30 juillet 2020

Tête à tête avec les géants des Alpes

Au départ de Chandolin, sur le tracé de la célèbre course Sierre-Zinal, se dessine une randonnée aux paysages aussi variés qu’impressionnants à travers le val d’Anniviers. Un panorama pittoresque avec vue à 360 degrés sur ce coin du Valais.

Au départ de Chandolin, sur le tracé de la célèbre course Sierre-Zinal, se dessine  une randonnée aux paysages impressionnants à travers le val d'Anniviers.
La majestueuse beauté du val d’Anniviers a de quoi séduire les randonneurs. (Photo: Estelle Dorsaz
Temps de lecture 5 minutes

Un air vivifiant au parfum de mélèze pique les visages encore endormis. Perché à presque 2000 mètres d’altitude, sur la rive droite du val d’Anniviers, le village de Chandolin s’éveille gentiment, baigné des premiers rayons du soleil qui inondent la vallée. Alors que, de l’autre côté du Rhône, la bourgeoise Crans-Montana s’étale sans retenue à hauteur d’yeux, ce hameau modeste quant à lui n’est pas de ceux qui jouent des coudes pour exister. Il préfère en effet séduire les âmes en quête d’authenticité, à l’instar de ses plus célèbres habitants: l’exploratrice Ella Maillart et le photographe animalier René-Pierre Bille. C’est vrai qu’avec ses chalets de bois typiques accrochés à ses pans, le village qui compte parmi les plus hauts lieux d’Europe habités à l’année ne manque pas de pouvoir de séduction.

Ça grimpe et ça descend

Pour réaliser cette traversée du val d’Anniviers, il vaut mieux se lever tôt, car environ six heures de route attendent les marcheurs qui souhaitent l’effectuer sur une journée. Après un café énergisant, nous voilà partis. À une dizaine de mètres de l’office du tourisme, des panneaux indiquent la direction. Impossible de se tromper, il suffit de suivre les flèches de la célèbre course Sierre-Zinal. Le chemin s’enfonce dans la forêt. Après cinq minutes, une discrète borne hydrante nous indique qu’il faut s’éloigner de la route et emprunter un chemin qui monte durant dix minutes pour observer le «Grand mélèze des Armèles». Ce vieillard de 860 ans faisant partie des plus vieux d’Europe mesure près de deux mètres de diamètre et pèse entre 7 et 8 tonnes.

Nous revenons sur nos pas pour rejoindre le chemin. Les kilomètres suivants donnent le ton. Ça grimpe, ça descend. Attention où l’on met le pied, les racines et les cailloux envahissent le sentier. De chaque côté, rhododendrons et myrtilliers recouvrent tout l’espace. L’odeur fraîche des mélèzes embaume l’air. Parfois, le chemin est entrecoupé d’un torrent, dont le bruit accompagne les pas des marcheurs sur plusieurs dizaines de mètres.

Un panorama à 360 degrés

Tout à coup, les arbres se parsèment et la vue se dégage sur un replat. Des mayens et des vestiges d’étable abandonnée témoignent de la présence passée d’un alpage alors qu’un panorama à 360 degrés sur les Alpes valaisannes s’étale sous nos yeux. Derrière le village de Chandolin qui s’éloigne toujours plus, on aperçoit au loin Crans-Montana et ses sommets, sur la droite Vercorin puis Grimentz. Au sud, au fond de la vallée, se dresse, majestueuse, la «couronne impériale»: une ceinture de hauts sommets mythiques encore recouverts de neige culminant tous à plus de 4000 mètres d’altitude: le Weisshorn, le Zinalrothorn, l’Obergabelhorn, le Cervin et la Dent-Blanche. Dans notre tête, nous essayons de replacer ces lieux sur la carte, comme à l’école, durant les cours de géographie.

Encore quelques pas et nous atteignons l’arrivée du funiculaire de Tignousa. Situé au cœur des pistes de ski de Saint-Luc, l’endroit est le point de départ pour de nombreux randonneurs et amateurs d’astronomie de tous âges. En effet, ici débute le Chemin des planètes. Cette balade ludique et scientifique de 13 kilomètres reproduit le système solaire en respectant l’échelle: un mètre parcouru correspond à un million de kilomètres dans l’espace. De quoi se balader à la vitesse de la lumière. Circulant au milieu des astres, des télescopes interactifs et des panneaux informatifs, le chemin grimpe dans un paysage lunaire composé de cailloux, d’arbustes et de quelques conifères jusqu’à l’hôtel Weisshorn. On aperçoit le bâtiment loin à la ronde. Trônant à 2337 mètres d’altitude sur un replat surplombant la vallée, ce bijou historique et architectural, témoin des débuts du tourisme en Valais au XIXe siècle, sonne la mi-parcours et le moment parfait pour un pique-nique. Avec vue imprenable, s’il vous plaît.

À flanc de coteau

Rassasiés et reposés, il est temps d’attaquer le deuxième tronçon de notre traversée. Un petit coup d’œil en arrière offre un dernier angle photogénique de l’hôtel Weisshorn dans son royaume alpin. Le sentier à flanc de coteau s’évade à l’horizon, suivant les courbes de la montagne. Fermant l’horizon, les majestueux sommets de la couronne impériale se font toujours plus imposants et indiquent la direction à suivre. Toujours tout droit, vers le sud.

Par endroits, le paysage gris et vert se teinte de jaune, de rose, de bleu ou encore de violet. Peu importe où l’on pose les yeux, il y a quelque chose à observer: des fleurs d’arnica, des gentianes de printemps, des pédiculaires d’Oeder, des nigritelles noires (également appelées orchis vanillés en raison de leur odeur), des boutons d’or, des orchidées des Alpes ou encore des myosotis. Point de monotonie dans ce coin de paradis alpin, il faudrait vraiment jouer les difficiles pour ne pas se laisser émerveiller.

Tandis que le soleil joue à cache-cache avec les nuages, les décors varient, le pierrier fait place à un pâturage et la végétation devient plus luxuriante. Des vaches paissent paisiblement sans se soucier des marcheurs. Seuls les tintements de leurs cloches et les rouleaux d’eau des torrents troublent le silencieux paysage. En baissant les yeux, on aperçoit, niché au creux de la vallée tel un oisillon dans son nid: le village de Zinal. On s’approche de la fin.

Dernière descente sur Zinal

Durant les trente minutes qui nous séparent de Zinal, la pente douce qui nous promenait le long de la montagne depuis l’hôtel Weisshorn fait place à une descente nette e abrupte. Les genoux en prennent un coup. Dans la forêt, on s’agrippe parfois aux arbres pour ne pas glisser. Si près du but, mieux vaut prendre son temps pour éviter une blessure. À la sortie de la ­forêt, les premières maisons apparaissent. Des grands arbres et des chalets aux balcons ornés de géraniums, comme on en voit partout ici, nous accueillent. C’est avec le même calme qu’ils observeront bientôt débouler des coureurs du monde entier, éreintés par les 31 kilomètres de la course Sierre-Zinal (exceptionnellement cette année, l’événement n’aura pas lieu sur un jour, mais les départs pourront être répartis sur un mois). Une impression de satisfaction et de paix nous envahit. Nous sommes sous le charme. C’est ça l’effet du val d’Anniviers: sa beauté naturelle et son authenticité séduisent les cœurs et sa noblesse impose respect et humilité.

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