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Moi, surdoué? Vous plaisantez!

De nombreux adultes découvrent tardivement leur haut potentiel. Après des années de mal-être, ils se sentent enfin reconnus et soulagés.

Décalé, bizarre, bête, ou même fou. Ce sont les mots qui reviennent le plus souvent lorsqu’on demande à un adulte tardivement diagnostiqué surdoué comment il se sentait face aux autres avant de savoir. Avant la découverte de ce qu’on appelle surdouance, ou haut potentiel. Cette intelligence hors norme qui se caractérise par une curiosité insatiable, un traitement des informations en arborescence, c’est-à-dire par ramification rapide d’association d’idées. Mais aussi par une hypersensibilité, une empathie et une réceptivité sensorielle exacerbées. Un descriptif qui renvoie davantage à l’image du petit génie qu’à celle d’un adulte peu sûr de soi. Ce don peut toutefois se révéler bien encombrant lorsque le principal intéressé en ignore tout.

«On se moquait de moi, on disait que j’étais bête»

Non, être surdoué n’est pas toujours un gage de bonheur, même si certains vivent très bien cette différence. Ni forcément de réussite. Car comment devenir un adulte bien dans sa peau lorsqu’on a passé sa scolarité à s’ennuyer, que l’on se sent déconnecté des autres, dont on ne partage pas les centres d’intérêts, et que cette différence donne lieu à des railleries? «On se moquait de moi, on me disait que j’étais bête car je comprenais souvent différemment les choses», se souvient Sophie, 30 ans, qui a eu la confirmation de sa surdouance il y a quelques mois, et dont le témoignage est à lire ci-contre.

Une sensibilité à fleur de peau

Le sentiment d’être «à côté de la plaque» et incompris prend alors le pas. La dévalorisation de soi s’installe jusqu’à se muer en dépression pour certains. Séances chez le psy, thérapies en tout genre s’enchaînent sans pour autant donner de résultat. La personnalité complexe des hauts potentiels fait qu’ils sont souvent confondus avec des personnalités borderline (état limite) ou bipolaires. «Dans leur cas, il ne s’agit pas de pathologie mais d’une exacerbation de la réalité. Ce sont des personnes extrêmement réactives émotionnellement, très sensibles aux changements. Elles peuvent passer de l’exaltation à des phases de dépression totale», explique la psychologue française Jeanne Siaud-Facchin. Auteure de Trop intelligent pour être heureux? (éd. Odile Jacob), elle dépiste depuis plusieurs années enfants –mais aussi adultes – à haut potentiel. Ces «zèbres», comme elle les surnomme en raison de leur similitude avec ce drôle d’animal, que ses rayures rendent si différent tout en l’aidant à se dissimuler.

Car si les milieux scolaires sont aujourd’hui attentifs à repérer les hauts potentiel (ils seraient un à deux par classe), ce n’était pas le cas il y a quelques dizaines d’années. Résultat, de nombreux adultes sont passés entre les gouttes, en s’adaptant au point de masquer leur particularité ou en étant alors pris pour des enfants souffrant de troubles de l’attention. D’autres ont nié leurs talents, se sentant coupables d’avoir des aptitudes supérieures, des facilités ou un don, note dans son ouvrage L’adulte surdoué (éd. Albin Michel), la psychologue et psychanalyste parisienne Monique de Kermadec. Car «plus le surdoué adopte un «profil bas», plus l’approbation du groupe est large.»

Incrédulité et soulagement

C’est souvent parce que leur enfant a été diagnostiqué à haut potentiel que ces surdoués qui s’ignorent prennent conscience de leur différence. Ou parce qu’ils ont lu un article sur le sujet et se sont reconnus. «Ils font cette hypothèse, mais craignent en même temps de paraître prétentieux», raconte la psychologue et coach genevoise Pascale Roux. Depuis quelques années, elle aussi dépiste et accompagne des adultes zébrés. «Lorsque le diagnostic tombe, ils sont d’abord incrédules, puis soulagés, poursuit-elle. Cela leur permet de comprendre pourquoi ils se sentent si différents, de réagir autrement face aux autres et d’apprendre à ne plus attendre que ces derniers fonctionnent comme eux. Mais aussi de retrouver du sens.»

