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Survie, mode d’emploi

Le guide pratique du Genevois Piero San Giorgio s’est déjà vendu, grâce au bouche à oreille, à 20 000 exemplaires. Rencontre avec un néosurvivaliste qui se prépare au pire.

Le titre est évocateur: Survivre… à l’effondrement économique. Et le succès à la hauteur de la promesse: plus de 20 000 exemplaires déjà écoulés. «Comme je suis chez un tout petit éditeur, nous sommes constamment en rupture de stock», sourit Piero San Giorgio. Teint bronzé et verbe habile: dans une autre vie, ce Genevois travaillait comme responsable marketing informatique «pour le compte de grandes entreprises». Pas de nom. Intarissable sur sa vision du monde et sa démarche, il tient désormais à une certaine discrétion. Piero San Giorgio est donc un pseudonyme, comme tiré d’un thriller ésotérique. Car notre homme a changé de vie. Exit le salaire confortable, les grosses ventes et les voyages.

La fragilité du monde est devenue une évidence.

Désormais, ce colosse débonnaire de tout juste 40 ans se prépare au pire. A quoi au juste? «Les scénarios de crise ne manquent pas, je ne vais pas vous l’apprendre. Alors je veux être prêt. Et j’acquiers autonomie et indépendance pour quand le jour viendra. Pour me mettre à l’abri, moi et ma famille, puisque j’ai trois enfants en bas âge. Et j’essaie d’encourager un maximum de personnes à faire de même.»

Les vivres stockés permettent à une 
dizaine de personnes de se nourrir pendant six mois.

Piero San Giorgio est devenu un survivaliste (ou plutôt un néosurvivaliste). Il ne se réclame pas de la faction surarmée et antigouvernementale, très en vogue outre-Atlantique. «Je ne me sens pas spécialement parano. Et je ne pense pas du tout pouvoir survivre à tout. Je préfère une approche équilibrée à un truc complètement hardcore.»

Pour lui, tout commence en 2005. «La prise de conscience de ce qui nous attend s’est faite progressivement. Tout comme le sentiment d’un univers professionnel au stress stérile. J’ai beaucoup voyagé et la fragilité du monde est devenue une évidence. Comme je suis aussi un passionné d’histoire et que je pense qu’il est absurde de vouloir se sauver tout seul, j’ai commencé à écrire un livre pour convaincre un maximum de gens.» L’écriture prendra du temps, et l’ouvrage sort en octobre 2011.

Pas un adepte de la théorie du complot

Les premiers lecteurs se retrouvent naturellement dans la zone grise des survivalistes et autres adeptes de la théorie du complot. «Personnellement, je ne pense pas que tout soit complot, même s’il est évident que le mensonge politique est pratiqué à grande échelle. Notre monde est complexe, penser que l’on nous cache en permanence la vérité donne une clé simple, qui rassure. Mais qui déresponsabilise, aussi, alors que ma démarche consiste précisément à se prendre en mains.»

Se préparer au pire, donc. Son livre dresse quelques scénarios, hélas pas complètement aberrants: la fin du pétrole, par exemple, dont chacun sait qu’elle arrivera tôt ou tard. «Je fais partie de ceux qui pensent que ce sera plutôt rapidement. D’ici à une décennie au plus.» Pour Piero San Giorgio, ce sera pénurie énergétique et donc crise politique et récession majeures débouchant sur des flux migratoires massifs, état de guerre civile généralisé et réserves alimentaires rapidement exsangues.

Un refuge pour vivre autonome

D’où sa BAD. Pour Base autonome durable. Selon l’auteur, chacun peut en créer une. Mais évidemment, à lire les sept éléments indispensables à toute BAD qui se respecte, c’est plus compliqué en pleine ville que, comme pour lui, dans une fermette dans une vallée «quelque part en dehors de Genève».

La finalité étant la survie en cas de troubles, on comprend aisément qu’il ne donne pas davantage de détails. «Mais encore une fois il ne s’agit nullement d’un bunker surarmé. Bien sûr, il y a mes armes d’ordonnance plus un ou deux «joujoux», puisque la BAD doit pouvoir être défendue. Mais la défense n’est qu’un élément parmi d’autres.»

Dans la base, on trouve 
également de quoi 
se soigner.

Piero San Giorgio est fréquemment invité pour évoquer sa Base autonome durable. L’année dernière, plutôt par des radios d’extrême droite françaises ou des groupuscules crypto-paniqués. Désormais, dans des cadres beaucoup plus respectables, comme c’est le cas aujourd’hui à l’Université de Lausanne, à la demande d’un éminent professeur d’écologie industrielle. «Chaque point amène le suivant. Sans surprise, le premier, c’est un accès à l’eau. Moi j’ai trouvé un endroit près d’une source, ce qui est idéal.» La nourriture, ensuite. Des réserves, bien sûr. Piero San Giorgio a entassé pour six mois de vivres capables de nourrir une dizaine de personnes. «Certains me demandent ce qui se passe si quelqu’un les trouve et les vole demain. Je réponds que je suis assuré et que j’irai en racheter. Il faut rester logique, et ne pas sombrer dans le délire.» Comme cet interlocuteur qui voulait savoir ce qui se passerait en cas de missile. «Eh bien je meurs, tout simplement.» Logique, non?

En cas de missile? Eh bien je meurs, tout simplement.

Autres principes d’une bonne BAD: de quoi préserver sa santé, une source d’énergie, des moyens de défense, mais aussi de quoi préserver du lien social. «Ce qui est loin d’être évident au milieu du chaos. Ça se prépare. Dans la vallée où j’ai ma ferme, cinq autres personnes s’équipent. Et je suis convaincu qu’il y en a déjà quelques milliers en Suisse.»

Par souci d’autosuffisance alimentaire, Piero San Giorgio cultive ses propres 
légumes.

Avec un grand sourire, notre survivaliste rappelle que la Confédération, comme d’autres pays, recommande toujours de stocker trois semaines de nourriture et d’eau. «Nos habitudes de pays riches ne connaissent plus la survie. Mais il suffit de voir comment vit un paysan malien pour constater que pour lui, c’est son quotidien. Lui, il est déjà prêt.»

Même s’il vit, certes modestement, des conseils qu’il prodigue à des audiences variées comme à de nombreux privés, Piero San Giorgio refuse de parler de business. «Je reste hélas persuadé de l’imminence de la catastrophe. Mais je souhaiterais me tromper et avoir tort. En attendant, j’apprends à cultiver des légumes, je perfectionne ma connaissance de notre environnement et mes techniques de survie. Personnellement, à l’heure actuelle, je trouve cela moins fantaisiste que de rester sur son canapé à regarder la télé.»

 

Publié dans l'édition MM 23
4 juin 2012

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8 Commentaires

Méziane RAHEM [Invité(e)]

Ecrit le
13 avril 2013

Salut Piéro,

Chapeau bas pour ce que tu fait, je pense que les illuminés dans ce monde son les dirigeants de cette planette qui pour leurs profits perso peuvent foutre des millions de personnes dans la merde la plus total, merci pour ce que tu fait!!! vraiment!!!!

Ben Pasure [Invité(e)]

Ecrit le
20 mars 2013

C'est compliqué, c'est pas con en même temps ça le sera si aucune catastrophe d'une telle envergure arrive qui en plus engendrerait le chaos (ce qui implique que la civilisation n'est pas capable de se gérer) . Sais pas quoi penser, jouer au survivaliste tout le monde ne peut se le permettre.

Pieri Sani Giorgi [Invité(e)]

Ecrit le
26 octobre 2012

Un retournement de veste spectaculaire bravo Piero !

 

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