

Pourquoi? «Les gens bougent moins, et cumulent les kilos en trop.» Et pas n’importe lesquels: ceux qui se collent autour du ventre font plus de dégâts que ceux des fesses. En plus d’une prédisposition génétique, le tour de la taille pèse ainsi de tout son poids. Parmi la population européenne, on estime qu’il doit idéalement, pour la santé, être inférieur à 80 centimètres pour les femmes (mesuré entre le bord inférieur des côtes et celui supérieur du bassin, autrement dit juste au-dessus du nombril, là où c’est normalement le plus étroit). A 88cm, la personne a un risque plus élevé de développer un diabète. Supérieur à 102 cm chez les hommes, le tour de taille fait courir un grand risque de diabète, en dessous de 94 cm il devient faible.
Une maladie sournoise qui se développe en silence
On retrouve ce facteur du tour de taille dans un test à réaliser sur le site www.associationdudiabete.ch. De quoi se faire peur et guetter les premiers symptômes? En fait, on peut toujours attendre de les voir poindre. Le diabète a cela de la maladie sournoise qu’elle se développe silencieusement: quand on observe des signes alarmants comme de grandes soifs, des besoins excessifs d’uriner, une perte de poids, une faiblesse ou une fatigue importantes, une vision trouble ou encore des problèmes de cicatrisation, c’est déjà trop tard. Cela correspond à une glycémie – concentration de sucre dans le sang – anormalement élevée, c’est-à-dire de 10 millimoles par litre (mmol) et plus.
Une prise de sang chez le médecin pour en avoir le cœur net
Les pharmacies proposent régulièrement de tester sa glycémie avec de petits appareils qui piquent le bout du doigt. S’ils sont utiles pour des contrôles s’agissant de personnes déjà diabétiques, ils restent peu fiables pour poser un diagnostic, de l’avis d’Enzo Fontana. La prise de sang à jeun, chez son médecin, reste la mesure la plus efficace pour en avoir le cœur net.
Et une fois tombé, le diagnostic de diabète reste pour la vie. On ne peut pas être diabétique juste un temps. «Mais il arrive parfois que des patients qui changent de vie et limitent leur nourriture peuvent aboutir à une forte réduction de la médication, voire à l’arrêt de l’insulinothérapie après quelques semaines ou quelques mois. Cela ne signifie pas que le diabète ait disparu, mais qu’il a été pris au sérieux. Le patient a trouvé un nouvel équilibre et il doit le garder, sous peine de revoir des glycémies élevées», met en garde le spécialiste.
Publié dans l'édition MM 7
13 février 2012
Controverse sur le rôle de la vitamine D
Le diabète dit de type 1 ou insulodépendant s’affiche aussi en augmentation. Il concerne environ 10% des diabétiques et apparaît surtout chez les enfants ou les jeunes adultes. On compte une incidence de 7-9 cas par 100 000 habitants et par année. Ses causes restent obscures. «On est toujours dans le champ des hypothèses», analyse Enzo Fontana. Parmi les principales: les opérations, certains médicaments ou les infections virales qui peuvent dérégler le système immunitaire, déclenchant...
Lire la suiteControverse sur le rôle de la vitamine D
Le diabète dit de type 1 ou insulodépendant s’affiche aussi en augmentation. Il concerne environ 10% des diabétiques et apparaît surtout chez les enfants ou les jeunes adultes. On compte une incidence de 7-9 cas par 100 000 habitants et par année. Ses causes restent obscures. «On est toujours dans le champ des hypothèses», analyse Enzo Fontana. Parmi les principales: les opérations, certains médicaments ou les infections virales qui peuvent dérégler le système immunitaire, déclenchant une attaque autoimmune qui détruit les cellules du pancréas. L’organe ne produira donc plus du tout ou plus assez d’insuline, l’hormone indispensable à l’absorption du glucose.
Le Nord de l’Europe (Suède, Finlande, Norvège) semble plus touché par ce diabète, relève Enzo Fontana. Une des théories l’explique par le manque de soleil, donc de vitamine D. De là à proposer de la vitamine D en prévention du diabète, il n’y aurait qu’un pas, d’autant que le rôle de cette vitamine a aussi été étudié en ce qui concerne le diabète de type 2. Pourtant, la question fait débat. «Certaines études ont fait état d’une certaine tendance positive de la vitamine D, d’autres ne montrent pas d’effet», selon le médecin fribourgeois. «Des études de plus grande envergure et qui portent sur 24 mois ou plus pour plusieurs tranches d’âge sont attendues pour mieux trancher dans ces controverses.»
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