6 décembre 2017

À Carouge, la dolce vita

Balade en zigzag à travers le quartier historique de la cité sarde, où Genève est à la fois si loin et si proche...

Carouge
Carouge et ses jardins discrets: la cité sarde offre un beau contraste avec la fureur urbaine de Genève.

Il y a ceux qui n’y sont jamais passés. Et puis beaucoup d’autres, qui l’ont traversée croyant à un simple quartier de Genève. «En réalité, même la plupart des Genevois n’ont de Carouge qu’une vision très superficielle.» À la tête d’Illico Travel, Gianna Loredan organise depuis plus de quinze ans des balades découvertes de la cité sarde dont cette Italienne d’origine est devenue l’équivalent d’une ambassadrice officieuse. Il faut dire qu’elle la raconte et en fait visiter les secrets avec amour et passion.

Carouge, c’est une architecture particulière, mais c’est surtout une ambiance et une convivialité à part.

Gianna Loredan

«Nous ne sommes séparés de Genève que par le pont de l’Arve, et pourtant, ici, il s’agit d’un autre monde», s’enthousiasme notre guide. Premier constat: même en cette froide après-midi de novem­bre – mais la comparaison sera forcément encore plus saisissante durant la belle saison – il suffit d’arpenter la place du Marché ou la rue Ancienne pour ressentir une sorte de douceur de vivre offrant un beau contraste avec la fureur de sa grande voisine.

Notre promenade en zigzag commence par la place du Marché. C’est aussi là qu’au milieu du XVIIIe siècle ce qui n’est qu’un hameau va être transformé en cité opulente par la maison de Savoie, à qui échoit ce côté des terres le long de l’Arve à travers le Traité de Turin de juin 1753. «Victor Amédée III fait appel aux meilleurs architectes turinois, et il y aura cinq plans régulateurs successifs pour l’ériger.»

Profitant de sa puissante voisine, Carouge prospère rapidement, grâce également à de nombreux privilèges accordés par la maison de Savoie pour y favoriser le commerce et l’artisanat. «Partout dans le Vieux Carouge, on retrouve ces maisons basses, le rez-de-chaussée étant réservé à l’échoppe et le niveau du haut à l’habitation. Par la suite, certaines recevront un étage de plus», raconte encore Gianna Loredan.

Un petit air d’Italie dans cette charmante cour intérieure.

Loin du tumulte urbain

Loin des grands parcs genevois, c’est le règne des petits jardins charmants et discrets, dans lesquels on se sent immédiatement ailleurs. Comme ici, au numéro 2 de la rue du Marché, havre de paix et de verdure. Ou encore au 43 de la rue Ancienne, où il est aussi possible d’admirer ces balcons – galeries en bois parées de gris clair que l’on retrouve un peu partout. Autrefois voie de secours en cas d’incendie, ils sont encore pleins de charme. Avec son virage prononcé à la hauteur du café de la Poste, la rue Ancienne représente l’emplacement du tout premier village construit par les Romains.

Carouge est restée une ville d’artisanat et de création.

Nous nous arrêtons devant le numéro 5 et du célèbre relieur et restaurateur de livres anciens Michel Magnin . Sa devise est de pouvoir redonner vie à «tout papier qui n’a pas brûlé». Et l’on veut bien le croire en se rappelant que la Bibliothèque de Genève, les Archives cantonales ou encore le Musée de la Réforme comptent parmi ses fidèles clients.

Combien y a-t-il à Carouge de cafés et de restaurants? D’innombrables, ou presque, et surtout beaucoup de bonnes adresses, à l’image d’«Ô Calme», sa charmante terrasse et sa salle à l’ambiance si cosy qu’elle invite à y rester de longues après-midi. Avant de quitter la rue Ancienne, il faut impérativement évoquer le tram de la ligne 12: mise en service en 1862, c’est la plus ancienne ligne de tramway encore en activité. Avant d’être électrique, elle sera à vapeur et auparavant dite «hippomobile», c’est-à-dire sur des rails déjà mais tirée par des chevaux. «Une ligne communale, cantonale et internationale puisque allant jusqu’à la frontière française à Annemasse», sourit Gianna Loredan.

Mise en service en 1862, la ligne du tram 12 est la plus ancienne encore en activité.

En passant par le collège de Titeuf

Revenons au numéro 43. Depuis trois décennies, Christiane Murner y magnifie le cuir à travers ses créations uniques, où tout est réalisé sur place. La maroquinière, dont la production a été couronnée de plusieurs prix, a remis l’apprentissage de maroquinier au goût du jour. «Aujourd’hui, c’est le cours Sketchup», du nom du logiciel de modélisation en 3D utilisé également en architecture. Une affaire de famille puisque sa fille, Camille Murner, présente sa première collection et que son fils travaille également les peaux, mais du côté des selles de moto.

Notre déambulation nous amène ensuite devant le collège Jacques-Dalphin, rendu célèbre par un élève peu studieux: Titeuf, héros de Zep, qui habitait en face. Le dessinateur a d’ailleurs aussi réalisé un panneau rigolo (mais utile pour modérer le volume des noctambules) dans cette même rue. On y trouve également, à l’arrière du Temple de Carouge, une belle cour aux accents provençaux avec ses oliviers majestueux. Et à propos de lieux de culte, l’intérieur du temple étonnamment décoré vaut un coup d’œil. Le visiteur attentif pourra par exemple apercevoir une représentation de la Nativité, plutôt rare en lieu protestant. Ou ce qui constitue sans doute la seule représentation d’un Roi mage moustachu de l’histoire de l’art. Et pour cause, puisque tous les personnages de la fresque à l’arrière de la chaire illustrent les donateurs carougeois qui en ont permis sa réalisation.

Avant de rejoindre la rue Saint-Joseph et ses multiples échoppes d’artisans, petit crochet par le numéro 22 de la rue Saint-Victor, non loin de la place du Temple: c’est ici que vit le jour en 1838 le Bureau topographique fédéral créé par le général Dufour, ancêtre de l’Office fédéral de topographie.

La Bouquinerie et l’âme des lieux, Inès Salamun. Un livre introuvable? Pas ici...

L’esprit de Carouge

On pourrait passer sa journée dans la rue Saint-Joseph. Pour déguster au numéro 25 l’un des 153 thés de Betjeman & Barton, toujours offert en même temps qu’un sourire. Ce sera un délicieux noir aux épices pour nous. Que l’on aurait bien accompagné d’une des créations de Philippe Pascoët, le non moins connu chocolatier. Le temps semble ici s’être arrêté chez Anne-Claude Virchaux, tisserande dont le métier à tisser en devanture n’est pas là pour la décoration. En revanche, il suit bien son cours dans la boutique de Jean Kazès, au numéro 21, dont les pendules uniques occupent plusieurs halls célèbres. Et puis il y a Inès Salamun, personnage local et propriétaire de la micro Bouquinerie à l’ambiance d’un autre temps. Tout à côté, au numéro 2, le mur de la cour intérieure est recouvert d’une jolie fresque réalisée selon la technique du jaune d’œuf, ce qui fait dire aux habitants que sa réalisation leur a fait manger des meringues pendant une semaine. Tout l’esprit de Carouge.

À l’intérieur du Temple de Carouge, le visiteur pourra admirer une représentation de la Nativité, plutôt rare en lieu protestant.

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