28 juin 2018

«13 Reasons Why», ou l’adolescence écorchée

Après une première saison hautement polémique, Netflix diffuse depuis fin mai le deuxième volet de sa série coup de poing. Encore plus sombres, les nouveaux épisodes explorent crûment l’univers corrosif auquel peuvent être confrontés les jeunes d’aujourd’hui.

Dans cette deuxième saison de «13 Reasons Why», Clay (Dylan Minette), dévasté par la mort d'Hannah (Katherine Langford), est hanté par son souvenir. (Photo Netflix)
Dans cette deuxième saison de «13 Reasons Why», Clay (Dylan Minette), dévasté par la mort d'Hannah (Katherine Langford), est hanté par son souvenir. (Photo Netflix)

Souvenez-vous… En 2017, la première saison de 13 Reasons Why décortiquait avec minutie les motifs qui avaient poussé Hannah Baker, 17 ans, au suicide. Dressait au passage un portrait sombre et sans complaisance des lycées américains, entre harcèlement scolaire, slut-shaming, violence et agressions sexuelles. Et suscitait une vaste polémique, notamment en dépeignant de manière très explicite le passage à l’acte de l’adolescente qui, à défaut de lettre, laissait derrière elle une série de cassettes audio désignant nommément et sans détour les artisans de son malheur.

Rebelote en 2018. Depuis le mois dernier, Netflix diffuse la deuxième saison de cette série coup de poing. Quelques mois ont passé et le procès intenté par les parents d’Hannah contre l’école – qui, selon eux, aurait pu prévenir le drame – s’ouvre. Sur le banc des témoins se succèdent les élèves de Liberty High, livrant leur propre version de l’histoire. Peu à peu, une question s’impose: la disparue aurait-elle travesti la vérité dans son testament sonore? Passé sous silence des éléments de sa vie qu’elle n’aurait pas voulu voir dévoilés, par crainte de ternir sa propre image?

Parallèlement à cette revisite – qui, tout en satisfaisant notre curiosité de spectateurs avides d’en apprendre davantage sur les personnages rencontrés durant la première saison, nous déconcerte parfois par certaines incohérences – une nouvelle intrigue naît dans les couloirs du lycée, à coups de polaroïds mettant en cause la toute-puissance de la clique des sportifs et la loi du silence qui opère sur ce petit univers. Dévasté par la mort d’Hannah, dont il était amoureux, Clay mène l’enquête, prêt à tout (et même au pire) pour que la vérité éclate au grand jour.

Poussant plus avant le traumatisant voyage dans le monde cruel et corrosif des ados américains d’aujourd’hui – on tremble à l’idée qu’il soit une représentation fidèle de la réalité – cette deuxième saison pèche peut-être par excès de zèle, tant elle englobe, mêle et enchevêtre des thématiques certes d’actualité (allant même jusqu’à évoquer la question des tueries dans les lycées), mais qui, ainsi accumulées, nuisent à la crédibilité de l’ensemble. Une série néanmoins nécessaire pour éveiller les esprits? Certainement. Et avouons que l’on reste scotché devant son écran, porté par la qualité de jeu des jeunes acteurs.

Avis aux âmes sensibles: le dernier épisode présente une scène d’une rare violence, que d’aucuns ont qualifiée de gratuite, mais qui a le mérite d’ouvrir le débat sur un sujet encore trop tabou: le viol masculin. À noter que, suite à la polémique qui a accompagné la diffusion de la première saison, Netflix a créé un site d’internet recensant les structures d’aides pour les adolescents en crise.

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