Cuisine d’ailleurs et d’autres mondes
A l’Université et à l’EPFL, comme à la Maison d’Ailleurs d’Yverdon dont il a repris la direction, Marc Atallah excelle dans l’exploration des utopies.
Il ne faut pas se fier à ses airs de trentenaire cool tendance underground. Jovial, sympa et tatoué, Marc Atallah est aussi professeur de littérature moderne à l’Université de Lausanne (Unil). «Oui, enfin, maître d’enseignement et de recherche pour l’instant», sourit-il comme pour s’excuser de n’avoir que 33 ans. Domaine de compétence particulier: la littérature de science-fiction. En juillet dernier, c’est donc tout naturellement que ce Vaudois, né à Vevey d’une maman suisse et d’un papa libanais, prend la direction de la Maison d'Ailleurs. «Je mangeais chaque semaine avec mon prédécesseur de longue date, Patrick Gyger. Lui succéder m’a paru évident.»
Ce sera donc un pied à l’Unil et un autre à Yverdon-les-Bains. «J’ai toujours aimé réconcilier les antagonismes», avoue Marc Atallah entre deux gorgées de vin dont il est grand amateur. Basket et judo durant l’adolescence, mais surtout un Master en lettres et un autre en...physique théorique à l’EPFL. «Après la maturité, j’hésitais entre les deux. Lors d’une soirée un peu festive, j’ai parié tenir une année en cumulant. Comme j’ai adoré glisser une pincée de sciences exactes lorsque je faisais du français, et de la philo lorsque je m’attaquais à la physique quantique, j’ai continué jusqu’au bout.»

Sa vaste connaissance de la SF et des utopies ne naît pas durant l’enfance, mais au moment de son doctorat. «Je n’étais pas du tout un passionné auparavant. D’ailleurs, j’ai cru lire mon premier livre de SF avec Le Seigneur des Anneaux . Avant que de découvrir qu’il s’agissait en fait de fantastique.» Tiens, au fait, quelques milliers de lectures plus tard, comment règle-t-il la fameuse distinction? «La science-fiction propose un récit vraisemblable dans une expérience qui, elle, ne l’est pas. L’auteur évoque un avenir possible, mais ne le prédit pas vraiment: c’est un artifice.» Avec son vortex et ses doubles créés génétiquement, «Avatar» appartient par exemple bien à ce type de littérature qui, grâce à Marc Atallah, a désormais droit de cité dans la haute école lausannoise. «Dès le départ, j’ai voulu la valoriser au niveau universitaire. Pendant que mes collègues organisaient des colloques sur Merleau-Ponty, je donnais une conférence sur les super héros. Maintenant, ça va, mais au début, certains me regardaient drôlement.»
J’ai toujours aimé réconcilier les antagonismes.
La Maison d’Ailleurs? Un gros boulot, oui, surtout pour un poste à 60%. Mais d’abord une formidable aventure, vécue en commun avec une petite équipe de passionnés. Il y a les sollicitations pour aller parler de l’utopie à travers le monde, les demandes d’accès à un fonds unique en Europe, avec ses 120 000 documents. Et puis les expositions bien sûr, qui même si elles ne représentent que «la pointe de l’iceberg», demandent beaucoup de travail «afin de lutter contre les stéréotypes, et d’amener ici un autre public que les enfants ou les passionnés.»
La plus grande collection privée sur Jules Verne
Et pour cela, il ne faut pas chômer. Celle consacrée aux sculptures steampunk de Stéphane Halleux se termine. En même temps, un accrochage itinérant sur Jules Verne (dont la Maison d’Ailleurs possède la plus grande collection privée) circule à travers sept centres commerciaux de Romandie.
Dès la mi-mars, la Maison d’Ailleurs devrait frapper un joli coup avec un grand événement autour du jeu vidéo et de sa mythologie, «à la fois réflexif et ludique, avec plein de jeux à tester». «C’est le plus gros budget jamais libéré», trépigne déjà le patron. Dont l’un des mots d’ordre consiste à dépoussiérer l’image ennuyeuse qui colle à un musée. Pour mieux le faire rayonner. «A chaque fois il y a une prise de risque, on ne sait jamais si cela va fonctionner. C’est passionnant», explique Marc Atallah, qui fourmille d’idées pour montrer que la SF possède un formidable potentiel de questionnement du monde. Avec une belle gourmandise.
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Publié dans l'édition MM 7
13 février 2012
Secrets de cuisine
Goûts et dégoûts
Pour vous cuisiner, c’est...
Une envie de faire plaisir. Ma compagne est plus douée – et plus efficace – que moi dans l’exercice, mais par exemple j’aime bien lui préparer un petit papet vaudois dont elle raffole. Et il ne faut pas que j’oublie d’y mettre du vinaigre!
Qu’avez-vous toujours en réserve?
Des pâtes, un peu comme tout le monde. Un soda, parce que j’adore ça et que j’en profite avant l’arrivée de notre bébé, en juin. Et puis de l’ail et de l’oignon. Nous ne savons pas...
Lire la suiteGoûts et dégoûts
Pour vous cuisiner, c’est...
Une envie de faire plaisir. Ma compagne est plus douée – et plus efficace – que moi dans l’exercice, mais par exemple j’aime bien lui préparer un petit papet vaudois dont elle raffole. Et il ne faut pas que j’oublie d’y mettre du vinaigre!
Qu’avez-vous toujours en réserve?
Des pâtes, un peu comme tout le monde. Un soda, parce que j’adore ça et que j’en profite avant l’arrivée de notre bébé, en juin. Et puis de l’ail et de l’oignon. Nous ne savons pas trop cuisiner sans eux.
Quel est votre plat favori?
La compote de raves. Avec les mêmes ingrédients que pour la choucroute, mais le goût est plus doux que le celui du chou.
Que ne mangeriez-vous pour rien au monde?
Du boudin noir. En Belgique, où j’étais encore il n’y a pas longtemps, je préfère largement les moules-frites.
Avec qui aimeriez-vous partager un repas?
Comme Félicie et moi sommes officiellement fiancés aujourd’hui, et bien je mangerais volontiers avec nos témoins de mariage.
L'exposition Playtime
Playtime-Videogame mythologies explore l'introduction aux mécaniques ludiques, la dimension spatiale des jeux vidéo, les figures emblématiques, la relation des joueurs avec leurs avatars, l'implication du corps dans l'expérience vidéoludique, les créations mêlant réel et virtuel, ainsi que l'histoire des jeux vidéo.
Du 11 mars au 9 décembre 2012,
à la
Maison d'Ailleurs,
Yverdon-les-Bains
L'exposition Playtime
Playtime-Videogame mythologies explore l'introduction aux mécaniques ludiques, la dimension spatiale des jeux vidéo, les figures emblématiques, la relation des joueurs avec leurs avatars, l'implication du corps dans l'expérience vidéoludique, les créations mêlant réel et virtuel, ainsi que l'histoire des jeux vidéo.
Du 11 mars au 9 décembre 2012,
à la
Maison d'Ailleurs,
Yverdon-les-Bains
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