31 août 2017

A Cracovie, les pierres parlent

Mystique, royale et mystérieuse, l’ancienne capitale de la Pologne est une destination qui a le vent en poupe. Avec une décontraction déconcertante, la belle cité slave offre à ses visiteurs un vrai voyage dans le temps, du Moyen Age à l’histoire moderne.

Cracovie
La place Rynek Glowny et ses monuments remontant au Moyen Age est le cœur de la vieille ville de Cracovie. (Photo: iStock)

Rynek Glowny, cœur battant de Cracovie. L’émulation est à son comble sur la place du marché. Le claquement des sabots sur les pavés, le roucoulement des pigeons, les notes de guitare d’un musicien de rue, les bavardages d’adolescentes polonaises: voilà la symphonie classique qu’offre quotidiennement la plus grande place médiévale d’Europe. Touristes et locaux s’y croisent sans vraiment prêter attention les uns aux autres, les visiteurs prennent des selfies alors que les autochtones se retrouvent pour flâner après leurs achats.

Se détachant du bruit ambiant, des notes de trompette font lever les têtes des passants. Impossible alors de manquer l’imposante basilique Sainte-­Marie, flanquée de ses deux tours dissymétriques. Au sommet de la plus haute d’entre elles, coiffée d’un heaume gothique, un héraut joue un air traditionnel. Les guides touristiques se plaisent à raconter que cet air, répété toutes les heures, est l’un des symboles de la ville. «Il commémore la mort d’un gardien du XIIe siècle, qui a été tué d’une flèche dans la gorge alors qu’il donnait l’alarme d’une invasion tartare.» La mélodie s’interrompt brusquement puis reprend quelques secondes plus tard, «pile au moment du morceau où, selon la légende, l’illustre gardien serait mort». Les notes envolées, l’élégante basilique demeure seule à la contemplation des passants. Celle-ci semble jeter un regard bienveillant sur la place et ses habitants. Au milieu des laïcs, quelques prêtres en soutane et plusieurs religieuses entrent et sortent de l’église, pressés d’y admirer l’intérieur gothique et ses couleurs flamboyantes ou d’y brûler un cierge à la Vierge.

En Pologne, le catholicisme est bien vivant. Cracovie est non seulement la ville aux cent églises, mais aussi la cité qui a donné au monde le seul pape polonais de son histoire: Karol Wojtyla, alias Jean-Paul II. Pour les Polonais, il représente l’un de leurs concitoyens les plus marquants. Considéré par beaucoup comme un saint, l’ancien évêque puis archevêque de Cracovie demeure même après sa mort une vraie star dans son ancienne ville. Difficile d’échapper à son visage affiché sur de nombreux murs et divers bâtiments qui portent son nom. Le pape fait toujours vendre et l’office du tourisme propose même des tours de la ville sur les traces de Karol Wojtyla.

Loin de la foi mais au centre du négoce, la halle aux draps s’étend en plein milieu de la place Rynek Glowny. Il est loin le temps où l’on y brassait du lin et du coton, l’édifice du XIVe siè­cle a su s’adapter au changement et héberge aujourd’hui un marché artisanal où les touristes peuvent acheter quelques souvenirs. Matriochkas, boîtes en bois peintes, tissus folkloriques et bijoux en ambre sont alignés sur des centaines d’étals presque identiques attendant de trouver preneur avant leur voisin.

La colline du Wawel, symbole royal de l’âge d’or de la Pologne, surplombe la ville d’un côté et le fleuve Vistule de l’autre.

Sur la colline du Wawel

A Cracovie, les pierres parlent et les ruelles interpellent les curieux. Il y a tant d’endroits où se perdre est un bonheur. Mais le chemin qui s’impose est sans doute celui qui mène au Wawel. Cette colline fortifiée surplombant la vieille ville possède un pouvoir d’attraction irrésistible. Il faut dire que, posé sur les hauteurs, le château royal de Wawel ne manque pas de majesté. Et pour cause! A l’époque où Cracovie était la capitale de la Pologne, il fut la résidence historique des rois de Pologne. On y accède à la force de ses mollets. Sur la butte, le soleil tape. Les étudiants en course d’école s’accroupissent à l’ombre et n’hésitent pas à bousculer les autres visiteurs d’un jour attendant patiemment d’entrer dans la cathédrale gothique. Cette dernière est l’une des plus importantes églises du pays. Durant des siècles, on y a célébré les couronnements des monarques. Nombre d’entre eux y reposent toujours, entourés d’autres héros nationaux, tels que saint Stanislas, le protecteur de la Pologne. C’est également dans ce lieu chargé d’histoire qu’en 1946 le futur pape Jean-Paul II, célébra sa première messe.

