L’improvisation au quotidien
Elle est sur tous les fronts: coordinatrice à l’Office de la culture du canton de Berne, programmatrice du Cully Jazz festival et du Cosmojazz de Chamonix. Rencontre autour de son plat préféré.
Dans les combles d’une jolie maison de Bienne, Carine Zuber nous a donné rendez-vous chez elle. Un petit appartement qui lui ressemble: grand canapé rouge, des centaines de disques, des ouvrages de peinture et de photographie, quelques meubles design. Mais la jeune femme dynamique nous interrompt déjà pour savoir ce qu’on préférerait manger. «J’aime improviser, trouver de nouveaux goûts, inventer.»
Pour coller au thème du jour, le festival de jazz de Cully, elle prépare un quartet de pommes. «Mais ça aurait aussi pu être un Jarrett de porc ou un Hancock au vin (n.d.l.r.: Keith Jarrett et Herbie Hancock, deux immenses pianistes jazz) , comme me l’a suggéré un ami», rit-elle. Le ton est donné.
La conversation se poursuit dans la cuisine – rouge elle aussi. Carine Zuber raconte son histoire, intimement liée au Jura bernois. Par souci de bien s’intégrer au petit village, ses parents, un couple de Bâlois, francisent son prénom, mettant un «C» comme première lettre et un «e» à la fin… ce qui lui vaut aujourd’hui de devoir régulièrement l’épeler. Pour éviter les disputes, il n’y a pas de musique à la maison. «Ce n’est qu’en arrivant au gymnase, à Bienne, que j’ai découvert et dévoré tous les styles de musique. J’ai fréquenté énormément de concerts, des copains m’ont prêté des vinyles et des CDs...»
Elle découvre le jazz, un style qui lui parle immédiatement: musique d’ouverture, partage entre les musiciens et avec le public.
Une vie d’étudiante rythmée par la culture
Les études en sciences politiques l’emmènent à Lausanne. Et pourquoi pas dans la culture? «Les deux démontrent de l’intérêt pour l’être humain, l’envie de mettre la main à la pâte, de participer à la marche du monde.» Elle est animatrice au café Zelig, un espace culturel sur le campus. Parallèlement, elle fait ses premières armes dans le monde de la musique, comme bénévole à Cully, et au Montreux Jazz festival, où elle travaille au bar le jour, pour pouvoir aller écouter les concerts la nuit – «C’est simple, je ne dormais pas!»
J’aime les gens d’ici, pas compliqués, pas complexés. Bienne est une ville faiseuse de culture.
Et puis un jour, elle s’en va à Paris, comme manager, avec la ferme intention d’y finir sa vie. «Après un an et demi, je suis revenue. Cela ne m’a pas plu du tout, les gens stressés, les heures de métro, le mur en face de ma fenêtre... Je suis revenue à Bienne, car je suis très attachée à cette ville à la fois ouvrière et industrielle, entrepreneuriale créative. J’aime les gens d’ici, pas compliqués, pas complexés. C’est une ville faiseuse de culture, déjà par les nombreux anciens locaux d’usine que les artistes peuvent occuper à bon marché.»
Durant Expo.02, elle est sur le front... jusqu’au jour où elle reçoit un appel. Sa mère a eu une attaque cardiaque et il fallait s’occuper de sa chienne, encore bébé. «Blue Belle est devenue le seul animal accrédité de manière permanente. Seul le chien de Patricia Kaas a également obtenu ce privilège!» Et depuis lors, l’animal la suit partout, y compris au bureau et dans les festivals. «Elle est habituée aux gens et à la musique. Comme moi, elle n’est pas casanière et aime changer de lieu.»
Depuis, Carine Zuber a roulé sa bosse, au service de la culture et de sa région: directrice administrative du Théâtre de Bienne Soleure, puis désormais responsable de la coordination des commissions culturelles à l’Office de la culture du canton de Berne. C’est elle qui organise des mises au concours, qui attribue des bourses, forme des jurys, discute des achats d’œuvres d’art pour le compte du canton.
Septembre et décembre sont très chargés, puisque à son travail s’ajoute la préparation du programme du festival de Cully. D’abord en choisissant les têtes d’affiche, puis les coups de cœur, les découvertes, les incontournables... «Mon rôle est ensuite théoriquement terminé. Mais ce matin, un artiste vient d’annuler sa représentation. Il faut trouver une solution de rechange.»
A un mois et demi du coup d’envoi, c’est encore possible. Mais lorsqu’un volcan islandais empêche un groupe de se produire le soir même, comme ce fut le cas en 2010, cela se complique. «On était en plein festival. Je m’étais couchée à 6 heures du matin. A 8 heures, mon téléphone a sonné, je n’ai pas répondu. Sur ma messagerie, l’agent d’un musicien norvégien parlait d’un volcan en Islande qui rendait impossible la venue à Cully. Heureusement, on a trouvé une solution avec un pianiste qui avait sympathisé avec un groupe la veille. Ils ont répété tout l’après-midi et joué le soir. Ce fut un concert magnifique!»
Des coups de stress à répétition donc, pour la Biennoise qui vit déjà à cent à l’heure. «J’ai arrêté de fumer il y a quatre jours, c’est l’horreur. Vous seriez venus hier, je vous aurais étripés!»
Publié dans l'édition MM 8
20 février 2012
Secrets de cuisine
Goûts et dégoûts
Qu’avez-vous toujours en réserve?
Du lait, des épices, de l’huile d’olive.
Quel est votre plat préféré?
J’aime tout, en fonction de la saison et des envies.
Que ne mangeriez-vous pour rien au monde?
Rien. Enfin, peut-être pas de l’être humain.
Avec qui aimeriez-vous partager un repas?
Jean Tinguely. Il m’a toujours émerveillée, en tant qu’enfant et aujourd’hui encore. Il donne l’impression d’aimer bien manger, c’est important. Sinon, Romain Gary, Miles Davis, Nelson Mandela…
Goûts et dégoûts
Qu’avez-vous toujours en réserve?
Du lait, des épices, de l’huile d’olive.
Quel est votre plat préféré?
J’aime tout, en fonction de la saison et des envies.
Que ne mangeriez-vous pour rien au monde?
Rien. Enfin, peut-être pas de l’être humain.
Avec qui aimeriez-vous partager un repas?
Jean Tinguely. Il m’a toujours émerveillée, en tant qu’enfant et aujourd’hui encore. Il donne l’impression d’aimer bien manger, c’est important. Sinon, Romain Gary, Miles Davis, Nelson Mandela…
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