30 avril 2020

Haut les masques

Même si son port ne sera sans doute pas généralisé, cet équipement de protection fera partie de la stratégie de déconfinement du Conseil fédéral. Comme l’a anticipé le blogueur Jorge Guerreiro qui a mis sur pied un réseau d’artisans romands pour produire des versions lavables en coton.

Photo Matthieu Spohn

Faut-il en porter ou non? Est-ce utile ou pas? Le masque d’hygiène (pas celui utilisé par les soignants, mais celui destiné à la population) fait débat en Europe et dans le monde depuis pratiquement le début de la pandémie. Dans une ­vidéo postée sur Youtube, l’humoriste franc-comtoise Laurence Sémonin, alias la Madeleine Proust, résume bien la situation: «Les masques ne servent à rien, mais faudrait peut-être en porter. Ça peut sauver, ça ne sert à rien, mais ce sera peut-être obligatoire…»

Le monde scientifique – même s’il continue d’insister sur la nécessité de fournir en priorité des équipements de protection au personnel médical – s’accorde à dire maintenant qu’il vaut mieux un masque même rudimentaire que rien du tout. Il semble donc qu’un consensus en faveur de ce type de matériel sanitaire, depuis longtemps adopté par les pays d’Asie, se dessine aujourd’hui aussi sous nos ­latitudes. Au point qu’il est même devenu l’un des éléments-clés de la stratégie de déconfinement.

En Suisse, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) recommande désormais «à toute la population de se constituer une réserve individuelle de 50 masques d’hygiène par personne». Le Conseil fédéral a même fait une demande confidentielle (enfin, celle-ci l’était avant qu’elle ne fuite dans les médias) aux délégations des finances du Parlement pour débloquer un crédit exceptionnel destiné à acquérir, entre autres, 550 millions de masques de protection.

Même si aucune mesure stricte n’a été édictée à l’heure où nous écrivons ces lignes, nul besoin d’être Madame Soleil pour prédire que les Suisses auront à terme l’obligation de sortir couverts. En tout cas, dans certains contextes, comme l’a laissé entendre notre ministre de la Santé Alain Berset. Plus précisément, là où garder ses distances n’est guère possible (chez le coiffeur, le physiothérapeute ou dans les transports publics aux heures de pointe, par exemple).

De quoi conforter le blogueur, chroniqueur et influenceur Jorge Guerreiro dans son intuition, lui qui a mis sur pied début avril déjà un réseau romand de stylistes et couturières pour produire des masques lavables en coton destinés au grand public. «Comme j’ai dû fermer boutique (JSBG Store à Lausanne, une vitrine de la création suisse, ndlr) sur ordre de la Confédération, j’ai lancé cette initiative baptisée Mask1D dans le but de procurer un peu de revenu et de visibilité aux créateurs indépendants qui se retrouvaient fort dépourvus en ces temps de crise sanitaire.»

La Neuchâteloise Annelise Devenoges fait partie de ce pool qui réunit actuellement une dizaine d’artisans. «J’ai commencé à faire des masques pour ma famille avant que Jorge, qui est un ami, ne me contacte. Depuis, j’en fabrique une quarantaine par semaine.» Elle est payée 12 francs l’unité, matière première comprise. «Ce n’est pas avec ça que je vais gagner de l’argent, mais ça me permet de conserver une activité, de payer quelques factures, de garder ainsi la tête hors de l’eau et de me sentir utile en faisant une bonne action.»

Swiss made et cousue main, chaque pièce est vendue 20 francs. Le 60% de cette somme revient donc directement à l’artisan. Et le solde sert à couvrir les frais de logistique et à faire un don à la Chaîne du bonheur en faveur des personnes dont la situation est rendue précaire par la pandémie de coronavirus. «Moi, je donne de mon temps. Personne ne va s’enrichir avec cette histoire», tient à préciser l’initiateur.

Jorge Guerreiro insiste également sur le fait qu’il ne propose pas de dispositifs de protection à visée médicale. «Nos masques sont quand même réalisés à partir de patrons mis en ligne par des établissements hospitaliers, relève-t-il. Ce ne sont pas juste des bouts de tissu design, il faut qu’ils soient fiables aussi.» Fiables comme écrans anti-postillons, anti-projections. «Ils ne servent en effet pas à se protéger soi-même, mais à réduire les sources de transmission et à éviter de contaminer les autres.»

Même s’ils sont confectionnés dans les règles de l’art et limitent de manière significative le nombre de micro-organismes expulsés comme l’a montré une étude de l’Université de Cambridge, ces masques artisanaux ne remplacent évidemment pas les autres gestes barrières indispensables comme les règles d’hygiène en vigueur ou la distanciation sociale. MM

Infos: rechercher Mask1D sur Facebook.com

«Le port du masque fera partie des concepts de protection»

Virginie Masserey, responsable de la Section Contrôle de l’infection et programme de vaccination à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP)

Jusqu’à mi-avril, votre office déconseillait sur son site internet le port de masques d’hygiène. Maintenant, vous recommandez à la population de se constituer une réserve de 50 de ces masques par personne. Pourquoi ce revirement?

Cette recommandation n’est pas nouvelle. Elle date d’il y a quelques années, dans le cadre de la préparation à une pandémie de grippe. Anticipant qu’en cas de pandémie, il pourrait y avoir des difficultés d’approvisionnement, nous recommandions aux hôpitaux et médecins, mais aussi à la population de constituer des réserves.

Votre position initiale n’était-elle pas tout simplement dictée par le fait qu’il y avait un manque de masques à disposition? 

Non, notre position était déjà celle-ci dans le cadre de la préparation à la pandémie de grippe: le port du masque se justifie avant tout pour les personnes contagieuses, lorsqu’elles ne peuvent pas respecter la
distance avec d’autres personnes, ainsi que pour celles qui les soignent.

Vous reconnaissez donc aujourd’hui que le masque d’hygiène est utile...

Le port du masque était et est toujours utile pour les personnes malades qui devraient sortir de chez elles ainsi que pour le personnel de santé. Le port du masque dans l’espace public n’est, par contre, pas une garantie contre une infection pour les personnes en bonne santé. Les mesures de distanciation sociale et d’hygiène sont primordiales, le port du masque intervient de manière complémentaire lors d’activités pendant lesquelles la distance de deux mètres ne peut pas être tenue de manière prolongée. Dans le cadre de l’allégement des mesures, le port du masque fera partie des concepts de protection qui seront mis en place par branches et par activités notamment.

Selon vos recommandations, il faudrait 400 millions de masques. On n’a pas encore ça en magasin, non?

La Confédération achète autant de masques que possible, et augmente ainsi leur disponibilité pour les besoins prioritaires des services de santé. Par ailleurs, la Confédération soutient de manière subsidiaire les autres acteurs quand les canaux d’achat classiques ne permettent pas de couvrir les besoins.

Quelles sont les solutions pour pallier ce manque? Production de masse indigène ou importations? 

Il s’agit essentiellement d’importations, mais des entreprises (Flawa à Flawil (SG) et Wernli AG à Rothrist (AG), ndlr) développent également des capacités de production en Suisse.

Et quand est-ce que nous aurons suffisamment de masques pour répondre au besoin?

Il n’est pas possible de faire des prédictions précises. Les différents acteurs travaillent afin d’assurer l’approvisionnement nécessaire, notamment en regard des étapes de l’allégement des mesures de lutte contre le coronavirus.

Est-ce que vous attendez ce moment-là pour généraliser le port du masque d’hygiène?

Une généralisation du port du masque n’est pas à l’ordre du jour. Nos recommandations restent valables.

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