16 novembre 2014

A Bex, les belles américaines font leur cinéma

Entre Batmobile et DeLorean, Franck Galiègue voue un culte aux belles carrosseries hollywoodiennes. Qu’il entasse patiemment dans un hangar à Bex (VD). Une collection qui ne se visite pas, mais qui se loue…

Franck Galiègue, collectionneur de belles carrosseries holywoodiennes.
Franck Galiègue, collectionneur de belles carrosseries hollywoodiennes. Photo Dom Smaz
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Il arrive en DeLorean, le petit bolide gris métallisé construit pour voyager dans le temps par Doc, le savant fou du film Retour vers le futur. Quand la porte s’ouvre verticalement, façon navette spatiale, on s’attend presque à voir sortir Michael J. Fox, alias Marty McFly. Mais c’est Franck Galiègue qui descend du véhicule. Veste kaki, jeans décontracté, regard ténébreux, il est fier de présenter une des pièces fétiches de sa collection.

Il faut dire que le jeune homme, tout juste 30 ans, a la passion vrombissante. L’amour des voitures, oui, mais pas n’importe lesquelles: ses carrosseries sont toutes cinéphiles, répliques fidèles de stars hollywoodiennes. C’est donc là, dans un hangar de poche, à peine 200 m2, dans la zone industrielle de Bex, qu’il entasse ses bijoux, en toute discrétion: le van de l’Agence tous risques, la Camaro de Transformers, l’incroyable Cadillac de Ghostbusters…

A la base, ce n’était pas un business mais une passion

En tout, neuf modèles qu’il a patiemment rassemblés, après les avoir dégottés à l’autre bout du monde. «A la base, ce n’était pas un business, mais ma passion. Je ne pensais pas en acheter autant. Grâce à internet, je les ai trouvées une à une, toutes ces voitures que j’aimais, gamin», dit-il en inspectant les courbes de la Ferrari Testarossa blanche de la série Miami Vice.

Méticuleux, soucieux, attentif à la moindre égratignure. Franck Galiègue tient à ses «bébés» carénés comme à la prunelle de ses yeux même si, on s’en doute, aucune voiture n’est authentique.

Ce sont toutes des répliques faites par des Américains. Moi, je les trouve, je les bricole un peu côté mécanique, et je passe commande pour la peinture.

Car ces voitures de rêve, il les déniche souvent dans de drôles d’état. La Cadillac de Ghostbusters pourrissait tranquillement dans le désert californien, sièges défoncés et portières rouillées…

Quant à la Batmobile, unique modèle en Europe, – une dizaine dans le monde – il l’a trouvée... en kit. Coque, châssis, tableau de bord, jantes larges, tout était en pièces détachées chez différents propriétaires.

En un mois, je m’y suis mis. J’ai bricolé des trucs pas forcément pro, mais j’ai récupéré des barres, des pédales et j’ai donné un coup de bombe noire.

De belles lignes, presque six mètres de long, mais de près, elle a plutôt une petite mine. Il faut dire que la Batmobile, moule en fibres de verre, tient davantage de l’objet de déco que du véritable engin roulant. «Elle braque à peine, c’est impossible de prendre un giratoire!» explique Franck Galiègue, qui souligne que Batman lui-même, dans le film, file toujours en ligne droite.

Du coup, il ne la sort que pour les grandes occasions, events ou conventions de comics. S’est même fait des sueurs froides à l’expo d’Yverdon, quand il est arrivé à 2 km/h au volant de son magnifique jouet. La foule en délire s’agglutinait autour de la carrosserie, et le moteur s’est mis à chauffer, crachant des jets de vapeur sur les côtés. «Les gens ont applaudi, pensant que c’était des effets spéciaux. Et moi, je paniquais, croyant que mon moteur avait cramé!»

Sûr que celui qui rêvait de devenir archéologue façon Indiana Jones a grandi à travers les films et les séries. Ceux des années 80-90, qui donnaient le beau rôle aux carénages rutilants, faisant d’une Dodge Charger (Sherif, fais-moi peur) ou d’une Gran Torino (Starsky et Hutch) des héroïnes à part entière au même titre que les acteurs. «J’essaie de retrouver l’émotion du cinéma à travers ces voitures.»

On pourrait dire que cette volumineuse collection tient de la madeleine de Proust. Une façon de retrouver les sensations de l’enfance, les heures jubilatoires passées devant l’écran, à suivre les péripéties de Choupette, l’incroyable Coccinelle, ou les aller-retour temporels de Zemeckis. Mais aussi de rendre hommage à ce grand-père, dont la maison en Seine-et-Marne est une gigantesque brocante.

Il aime les vieilles voitures, et ne jette rien. Alors il les entasse dans son jardin, où elles se couvrent lentement de mousse. C’est assez poétique.»

Vendeur autos qui arrive à vivre aujourd’hui de sa passion – «moins bien qu’avant, mais ça va, mes voitures me nourrissent, elles me rendent tout ce que je leur ai donné» – Franck Galiègue a trouvé un moyen de rentabiliser sa volumineuse et coûteuse collection. Il loue ses montures mythiques pour des baptêmes de conduite, des mariages ou des events. «Je fais généralement le chauffeur, et il m’arrive de laisser conduire dans certains cas. Mais je ne suis jamais très loin, pour intervenir s’il y a un problème technique. Mais c’est chouette de les partager et de voir la joie des gens.» La plus demandée? La DeLorean, justement pour les mariages, «80% des gens réclament ce modèle-là. C’est un symbole fort, la voiture qui va dans le futur.»

A voir l’état de sa collection, on se dit qu’elle est complète. «Non, ce n’est jamais fini! Je bricole toujours sur les voitures. Je viens d’ailleurs d’installer un pare-buffles et des antennes sur la Ford Explorer de Jurassic Park. Et j’espère encore ajouter le toit en plexiglas.»

Il vient même d’acquérir de nouveaux modèles, dont la Coccinelle et deux autres 4x4 du film de Spielberg. «Je suis comme un gamin avec des petites voitures, sauf que je joue avec des grandes et que je suis plus vieux», dit-il d’un air songeur.

Des projets pour mieux mettre ses voitures en valeur

Pour l’heure, il espère trouver un nouveau hangar pour mieux mettre en valeur ses pièces de collection. Il pense à la possibilité d’un musée ou d’un restaurant à thème. Générique d’avenir… «Je ne vais pas louer des voitures toute ma vie», lâche-t-il soudain. La scène, le théâtre, jouer un rôle ailleurs qu’au volant. Ou peut-être aller vivre outre-Atlantique dans ce camping-car de vingt mètres de long qu’il vient d’acquérir. «C’est le vrai de Jurassic Park, que j’ai décroché pour 15 000 dollars. Je suis en train de le remettre en état et de le rendre fonctionnel. Mais ce sera hors de prix de le transporter en Suisse. Je vais peut-être le laisser là-bas comme pied-à-terre...» Vivre dans un décor de cinéma roulant, qui dit mieux?

© Migros Magazine – Patricia Brambilla