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Les JO, entre idéal perdu et modernité assumée

L’esprit olympique se perpétue-t-il depuis l’Antiquité? Petit voyage historique entre rappels et surprises.

Un peu d’histoire...

Les premières compétitions sportives ont eu lieu à Olympie (lieu dans le Péloponnèse consacré à Zeus) en l’an 884 av. J.-C. Elles ont été organisées par Iphitos, roi d’Elide, sur les conseils de la pythie de Delphes. En 776 av. J.-C., les compétitions deviennent «officielles» et prennent le nom d’Olympiades. Le premier champion olympique (olympionike) se nomme Koribos. Pas de marathon alors, mais une course sur quelque 192,77 mètres, un pugilat, des lancers (dont le fameux disque) et des courses de chars.

Dès l’origine, les jeux d’Olympie, comme les autres jeux panhelléniques, sont «issus de rites funéraires des périodes pré-archaïques et archaïques de Troie et de Mycée. Ils étaient d’ailleurs célébrés à proximité des tombes des héros comme Pélops à Olympie ou Python à Delphes», explique Bernard Marillier dans B.a.-ba des JO (Ed. Pardès, 2000).

L’âge d’or des Jeux antiques et du panhellénisme

L’âge d’or des Jeux antiques correspond au fameux siècle de Périclès (Ve siècle av. J.-C.), période d’apogée de la culture grecque et de ses victoires militaires sur les Perses. C’est également l’âge d’or de ce que les historiens appellent le panhellénisme: «conscience unitaire du peuple grec, divisé politiquement mais uni moralement et spirituellement, possédant une même communauté d’intérêts et de destin». L’olympisme sanctionne l’équivalent d’une fierté nationale, forgeant une identité politique commune face à l’étranger et l’ennemi de l’extérieur.

Les premières tricheries apparaissent

La victoire de Spartes sur Athènes (431-404 av. J.-C.) allait coïncider avec la décadence de l’idéal olympique: l’inviolabilité d’Olympie est souillée à plusieurs reprises, les premières tricheries apparaissent, tout comme le professionnalisme. Les jeux seront arrêtés définitivement en 394 apr. J.-C. par un édit de l’empereur Théodose Ier, sur les conseils d’Ambroise, l’évêque de Milan, en raison de leur caractère païen.

Le Suisse 
Werner Günthör. (Photo: freshfocus/Valeria Witters)

Les Jeux olympiques modernes

Les premiers JO modernes ont eu lieu le 4 avril 1896 à Athènes et ont vu l’affrontement de 81 athlètes de 12 pays et de 230 Grecs dans 9 sports et 43 épreuves (contre 10 665 athlètes et 199 nations pour 300 médailles d’or en 2000 à Sydney). Les athlètes féminines font leur apparition en 1900.

Une différence de nature

L’olympisme grec était vécu comme une lutte, mettant aux prises deux hommes dont l’un devait l’emporter. «En revanche, le monde moderne perçoit le sport, donc l’olympisme, comme une lutte d’un athlète non contre d’autres hommes, mais contre un engin, le chronomètre, c’est-à-dire des quantités abstraites», explique Bernard Marillier.

D’autre part, le critère actuel de l’olympisme, comme du sport en général, est la performance, aspect issu «de la conception instrumentale que la modernité se fait du corps de l’homme», qui donne un olympisme n’étant que références chiffrées: records, bénéfices et pertes, nombre de médailles… Différence de fin: la finalité des Jeux antiques était la célébration d’un culte avec la «mise en pratique d’un ensemble de rites et pratiques culturels. Sa fin se situait hors de l’institution olympique, elle était religieuse, mythique et transcendante.»

Les Jeux modernes apparaissent comme totalement profanes, ne trouvant de fin qu’en eux-mêmes. D’où le gigantisme et la démesure grandissants. Ils sont cosmopolites, mondialistes et égalitaires, là où Olympie n’était qu’affirmation d’une qualité ethnique, raciale et nationale.

Jusqu’aux jeux de la démesure

Fête spirituello-mystique contre grand spectacle, prêtres d’Elis contre la grosse machine du CIO, hypertrophie qui se retrouve au niveau de l’encadrement où bien souvent les non-sportifs sont plus nombreux que les athlètes eux-mêmes. Certaines délégations africaines se composant même d’une centaine de membres pour une petite dizaine d’athlètes. Il existe désormais 35 fédérations sportives internationales régissant un sport olympique et 205 CNO (Comité national olympique) reconnus par le CIO.

L’ère Juan Antonio Samaranch 
(1980-2001) a été 
marquée par l’abandon de l’amateurisme 
et par la commercialisation des Jeux, notamment via les sponsors. (Photo: Keystone/AP/Charles Dharapak)

Menaces sur l'idéal olympique

Il est au moins un domaine où le combat entre la pureté désirée par Pierre de Coubertin et la compromission acceptée a tourné à la déroute de l’olympisme, c’est celui où règne l’argent», constate après beaucoup d’autres le célèbre biologiste Albert Jacquard dans son petit brûlot Halte aux Jeux! (Stock, 2004). Les JO de Montréal (1974) ont laissé le Québec avec une insupportable ardoise. Lord Killanin prédisait lui-même la fin programmée des JO, coûtant bien plus qu’ils ne rapportaient.

