15 mai 2020

Il était une voix

Lauréate de la Demotape Clinic 2020, l’incontournable concours de la relève musicale suisse organisé par le Pour-cent culturel Migros, la Chaux-de-Fonnière Giulia Dabalà poursuit un rêve inlassablement: celui de pouvoir vivre un jour de son art.

Photo: Fred Merz/Lundi13

Giulia Dabalà, nous l’avions rencontrée il y a deux ans, juste avant qu’elle ne fasse ses premiers pas sur la scène d’un grand festival. Elle avait déjà ses longs cheveux noir corbeau qui tombaient en cascade sur ses épaules et cette voix chaleureuse, envoûtante qui éclaire sa pop sombre et habitée.

Ce printemps, la sirène chaux-de-fonnière a à nouveau usé de son organe. Cette fois-ci, pour faire chavirer le cœur des membres du jury de la Demotape Clinic, un important concours qu’organise le Pour-cent culturel Migros dans le but de révéler les jeunes talents de la scène musicale helvétique.

844 artistes ont participé à cette compétition qui aurait dû avoir lieu comme de coutume pendant le festival m4music. Sauf que cette année, elle s’est déroulée dans un certain anonymat numérique pour cause d’épidémie de coronavirus. Qu’importe, Giulia a tout raflé: le prix de la meilleure maquette pop et surtout celui de la «Demo of the year».

«Voir que d’autres croient en toi, en ce que tu fais, c’est la plus belle des reconnaissances», commente-t-elle sobrement. Évidemment, la jeune femme de 22 ans espère que ces récompenses lui serviront de tremplin, elle qui aspire à pouvoir vivre un jour de son art. «Et j’aimerais bien que ça arrive bientôt.» La passion est toujours impatiente.

Les 8000 francs que la Fondation Suisa lui a remis à cette occasion, cette musicienne les investira dans la production de son premier album qu’elle est en train d’écrire en semi-confinement. «C’est très chronophage. J’ai des amis qui sortent un titre par jour, je me demande comment ils font?»

Eh oui, cette étudiante à la Hochschule für Musik de Bâle (elle fait un master en performance) souffre de perfectionnisme aigu. Mais elle se soigne. «J’apprends à lâcher prise. La Demotape Clinic en est un bon exemple, car j’ai réussi à envoyer une maquette qui n’était pas encore totalement aboutie à mon goût.»

Parlons-en de cette chanson baptisée War Drums... «L’idée, c’était de mélanger les harmonies des voix bulgares avec le son tribal des tambours argentins. Ces sonorités m’ont amenée ensuite à parler de l’absurdité de la guerre à travers l’histoire d’une mère qui essaie d’empêcher son fils d’aller au front.»

Giulia sourit. «Je voulais composer un morceau dansant, assez gai. Mais au final, il s’avère assez triste comme ce que je fais habituellement.» Il est temps de la quitter, de la laisser plancher sur son album. En lui souhaitant, comme lors de notre première rencontre, des lendemains qui chantent.

Quelle est votre humeur du moment?

Très changeante, elle varie toutes les demi-journées environ.

Votre occupation favorite actuelle?

Danser sur Kaytranada en me levant le matin.

Qu’est-ce qui vous manque le plus en ces temps de semi-confinement?

Faire de la musique avec mes complices Nicolas Andrzej Safjan et Matteo Simonin.

Êtes-vous plutôt Beatles ou Rolling Stones?

Plutôt Beatles. Et plutôt Yesterday que Ob-La-Di, Ob-La-Da.

Plutôt Madonna ou Lady Gaga?

Plutôt Björk! Cette femme est libre, n’a peur de rien, se permet plein de choses… Elle est vraiment très inspirante.

Votre musique de chevet?

James Blake que j’écoute en boucle en ce moment.

Qui auriez-vous aimé être?

Joni Mitchell pour sa super carrière et aussi parce que j’aurais voulu écrire ses morceaux.

Citez vos deux péchés préférés?

Mon lit dont je peine à sortir le matin. Et les séries qui sont ma perte.

Quel est votre principal trait de caractère?

L’empathie.

Votre pire défaut?

L’empathie.

Le don de la nature qui vous manque?

La discipline, clairement. Mais j’y travaille…

Le rêve que vous aimeriez accomplir?

Assumer à 100% tout ce que je fais.

Qu’est-ce qui vous fâche?

Beaucoup, beaucoup de choses. En particulier, tous les Trump de la Terre!

Comment souhaiteriez-vous mourir?

Avoir le diabète et mourir en mangeant trop d’éclairs au café.

Si Dieu existe, que voudriez-vous qu’il vous dise?

S’il existe, c’est plutôt moi qui aurais des choses à lui dire et des questions à lui poser. Oui, je commencerais par lui demander des explications!

En qui ou en quoi aimeriez-vous être réincarnée?

En oiseau pour voler, pour me sentir libre et avoir la possibilité de voir le monde depuis en haut. De prendre ainsi du recul, ça doit être vraiment beau.

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