L’économie doit aussi se mettre au vert
Depuis le sommet de la Terre Rio + 20, dont elle était l’un des thèmes majeurs, elle est devenue le grand défi que notre société doit relever. Mais qu’est-ce que l’économie durable et comment fonctionne-t-elle?
Elle teinte désormais les discours politiques et les propos de divers spécialistes. Depuis le sommet de la Terre Rio + 20, en juin dernier, l’économie verte est une notion de plus en plus utilisée et qu’il va falloir intégrer, même si sa définition reste encore à géométrie variable. Pour les uns, elle se limite aux cleantech (lire encadré) ou aux énergies renouvelables. Les plus ambitieux en font un système économique complet qui devrait remplacer le modèle actuel du tout-jetable et permettre, comme le souhaite le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), une meilleure redistribution des richesses. En Suisse, les experts se rallient à cette notion globale, également reprise par l’initiative populaire lancée au printemps dernier par les Verts.

«L’économie durable, c’est une production de biens et de services libérée du recours aux énergies fossiles et aux matières premières non renouvelables, décrypte Christophe Mager, économiste et maître d’enseignement et de recherche à l’Institut de géographie de l’Université de Lausanne. C’est aussi un rapprochement de ces productions avec les cycles naturels, où il n’existe pas de déchets. Ceux que nous produisons devraient ainsi être utilisés dans d’autres processus de production, dans une économie dite circulaire. Enfin, l’économie verte se base sur une longue durée de vie des biens et une facilitation de leur entretien. Le renouvellement de tels biens étant, par nature, peu fréquent, la location devrait être préférée à la vente, dans une économie dite de fonctionnalité.»
Produire et consommer sans polluer est une première étape indispensable si nous voulons éviter une catastrophe écologique et climatique, rappelle Dominique Bourg, professeur à l’Institut des politiques territoriales et de l’environnement humain de l’Université de Lausanne. «Diverses études scientifiques montrent que nous allons vers des changements abrupts et irréversibles, avec des conséquences catastrophiques.»

Apprendre à gérer la rareté des ressources naturelles
La transition de notre économie «brune» – en référence à l’usage des hydrocarbures – vers la verte doit donc se faire vite. Et impose quelques modifications dans nos schémas de pensée. La première concerne les ressources naturelles: après les avoir longtemps considérées comme illimitées, la société industrielle doit désormais intégrer le fait qu’elles ne le sont pas. «Nous devons apprendre à gérer la rareté tant quantitative (ressources limitées) que qualitative (phénomènes de pollution), sans nécessairement pouvoir compter sur les avancées technologiques pour nous libérer de ces contraintes. Dans ce sens, c’est un vrai changement de perception», note Andrea Baranzini, professeur d’économie à la Haute Ecole de gestion de Genève.

Entreprises et consommateurs peuvent appliquer cette nouvelle logique, qui en adoptant des modèles de production respectueux de l’environnement, qui en privilégiant les produits durables. Mais sans régulation étatique, aucune de ces deux démarches ne suffira, notent les experts. «Les Etats doivent mettre en place une réforme fiscale écologique qui taxe plus lourdement ce qui est polluant, et moins ce qui ne l’est pas. Ils doivent aussi développer des taxes incitatives et des politiques qui soutiennent la recherche et le développement dans les technologies propres», explique Andrea Baranzini.
C’est le modèle que l’initiative des Verts veut développer. «Dans le cadre du Sommet de la Terre Rio + 20, la Suisse a proposé une feuille de route pour l’économie verte. Or, à ce jour, elle n’applique pas sur son propre territoire les mesures qu’elle demande à la communauté internationale d’adopter», constate la conseillère nationale vaudoise Adèle Thorens, coprésidente des Verts et l’une des instigatrices du texte.

Un système générateur d’emplois
Mais se lancer dans une économie verte à l’échelon d’un petit pays ne va-t-il pas péjorer l’économie et les emplois? Pas du tout, rassurent les experts. «Selon le PNUE, 2% du PIB mondial suffirait à réorienter notre économie», note Dominique Bourg. Et l’économie circulaire et de fonctionnalité vont, par nature, générer des emplois de proximité puisqu’il faudra recycler les biens en fin de vie et les entretenir auparavant. Sans oublier les places de travail que pourra fournir le développement des technologies propres.

Dédaigner ce modèle économique durable serait d’autant plus dommageable que l’Europe et les Etats-Unis se sont engagés dans la voie du Green New Deal et que des pays émergents, Chine en tête, boulottent des parts de plus en plus larges du marché des cleantech. «La Suisse ne peut pas vraiment faire autrement que de tenter de verdir son économie, ne serait-ce que pour rester compétitive», conclut Christophe Mager.
Publié dans l'édition MM 35
27 août 2012
Le dico de l’éco écolo
Economie circulaire: Elle s’inspire des cycles naturels dans lesquels les déchets produits par les uns servent de ressources aux autres. D’un point de vue concret, elle implique le recyclage des matières afin de les utiliser dans de nouveaux produits.
Exemples: vêtements en PET, matériaux de construction recyclés, comme le béton; meubles en carton recyclé ( www.litencarton.ch ); utilisation de boues d’épuration, pneus et farines animales comme combustible à la place de charbon (cimenterie...
Lire la suiteLe dico de l’éco écolo
Economie circulaire: Elle s’inspire des cycles naturels dans lesquels les déchets produits par les uns servent de ressources aux autres. D’un point de vue concret, elle implique le recyclage des matières afin de les utiliser dans de nouveaux produits.
Exemples: vêtements en PET, matériaux de construction recyclés, comme le béton; meubles en carton recyclé ( www.litencarton.ch ); utilisation de boues d’épuration, pneus et farines animales comme combustible à la place de charbon (cimenterie Holcim), etc.
Economie de fonctionnalité: Elle prône la production de biens de longue durée qui ne seraient plus vendus, mais loués, ce qui permettrait de réduire la quantité de biens produits, et donc l’utilisation des matières premières.
Exemple: l’un des plus connus en Suisse est le principe du car sharing (Mobility) ou du vélo en libre-service (Velopass et Publibike).
Green New Deal: Mesures prises par les pouvoirs publics afin de relancer l’économie en la plaçant dans l’optique verte. Inspiré du New Deal, programme interventionniste mis en place dès 1933 par le président américain Franklin Roosevelt. Il vise à lutter à la fois contre le ralentissement économique et la dégradation environnementale.
Exemple: les investissements dans les énergies renouvelables.
Cleantech ou greentech: Technologies qui ménagent les ressources naturelles sans rien céder à l’efficacité. Elles limitent aussi les déchets produits et leur toxicité.
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