12 mars 2020

La nature entre quatre yeux

Les frères Gaël et Antoine Lavorel sont tous deux passionnés par la faune et la flore. Une fascination qu’ils matérialisent et partagent, l’un par le biais de ses aquarelles, gravures et sculptures, et l’autre par ses photos.

Antoine Lavorel (à gauche): «Les gens oublient souvent de regarder autour d’eux. Pourtant, tout est source d’émerveillement!»
Antoine Lavorel (à gauche): «Les gens oublient souvent de regarder autour d’eux. Pourtant, tout est source d’émerveillement!»

Gaël et Antoine Lavorel ont la discrétion des animaux sauvages qu’ils admirent tant. Mais il suffit de leur parler de leur passion pour que, soudain, ils s’illuminent et sortent de leur réserve pour raconter leur quotidien. Un quotidien particulièrement magique, puisque les frères de 18 et 16 ans ont été initiés dès leur plus jeune âge aux beautés de la nature par leurs ­parents, tous deux biologistes. Qu’ils ont grandi à L’Abergement, charmant village vaudois au pied du Jura entouré de forêts et de pâturages qu’ils connaissent comme leur poche. Et que, dotés d’un réel talent, ils ont très vite eu envie de partager leur amour du monde sauvage par le biais de l’art.

L’art au service de la nature

«J’ai reçu mon premier appareil photo à 7 ans, raconte Antoine, le cadet. J’ai passé toute mon enfance à observer la nature et je remarque que les gens ­oublient souvent de regarder autour d’eux. Pourtant, tout est source d’émerveillement, même un petit insecte!» «Moi, ça m’embêtait de dépendre d’un boîtier électronique, et j’ai très vite pris mon crayon pour croquer la nature, complète Gaël. Quand ­Antoine photographie, il a toujours envie de s’approcher, de bouger, tandis que je préfère rester à la même place et dessiner. Je fais aussi des aquarelles et des sculptures.» Antoine continue: «Oui, d’ailleurs toi tu es plus paysages, tandis que je suis plus animaux! Ce matin, par exemple, je me suis levé tôt et j’ai vu douze chevreuils, que j’ai simplement regardés sans prendre de photo. L’image est secondaire, parce que le but avant tout c’est d’être heureux.»

Les deux frères insistent néanmoins sur l’importance d’adopter en tout temps un comportement responsable: «Pour ne pas déranger la nature, il est important d’avoir une bonne connaissance des réactions des animaux et du terrain. Et de l’expérience pour ne pas avoir le vent derrière nous, par exemple», spécifie Antoine. «Oui, complète Gaël, on connaît notre territoire et on s’y déplace le plus discrètement possible. La seule astuce qu’on utilise, c’est notre imitation du cri de la souris, pour attirer les oiseaux de proie.»

Des moments inoubliables

Grâce aux vastes connaissances inculquées par leurs parents, puis enrichies sur le terrain, le duo peut se targuer d’avoir déjà vécu de nombreuses expériences inoubliables. Comme celle avec cette chouette effraie, perchée sur une poutre dans une vieille grange voisine. «Je suis resté là, à quelques mètres, se souvient Gaël avec émotion. Il y avait un rayon de soleil qui l’éclairait, c’était juste incroyable. J’ai pu ­retourner la voir durant une semaine, puis elle a disparu et n’est jamais ­revenue.» Antoine se remémore quant à lui avec émerveillement une de ses rencontres avec un chat sauvage: «J’avais construit un affût et j’y allais tous les soirs, car je rêvais de croiser son regard. À la tombée de la nuit, ce soir-là, j’ai vu passer une ombre ­furtive dans un épais brouillard: c’était bien un chat forestier! Et alors que je l’avais encore dans le rond des jumelles, des chevreuils sont apparus, un peu ­intrigués par le félin...»

À chacun sa formation

Depuis peu, les deux frères réservent leurs découvertes au week-end, puisque Gaël étudie dorénavant à l’École d’horticulture de Lullier, et Antoine à l’École de photographie de Vevey. Mais même en classe, leur amour de la nature ne les quitte pas: «Depuis ma salle de cours, je vois grimper des écureuils», explique le ­premier, tandis que le second avoue en riant s’être fait déjà reprendre plusieurs fois à regarder par la fenêtre.

Gaël Lavorel: «J’aimerais bien vivre de mes sculptures et de mes peintures, mais je ne sais pas si c’est possible. Alors en parallèle, j’étudie le paysagisme et la pépinière, car j’adore les arbres.»

Si les garçons font ces études, ce n’est pas forcément pour en faire leur métier plus tard: «J’aimerais bien vivre de mes sculptures et de mes peintures, mais je ne sais pas si c’est possible. Alors en parallèle, j’étudie le paysagisme et la pépinière, car j’adore les arbres. J’aimerais peut-être créer plus tard des jardins destinés à accueillir la nature», explique Gaël. Antoine, lui, souligne que si ses cours lui permettent «de découvrir d’autres facettes de la photo», il compte plutôt suivre encore une formation liée à la protection et à la gestion de l’environnement.

Par cette belle journée ensoleillée, les deux frères commencent à trépigner. Il est temps de les laisser s’enfuir. Non sans leur avoir encore demandé quels étaient leurs projets de la journée. Les réponses fusent: «C’est la pleine lune, ce soir. Je pense qu’on va aller mettre nos sacs de couchage dans la neige, au Suchet, et guetter les bêtes sauvages.» «Ce sont de vrais fantômes, car elles peuvent être là ou à 100 kilomètres, il faut compter sur la chance.» «Oui, et avoir de la patience! De toute manière, on a un bon sac de couchage. Et l’espoir nous gardera au chaud!»

Benutzer-Kommentare

Articles liés

Christof Angst

À la rescousse de la biodiversité

Une passion qui ne manque pas de piquants

Un métier de chien

«Pour Jacques Dubochet, les scientifiques doivent sortir de leur tour d’ivoire»