Son successeur, Juan Antonio Samaranch, changea donc la donne, dès 1980, transformant l’idéal olympique en un symbole à la valeur marchande considérable. Petit à petit, les cinq anneaux s’associent aux logos de multinationales soucieuses de leur image, le sponsoring devenant la seconde source de revenus de la famille olympique, après la télévision. Rien d’étonnant au vu des flux impressionnants de capitaux concernés: le CIO fut ainsi au centre de nombreuses accusations de corruption, notamment dans l’attribution des JO.

Une trêve financière à l’image d’une trêve guerrière

L’insistance des créateurs de l’olympisme moderne vis-à-vis de l’amateurisme s’expliquait par leur volonté que les préoccupations financières n’interviennent pas dans la pratique sportive des athlètes. Une sorte de trêve financière à l’égale de la trêve guerrière d’Olympie. Mais autant les historiens rappellent que le pur amateurisme n’a pas fait long feu en Grèce antique, autant dès l’instauration des JO modernes des cas litigieux ont montré l’impossibilité de définir l’amateurisme. L’entrée de l’URSS et des pays de l’Est dans la famille olympique a fait éclater l’hypocrisie au grand jour: leurs concurrents étaient considérés chez eux comme des «amateurs d’Etat», leurs dépenses étant intégralement assumées par la collectivité.

Les paris truqués sont une menace pour l’intégrité des Jeux.
-Hugh Robertson, ministre britannique des Sports

C’est Hugh Robertson, ministre britannique des Sports, qui à l’aube des JO de Londres affirme que les paris truqués menacent davantage la réputation des JO que le dopage. Selon le ministre, si les pays occidentaux maîtriseraient plus ou moins bien la situation, cette dernière s’avérerait hors de contrôle en Asie, notamment en Inde et en Extrême-Orient. Hugh Robertson a notamment fait référence à un récent scandale dans le cricket où trois joueurs pakistanais et leur agent ont été condamnés par un tribunal anglais dans le cadre d’une affaire de matchs truqués.

Il y aurait un véritable risque que le phénomène s’étende à plusieurs disciplines des Jeux d’été. Première dans l’histoire des JO: une unité de renseignements vient d’être mise sur pied. Dirigée par Scotland Yard, en étroite relation avec Interpol et l’Agence britannique de lutte contre le crime organisé, elle tentera de déjouer les tentatives de corruption.

Des records uniques


Le nageur américain Mark Spitz.

Le fameux, et unique, septuplé du nageur américain Mark Spitz en 1972 à Munich.






La gymnaste Nadia Comaneci.

En 1976 (Montréal), la Roumaine Nadia Comaneci est la première gymnaste de l’histoire à se voir attribuer un score parfait de 10. Aux barres asymétriques d’abord, puis à sept reprises.



Carl Lewis entre dans l'histoire.

En 1984 (Los Angeles), l’Américain Carl Lewis entre dans l’histoire avec 4 médailles d’or, trois au sprint (100 m, 200 m et relais 4 x 100) et une au saut en longueur.




L'Allemande Christa Luding-Rothenburger. (Photo: Ullstein Bild/Schlage)

En 1988 (Séoul), l’Allemande Christa Luding-Rothenburger remporte une médaille d’argent en cyclisme. Alors qu’elle venait de gagner deux médailles en patinage de vitesse aux Jeux d’hiver de Calgary quelques mois plus tôt.



La marathonienne Derartu Tulu.

En 1992 (Barcelone), la marathonienne Derartu Tulu remporte le 10 000 mètres. Elle devient la première femme d’Afrique noire championne olympique.




L'Américaine Marion Jones. (Photo: Keystone/AP/Lionel Cironneau)

En 2000 (Sydney), l’Américaine Marion Jones devient la première femme à monter cinq fois sur le podium au cours de la même édition des Jeux olympiques.





La Danoise Inge Sørenson (à gauche). (Photo: Keystone/AP)

La plus jeune médaillée est la Danoise Inge Sørenson (à g.) qui, à 12 ans, gagne le bronze 200 m brasse en 1936.





Le Suédois Oscar Swahn (milieu). (Photo: Keystone/AP/Empics)

Le champion olympique le plus âgé vient aussi du nord de l’Europe: le Suédois Oscar Swahn (au milieu) remporte l’épreuve de tir sur cerf courant en 1908 à l’âge de 60 ans.

 

Publié dans l'édition MM 30
23 juillet 2012

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1 Commentaire

Damien VAROUCHE [Invité(e)]

Ecrit le
13 avril 2013

Je suis un fan des jeux olympiques et c'est article est fantastique!!!!!

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