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«Les nations divisent, pas les religions»

L’ancienne ministre genevoise Micheline Spoerri s’est présentée sans succès comme candidate à l’Assemblée nationale française. Ce qui ne l’empêche pas de revenir, autour d’un tartare de saumon, sur sa carrière politique.

On aurait pu la croire vaccinée. Que la politique, merci, elle avait donné. On a revu pourtant Micheline Spoerri, le temps d’une campagne électorale à l’Assemblée nationale, dans cette sixième circonscription des Français de l’étranger couvrant la Suisse et le Liechtenstein et verrouillée dès le premier tour le 3 juin par les deux candidates de l’UMP et du PS. Elle que les Genevois avaient brutalement remerciée en 2005, après un seul mandat au Conseil d’Etat. Et que les médias avaient copieusement assassinée à la suite des émeutes et de la mise à sac du centre de Genève pendant le G8 d’Evian, au printemps 2003.

J’ai été le principal bouc émissaire pendant le G8

«Je n’ai pas été abîmée par tout ça, raconte-t-elle aujourd’hui, j’ai réintégré très vite ma vie sociale et professionnelle, dans mon domaine, la biologie médicale.» Et puis, si elle a été critiquée, «c’est comme toutes les personnes publiques. Quand on se lance en politique il faut admettre que ça se passe comme ça.» Quant au G8, c’est simple, elle a été «le principal bouc émissaire à la suite d’un événement compliqué».

Ce fameux G8, dont elle dit aujourd’hui, «à froid», que «non seulement il aurait été difficile de faire mieux, mais facile de faire pire. Ça a fini de mémoire avec 25 blessés légers, un seul nécessitant une hospitalisation.» Alors que le bilan du G8 de Gênes, c’était «500 blessés graves et un mort. Aujourd’hui dans les conférences internationales, celui d’Evian est cité comme exemple de G8 réussi.»

«Mes parents étaient des gens courageux, généreux»

Micheline Spoerri est née à Alger d’une mère «pied-noire de cinquième génération et d’origine alsacienne» et d’un père zurichois ayant fugué à Paris à l’âge de 16 ans, où il apprendra les ficelles de l’import-export. L’ancienne conseillère d’Etat garde de cette période «non pas de la nostalgie mais des souvenirs impérissables. Contrairement à ce qu’on raconte, il n’y avait pas que des colons. Mes parents étaient des gens courageux, indépendants, généreux.»

Elle se souvient «d’une maison commune où nous vivions où il y avait des catholiques, des juifs et des musulmans et où l’on vivait confraternellement». Et dont elle tire pour aujourd’hui la leçon que «ce ne sont pas les religions qui divisent mais les nations». Une Algérie qu’elle quitte à l’âge de 15 ans, au moment de l’indépendance et «au lendemain d’un attentat épouvantable». Ses parents la rejoindront six ans plus tard à Genève où elle se lancera dans des études couronnées par un doctorat en sciences.

Micheline Spoerri s’est présentée sur une liste indépendante.

Retour à la politique française et à la principale raison de l’échec de Nicolas Sarkozy à la présidentielle. «Personne n’aime les réformes. Surtout en France. Et surtout pas à ce rythme-là: c’est un homme impatient et il a voulu aller vite Trois ans de crise ont encore aggravé les choses.»

Ce qui n’empêche pas Micheline Spoerri de se montrer très modérément optimiste quant au destin d’une France désormais hollandaise: «On n’a pas besoin aujourd’hui d’un président malthusien, mais d’un président qui soit capable de gérer les crises. Nicolas Sarkozy je crois avait cette qualité.»

Elle redoute que le 17 juin sorte des urnes une gauche majoritaire aux 3/5 et donc capable de faire passer n’importe quel projet: «Y compris et d’abord la VIe République. Dans cette hypothèse, impossible de prévoir ce qui va advenir dans les cinq ou dix prochaines années en France.» Sans trop y croire, elle verrait bien des avantages, au contraire, à une cohabitation. «Ma culture politique suisse me fait juger cette perspective intéressante. Et puis ce qui serait dangereux, c’est que pendant cinq années consécutives, la moitié de la France n’ait plus voix au chapitre nulle part, puisque toutes les régions, sauf l’Alsace, ainsi que le Sénat sont déjà passés à gauche.»

Evidemment, qui dit Français établis en Suisse pense aussitôt forfait fiscal, fuite peu citoyenne pour échapper à l’impôt. Une image que Micheline Spoerri entend faire voler en éclats «D’abord je vous défie de savoir où aller fiscalement aujourd’hui pour ne pas être dans le collimateur de l’autorité. On a vu la manière peu judicieuse ni très amicale avec laquelle Nicolas Sarkozy a traité la Suisse.»

Si elle ne nie pas que «des gens viennent encore ici planquer leur pognon», elle certifie que ce n’est plus, de loin, le seul motif. Les quelques semaines de campagne, raconte-t-elle, lui ont permis de rencontrer «des jeunes Français de toute origine, formation et confession» et qui ont beaucoup utilisé la possibilité offerte par Schengen de liberté d’établissement pour «fuir notamment une administration française d’une lourdeur épouvantable».

Une liberté d’entreprendre appréciée en Suisse

Des jeunes lui expliquant qu’en France «chaque fois qu’ils voulaient créer quelque chose, c’était la croix et la bannière. Ce qu’ils aiment en Suisse, c’est la liberté d’entreprendre.» Davantage que, par exemple, la sécurité: «Il faut savoir qu’aujourd’hui 50% des Français établis en Suisse ont moins de 40 ans.»

Des jeunes Français qui n’attendraient qu’une chose: «que les relations franco-suisses soient les meilleures possible». Mieux vaut alors ne pas demander à Micheline Spoerri ce que la Suisse, pour améliorer ces relations, devrait céder en matière fiscale. Elle vous répondra, sans hésiter: «Rien!» Parce que la Suisse, pour elle, «contrairement à ce qu’on raconte, n’est pas un paradis fiscal. Affirmer que notre pays ne prend pas assez d’argent aux riches n’est rien d’autre que du dogmatisme.» Et puis céder, ce serait «mettre le souk dans le système bancaire. Si on pense que la Suisse peut vivre sans ses banques, et se contenter de fabriquer du chocolat…»

 

Publié dans l'édition MM 24
11 juin 2012

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