Dans l’ancien quartier juif de Kazimierz règne une atmosphère bohème très inspirante. On y compte de nombreuses galeries, boutiques et cafés.

Un quartier juif déserté

Autre secteur, autre ambiance. Le quartier juif de Kazimierz est un petit monde à lui tout seul. Il y règne une atmosphère bohème inspirante. S’il a connu un gros coup de projecteur hollywoodien en 1993 grâce à Steven Spielberg qui y tourna La liste de Schindler, le quartier n’a certainement pas attendu la fin du XXe siècle pour inspirer les artistes. Jadis, Kazimierz était une ville autonome parmi les plus peuplées de Pologne. Lorsqu’elle fut rattachée à Cracovie, elle devint l’un des centres culturels et spirituels juifs les plus importants d’Europe, comme en témoignent encore les nombreuses synagogues, écoles, yeshivas et autres monuments décorés de la fameuse étoile de David.

Avant la guerre, les juifs représentaient un quart de la population de Cracovie. A présent, il n’en existe quasiment plus. Tous ont été chassés ou exterminés lors des persécutions nazies et peu ont désiré y revenir. Kazimierz est devenu un lieu de pèlerinage pour Israéliens, Américains ou Polonais en quête de la mémoire de leur peuple.

L’un des points d’orgue de Kazimierz est le marché de Plac Nowy (place Nouvelle). Celui-ci offre un fascinant bric-à-brac d’avant-guerre. Breloques sans grande valeur côtoient kippas colorées et imageries juives. C’est l’endroit parfait pour se replonger dans l’histoire et pour chiner quelques objets.

Comme beaucoup d’anciens quartiers populaires victimes des mutations urbanistiques et sociales, Kazimierz tend à accueillir une population toujours plus branchée. Celle-ci y amène avec elle restaurants, boutiques de vêtements, magasins de design, galeries d’art et petits troquets participant à la transformation de ce secteur. On fait alors revivre la culture juive et on repeint les façades. Malgré le côté un peu artificiel, on se prend à adorer traîner dans ce «Marais» polonais. Au coin des ruelles grises un peu anachroniques, les terrasses invitent à des moments de détente dans l’air du temps. Jeunes et moins jeunes s’attablent. Les bières s’alignent sur les tables et les verres s’entrechoquent accompagnés d’éclats de voix: Na zdrovie! («Santé!»).

Toujours est-il qu’il est difficile de visiter la région sans être rattrapé par l’histoire tragique qui s’est déroulée sur ces terres. Auschwitz n’est qu’à une heure environ de Cracovie. Des visites sont organisées pour le camp de concentration, un circuit sur les traces de la Shoah, cicatrices terribles encore visibles d’un drame pas si lointain.

A moins d’une heure de Cracovie se dresse le tristement célèbre camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz. Une époque sombre de l’histoire de la Pologne.

Dix lieues sous la terre

A une encablure de Cracovie se trouve la mine de sel de Wieliczka. Avec plus d’un million de visiteurs, le site inscrit au patrimoine culturel et naturel de l’Unesco compte parmi les principales attractions de la ville. A peine arrivés, Zosia, une brunette énergique à l’anglais à peine teinté d’accent slave, nous annonce qu’elle sera notre guide et nous prévient: «Etes-vous en forme? L’ascenseur est en réparation. La visite sera physique!» En effet, il vaut mieux avoir les genoux solides pour emprunter l’escalier en bois et descendre dans les entrailles de la Terre à 135 mètres de profondeur! Nous comptabiliserons au total environ huit cents marches. La température est fraîche dans la mine. Zosia connaît l’endroit comme sa poche. Et heureusement! Car avec ses 3 kilomètres de galeries sinueuses et humides, il serait facile de s’y égarer. «Vous pouvez lécher les murs», nous lâche la guide. Timidement, nous mouillons notre doigt et goûtons la roche. Pas très propre, mais goûtu. La pierre est en effet très salée. A la lumière de torches, durant deux heures, nous suivons la guide qui nous fait découvrir un monde salin fantastique, peuplé de mannequins illustrant la vie des mineurs. Au dernier tiers du parcours, l’espace s’élargit pour faire place à une chapelle entièrement taillée dans la roche et remplie de sculptures. Nous terminons notre course sur les bords d’un lac salin accompagné par une musique de Chopin. Nous sommes séduits. La guide insiste: «Il faut à présent remonter à la surface!»

La mine de sel de Wieliczka et ses 3000 mètres de galeries compte parmi les principales attractions de la région.

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