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En prendre de la graine, oui mais de laquelle?

Alors qu'il est possible de faire germer des graines vieilles de plus de trente mille ans, il est impossible de récolter les graines de ses propres plantes pour les ressemer!

Faudrait savoir. D’un côté, le monde s’émerveille de l’exploit de ces scientifiques russes qui ont réussi, ce début d’année, à faire germer des graines de fleurs vieilles de plus de trente mille ans. Ces silènes, des plantes à fleurs blanches datant de la première glaciation, avaient été retrouvés dans des terriers fossilisés d’écureuils, dans le permafrost – ou sol gelé – de Sibérie.

Bon, ils ne sont pas revenus à la vie juste jetés en terre avec un filet d’eau et de soleil. Il a quand même fallu une manipulation en laboratoire à partir d’un prélèvement du tissu placentaire de ces semences. Face à cette nouvelle, le principe du congélateur mondial à graines construit au fin fond du nord de la Norvège ne paraît plus si idiot. Bunker destiné à sauvegarder la biodiversité de la planète, ce coffre-fort conserve toutes les variétés de plantes de plus de cent pays pour pouvoir tout faire refleurir et repousser en cas de catastrophe mondiale ou régionale.

De l’autre côté, la consommation kleenex imposée aux jardiniers du dimanche. Et même aux agriculteurs de la semaine: impossible de récolter les graines de ses propres plantes pour les ressemer. Une année ça va, puis il faut changer de graines comme de crème solaire avec l’arrivée des beaux jours. Approchez la date de péremption sur le paquet et plus grand-chose ne pousse.

Pire si vous tombez sur la mention F1 signifiant champion du monde de la courte vie: c’est qu’il s’agit de plantes hybrides. Stériles ou presque. Ressemez-les et vous n’obtenez déjà pas les mêmes plantes que celles qui viennent de pousser. En plus, vous n’êtes pas sûr d’en voir beaucoup sortir de terre. C’est fait exprès?

A plus large échelle, les agriculteurs du monde entier se battent contre les multinationales de la graine, pour pouvoir ressemer librement une partie de leur propre récolte d’une année sur l’autre. Le débat sur leur dépendance envers les grands semenciers est monté jusqu’au Conseil des droits de l’homme. Seul pays à émettre des réticences: la Suisse.

Si on s’amuse à les brider à la base, à quoi ça sert de savoir ressusciter les graines?

 

Publié dans l'édition MM 25
18 juin 2012

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