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Un Fournier aux fourneaux en toute simplicité

Le nouvel entraîneur du FC Sion, Sébastien de son prénom, est un Valaisan pur sucre, comme son nom l’indique. En football, il prône des qualités qui n’ont pas souvent voix au chapitre: l’intelligence et l’humilité. En cuisine, ce serait plutôt risotto et champignons.

Occuper l’emploi réputé le plus précaire du pays ne semble pas l’angoisser outre mesure. Sébastien Fournier avoue n’avoir pas pris en considération l’aspect «siège éjectable» du job quand le président Constantin le lui a proposé: «Entraîneur du FC Sion, pour un Valaisan, ça ne se refuse pas. Tu ne te préoccupes pas de savoir combien tu vas gagner, ni ce que tu as à perdre. Tu y vas.»

Lui de toute façon ne fait pas partie des entraîneurs qui «réclament du temps. On sait comment le football fonctionne aujourd’hui: du temps on en a de moins en moins, il faut tout de suite être compétitif, c’est clair. C’est une pression avec laquelle il faut arriver à vivre. Une pression d’ailleurs relative: pour moi, ce qui compte, c’est le terrain, la gestion des joueurs.» Le nouvel homme fort de Tourbillon ne se voit d’ailleurs pas comme un débutant. Une carrière de défenseur intraitable et passionné, dans le giron sédunois d’abord, des juniors à la première équipe, avec la consécration de l’équipe nationale et une année à l’étranger, à Stuttgart. Suivie de quinze autres années à Servette, à littéralement tout faire – joueur, directeur sportif, préparateur physique, entraîneur adjoint, responsable de la formation – «un vrai condensé de football».

Entraîneur du FC Sion, pour un Valaisan, ça ne se refuse pas.

C’est dans les cuisines de La Porte d’Octodure, à Martigny-Croix, au bord de la route du Saint-Bernard, que Sébastien Fournier se débat avec un risotto aux champignons. En plein déménagement, il n’a rien encore pour cuisiner chez lui.

Du champion du monde italien au journaliste argovien

Va donc pour La Porte d’Octodure, un hôtel plutôt particulier qui abrite l’administration du FC Sion et les bureaux de l’architecte Constantin tout en offrant le gîte et le couvert aux derniers joueurs arrivés. Dans les couloirs ou sur la terrasse du restaurant, on pourra croiser des personnages aussi composites que le champion du monde italien Gattuso, en short et tongs – ciao!- ciao!– ou l’envoyé spécial de l’Aargauer Zeitung.

Aux fourneaux, l’entraîneur se fait un peu chambrer par les cuisiniers et les sommeliers, qu’il menace en retour: «Demain, c’est vous qui venez tirer des coups francs.»

J’ai la chance de pouvoir compter sur des gens intelligents, travailleurs.

Dans un club à l’identité très forte mais au contingent chaque année un peu plus cosmopolite, la nomination d’un Valaisan pur sucre comme coach principal a déclenché une approbation certaine d’un bout à l’autre du canton. Le président Constantin avait justifié son choix en parlant d’un pari sur «un jeune qui apporte de la fraîcheur comme Guardiola à Barcelone ou di Matteo à Chelsea. Alors pourquoi pas Fournier?» Oui pourquoi dans un Valais des hautes sphères où l’on ne compte plus les moutons ni les vaches, mais les Fournier – Jean-François à la tête du Nouvelliste, Jean-René, au Conseil des Etats, Jean-Marie en promoteur de tous les promoteurs. Ce dernier d’ailleurs dit de Sébastien, outre que «c’est un cousin», qu’il est aussi, par voie de conséquence, «un vrai gars de la montagne, crocheur...»

L’intéressé, lui, avance une autre raison qui a pu compter dans sa nomination surprise: «Un peu de marketing. Un Valaisan à la tête du FC Sion, ça fait tout de suite vendre quelques abonnements supplémentaires.»