Une colère due à un sentiment d’incompréhension

Pascale Roux, psychologue et coach: «Les surdoués craignent de paraître prétentieux»

La révélation de la surdouance s’accompagne aussi de colère. Celle de ne pas avoir été compris par ses parents, par l’école. Le risque est alors de vouloir tout recommencer, comme si une grande intelligence supposait un grand destin, met en garde Jeanne Siaud-Facchin: «Et si j’avais raté ma vie?», se disent d’aucuns. Pourtant, comme elle le souligne, il s’agit «moins de faire quelque chose que d’être enfin soi-même». D’où le besoin pour certains de se retrouver entre eux. A l’instar de Pierre-Yves Franzetti, militaire de carrière, qui a découvert sa surdouance il y a trois ans. Il est depuis devenu secrétaire local de la section valaisanne de Mensa – la table en latin –, association internationale qui regroupe les hauts potentiels. «L’idée est d’aborder des thématiques, aussi bien scientifiques, qu’économiques ou littéraires, dont on ne parlerait pas à la maison ou dans notre entourage.» Une manière de satisfaire l’insatiable curiosité qui caractérise ces zèbres. Et de se sentir enfin compris.

«Cela a expliqué beaucoup de choses»

C’est «pour savoir ce qu’il valait vraiment» que Pierre-Yves Franzetti a poussé un jour la porte de la section valaisanne de l’association Mensa, qui regroupe les QI de plus de 130. C’était il y a trois ans. Il avait alors 34 ans. Militaire de carrière, il vivait une passe difficile: «J’ai subi des pressions dans le cadre de ma vie professionnelle, raconte-t-il. Mon travail était sans cesse remis en cause et dénigré. J’ai commencé à penser que j’étais à côté de la plaque. J’avais vraiment besoin de me situer.»

J’ai pensé que j’étais à côté de la plaque.

C’est alors que ce passionné de jeux de rôles, au caractère «ouvert et de meneur», décide de passer un test de QI validé par Mensa. La réponse est sans appel: il possède une intelligence largement au-dessus de la moyenne. «Apprendre que j’étais surdoué a expliqué beaucoup de choses. J’ai notamment compris que je subissais une forme de mobbing», raconte celui qui est depuis devenu secrétaire local de la section valaisanne de Mensa. S’il n’a jamais souffert de sa surdouance durant sa scolarité, Pierre-Yves Franzetti se reconnaît dans le portrait souvent dépeint de l’enfant surdoué: «Je n’étais pas particulièrement bon à l’école, mais pas mauvais non plus. Disons que j’étais surtout minimaliste car j’avais de la facilité.» Contrairement à beaucoup de surdoués, il a choisi de ne pas cacher son don, sans toutefois le crier sur tous les toits: «Parce que c’est très important pour l’estime de soi.»

«J’étais sous le choc»

A 30 ans, Sophie s’est enfin trouvée. Au début de l’année, la jeune femme est allée consulter une psychologue qui a diagnostiqué son haut potentiel. «J’étais sous le choc, se souvient-elle. Jusque-là, j’avais toujours eu l’impression d’être à côté de la plaque, d’être un cas. Mais maintenant je sais que je ne suis ni folle, ni bête.»

L’école, ça été l’enfer. Je n’arrivais pas à communiquer avec les autres.

Comme beaucoup de surdoués, Sophie a souffert de sa singularité. Enfant, elle vit une scolarité difficile. «L’école, ça a été l’enfer, résume-t-elle. Je n’arrivais ni à communiquer avec les autres ni à me concentrer. On me disait que j’étais bête car je comprenais souvent de travers.» L’adolescence n’arrange rien: Sophie se sent «hyper-nulle» et finit par plaquer ses études pour s’orienter vers un apprentissage d’employée de commerce. C’est là qu’intervient un premier déclic: «Quand j’ai commencé à travailler, je me suis rendu compte que je comprenais vite, que j’avais une vue d’ensemble des problèmes et que j’étais polyvalente.»

