10 juillet 2017

«L’héritage de Duttweiler»

Migros propose des soins capillaires de la marque premium John Frieda à des prix très bas. Tanya Chapman-Thomann, responsable des produits de beauté, nous explique comment cela est possible.

Tanya Chapman-Thomann se réjouit de voir les soins John Frieda arriver à Migros.
Tanya Chapman-Thomann se réjouit de voir les soins John Frieda arriver à Migros.

Tanya Chapman-Thomann, les articles de la gamme John Frieda sont des soins professionnels développés par un coiffeur vedette britannique. Comment se fait-il que Migros les propose à des tarifs si attrayants?

Cela s’explique par les importations parallèles: nous voulions intégrer ces produits très appréciés à notre assortiment et avons donc entamé des négociations avec la filiale suisse du fabricant japonais. Or, celle-ci insistait pour pratiquer des prix exagérément élevés. Les clients Migros auraient dû débourser beaucoup plus que les consommateurs allemands, par exemple pour les articles John Frieda. Etant donné que les négociations n’ont pas abouti, nous avons acheté un stock non pas auprès d’un fournisseur officiel, mais d’un intermédiaire européen. Cela nous permet de proposer des prix particulièrement intéressants.

Cette méthode est-elle légale?

Oui, le Conseil fédéral a jeté les bases légales de telles importations en 2009. Migros s’est alors résolument engagée dans cette voie. Les importations parallèles sont un moyen légitime de lutter contre l’îlot de cherté qu’est la Suisse. Car de nombreux fabricants de marques internationaux jouent sciemment avec le pouvoir d’achat des consommateurs suisses en pratiquant des prix bien trop élevéssur notre sol. Le secteur des produits de beauté est particulièrement touché par ce problème.

Combien de temps Migros proposera-t-elle les produits John Frieda à de tels prix?

Nous souhaitons garder ces articles longtemps dans l’assortiment et continuer de les vendre à des prix équitables. Nous avons donc acheté un stock important. Il n’est pas impossible que le producteur rejoigne la table des négociations suite à cette importation parallèle.

Migros utilise-t-elle d’autres méthodes pour lutter contre l’iniquité des prix, en plus des importations parallèles?

Nous pouvons décider de ne pas ajouter de nouveaux articles à l’assortiment si le fabricant les propose à des prix exagérés. Un dernier moyen, plus rare, consiste à retirer tout bonnement certains produits des rayons. L’essentiel est de négocier en permanence et avec opiniâtreté avec les prestataires officiels. Nous devons cet engagement si fort en faveur des consommateurs à l’héritage de notre fondateur, Gottlieb Duttweiler.

C’est-à-dire?

Lui aussi s’est battu sans relâche pour obtenir des prix justes et est sorti des sentiers battus. Afin de pouvoir proposer des marchandises à des prix avantageux, il a court-circuité le commerce intermédiaire et a jeté des ponts entre producteurs et consommateurs. Et quand certains fabricants l’ont boycotté, il a développé ses industries. Ingénieux, il n’a jamais accepté un refus sans résister. C’est pourquoi les importations parallèles s’inscrivent parfaitement dans notre tradition.