«Solidarité, travail, complicité»

Sébastien Fournier ponctue souvent ses phrases par un «tout simplement» qui lui ressemble. Et ressemble à ce qu’il dit aimer voir sur un terrain de la part de son équipe: «Solidarité, travail, complicité. Repousser les limites sur le plan physique, résister, tenir.» Des qualités souvent décrites dans la presse sportive comme «valaisannes». Pas question pour lui pourtant d’en rajouter sur ce thème. L’expression «jouer à la valaisanne» ne lui semble plus avoir beaucoup de sens. Il trouve le FC Sion actuel plutôt conforme à l’image du canton: «Il y a beaucoup de Portugais, de Français, d’Italiens qui vivent en Valais, il faut s’ouvrir à cette réalité. Et puis un joueur valaisan, s’il est bon, aura toujours sa place au FC Sion, mais s’il y a des joueurs qui sont meilleurs que lui, ce sont eux qui joueront, tout simplement.»

Fournier dans ce domaine se montre partisan d’un froid réalisme, lui qui vient d’œuvrer six mois au secteur formation du club: «Le constat est facile à faire, nous n’avons pas actuellement la substance pour monter un FC Sion-Valais comme dans les années 80. Si on faisait la meilleure équipe valaisanne possible avec les meilleurs joueurs valaisans, le FC Sion ne serait même pas en Challenge League»

A vélo ou à pied dans la montagne

Sébastien Fournier : «Constantin? C’est quelqu’un de passionné, exubérant, perfectionniste, ambitieux.»

En dehors du foot, Sébastien Fournier se dit passionné de montagne, s’impose un mot croisé quotidien et pratique le VTT. Avant de reconnaître que ce métier d’entraîneur lui prend «beaucoup d’énergie», et le poursuit «jour et nuit». Le démon du foot finit toujours par pointer le bout de son nez rond, à tout moment, même lorsque l’entraîneur passe du temps avec ses deux filles.«Sans faire exprès, on se met à penser, voilà demain j’ai tel joueur blessé, il faut que je prévoie quelque chose...»

Sinon le coach du FC Sion dit bien aimer les langues, «un bagage que les entraîneurs et toute personne d’ailleurs devraient avoir: avec le groupe que j’ai, ça me fait plaisir de me mettre à l’italien, à l’anglais et à un peu de portugais». Et c’est donc en allemand qu’il répond aux questions de l’Aargauer Zeitung. Pour expliquer le bon début de championnat, il met en avant une qualité rarement plébiscitée en football: «Il y a un vrai niveau intellectuel dans cette équipe. Avec Dingsdag, Bühler, Vanins, Vanczak, Marguerat, Darragi et évidemment Gattuso, un type extraordinaire, j’ai la chance de pouvoir compter sur des gens intelligents, travailleurs et qui ne se prennent pas pour ce qu’ils ne sont pas. Mais tout est fragile en football. L’intelligence d’ailleurs permet aussi de gérer les périodes délicates.»

Quant à Christian Constantin, son imprévisible et fantasque président, Fournier le voit comme quelqu’un «de passionné, exubérant, perfectionniste, ambitieux. Ça me convient très bien parce que je suis moi aussi quelqu’un d’ambitieux.» Tout simplement.

 

Publié dans l'édition MM 32
6 août 2012

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Gouts et degouts

Secrets de cuisine

Pour vous cuisiner c’est…

Faire plaisir: je cuisine très peu, et si je le fais, c’est que j’ai des invités.

Qu’avez-vous toujours en réserve?

De l’ail. J’adore ça.

Quel est votre plat préféré?

Il y en a beaucoup mais ­disons celui que je prépare aujourd’hui, le risotto aux champignons.

Que ne mangeriez-vous pour rien au monde?

Rien. Enfin peut-être pas du chien …

Avec qui auriez-vous aimé partager un repas?

Jacques Brel

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