Mais la confiance en soi fait toujours défaut. La jeune femme fait une dépression à l’orée de ses vingt ans, subit le mobbing d’un supérieur durant plus de trois ans. Des épreuves qui ne l’empêchent pas de se voir confier rapidement des responsabilités dans l’entreprise où elle travaille actuellement.

Aujourd’hui, Sophie veut tracer sa propre route. Passionnée de dessin, elle a ouvert il y a peu un atelier où elle donne des cours. Son rêve: vivre de son art. Pour enfin être elle-même.

«Je commence à me sentir enfin apaisé»

Assis dans le salon-bar d’un hôtel genevois, David (prénom d'emprunt) raconte les circonstances qui l’ont amené à découvrir sa surdouance à 54 ans. Enfin, plutôt «à savoir ce que je savais déjà», précise-t-il. Car comme beaucoup de personnes à haut potentiel, ce cadre en management et conseil, marié et père de deux enfants a senti depuis l’enfance qu’il était différent. «J’ai toujours eu un regard extrêmement lucide sur les choses et les gens. Il ne me faut pas longtemps pour comprendre un contexte, savoir lire une situation.» La révélation, elle, a lieu lorsqu’un ami proche lui offre au printemps de l’année dernière «Trop intelligent pour être heureux?», le livre de la psychologue française Jeanne Siaud-Facchin. «Cette lecture m’a totalement bouleversé car je me suis reconnu.»

Je ne savais pas quoi faire de ma vie.

Une expertise attestant de son haut potentiel plus tard, David se sent enfin décomplexé. «Je me suis dit qu’il y avait une issue à cette culpabilité que je ressentais. J’ai compris que j’étais simplement juste fait comme ça.» Avec une précision d’horloger, il détaille ce mal-être qui l’a accompagné durant sa vie et ses efforts d’adaptation pour masquer sa différence. Comme, lorsque gamin, il se met à écouter Led Zeppelin alors qu’il préfère Bach. «J’ai rapidement constaté qu’être différent, ce n’était pas bien, alors j’a tenté de m’adapter, mais les autres ne sont pas dupes.» S’en est suivi un sentiment de frustration qui l’a mené «à prendre des décisions radicales». «Je me suis rebellé contre beaucoup de choses, dit-il. Je ne savais pas quoi faire de ma vie et ne me voyais pas l’ombre d’une qualité.»

Aujourd’hui, David ne regrette pas d’avoir choisi de savoir. La confirmation de son don lui a apporté la reconnaissance qu’il recherchait depuis longtemps. «Je commence à me sentir enfin apaisé et décidé à bien utiliser mes qualités.»

 

Publié dans l'édition MM 34
20 août 2012

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Surdoué, ça veut dire quoi?

L’idée générale veut que toute personne surdouée présente un QI hors norme. Si les hauts potentiels se distinguent par un quotient intellectuel largement au-dessus de la moyenne (130 au minimum, contre 100 pour le commun des mortels), «posséder un QI élevé, n’est pas tellement être quantitativement plus intelligent, mais surtout avoir un fonctionnement intellectuel qualitativement très différent», précise Jeanne Siaud-Facchin.

Chez une personne surdouée, le nombre de connexions...

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39 Commentaires

Morgan(e) CORTEY [Invité(e)]

Ecrit le
3 avril 2016

Bonsoir pour celles et ceux qui ne dorment pas encore et bonjour pour d'autres! Tout d'abord, ce qui m'a interpellée est l'hypersensibilité, laquelle chez moi, est exacerbée! Je ne pense jamais à moi et je passe mon temps à souffrir physiquement et je suis sans cesse entrain de réfléchir et de chercher une réponse à tout! Et c'est épuisant! Pour être tout-à-fait honnête, je pense avoir un QI plus que "normal". D'ailleurs, je me suis toujours "descendue" voire même détestée. Je n'ai jamais été mise en valeur, bien au contraire depuis l'enfance malgré de belles réussites. Et à l'heure actuelle, je souffre toujours car j'étais en et je suis en permanence dans l'empathie et je me suis faite avoir en beauté, donc, antidépresseurs etc...Et j'ai 37 ans! Enfin, je vais essayer d'écourter ( formation littéraire oblige). De plus, rien de formidable ou d'extraordinaire lors de mon parcours scolaire! J'étais une bonne élève! J'ai même redoublé de façon volontaire ma troisième et ma première L pour passer un message (lequel n'a pas été entendu, bien évidemment). Ce qui fait qu'à aujourd'hui, je ne sais plus quoi penser et je suis perdue! J'enchaîne également des maladies qui me font horriblement souffrir! Les psy sont, en ce qui me concerne, sont totalement inefficaces! Je m'attendais à autre chose que d'être prise à la "légère"! Si quelqu'un d'entre vous a un avis ou un conseil, je suis preneuse! Merci d'avoir pris la peine de me lire,
Cordialement, Morgan(e).

 

corinne cout [Invité(e)]

Ecrit le
15 avril 2016

 

hannah Kronik [Invité(e)]

Ecrit le
20 avril 2016

Bonjour,
En effet cette façon d'être et de vivre ( ou de mourir qd on souffre trop!), je la connais bien et je la RECONNAIS ENFIN comme mienne et même si le chemin a été très difficile, je sais aujourd'hui quoi faire de ma difféerence et l'AIMER car elle peut aider les autres aussi.
Le "travail" est dans la( re) connaissance de soi ,nettoyage du passé douloureux ( enfance ,..incompréhension, décalage etc) et apprentissage de la CONFIANCE malgré les doutes et les peurs,continuer à vouloir de toutes ses forces qui sont grandes en plus, trouver l'estime de soi .: aucun psy ne m'a aidé au contraire ,ils sont trop dans l'ignorance qui se croit savante en plus et donc ne cherchent pas plus loin que leur appris et ne vont même pas s'informer sur d'autres façons d'être que la pseudo "normalité" stéréotypée et partagée par une majorité.
Ce qui m'a aidée,c'est la persévérance dans ma recherche et l'intime conviction que ce qui m'a été donné ne l'était pas pour rien ,donc avec la FOI qui va avec,même ds les pires moments....et le COURAGE d'avancer.
COURAGE à ceux qui cherchent et veulent sortir de la souffrance. Hannah.

 

marjorie l [Invité(e)]

Ecrit il y a
2 semaines, 3 jours

Je ne sais pas du tout si je suis dans ce cas, seul l'examen d'un professionnel du sujet pourrait me le dire, mais pourquoi pas?...
Beaucoup d'éléments sont très parlant.

Mais bon avant de se prendre tous pour des génies insoupçonnés et malaimés, il faudrait que l'on s'en assure un minimum.

Ca serait marrant... :-D

Sophie Prignon [Invité(e)]

Ecrit le
9 mars 2016

Bonjour voici le lien relatif à une association pour les adolescents et adultes surdoués établie en Suisse:
www.asaas-suisse.com

Elle procure des informations sur la douance, aux personnes qui se sentent concernées.

 

Virginie C [Invité(e)]

Ecrit le
11 mars 2016

Merci à vous ! je vais les contacter et je sens que ça va beaucoup m'aider :-)

Paul Damiron [Invité(e)]

Ecrit le
8 mars 2016

je me reconnais dans ces explications . Jusqu'en seconde, j'étais parfois la moyenne la plus haute Puis en 1e E j'ai sombré dans l'alcool avec 155 employeur Mon psy dit que je fais une dépression atypique
Je suis sur une nouvelle piste que jedevrai sans doute approfondir
J'ai 57 ans et retrouve espoir.

 

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