2 septembre 2013

A l’école du mentaliste

Popularisé par la série américaine et son héros Patrick Jane, le mentalisme arrive en Suisse romande. Zoom sur une pratique encore méconnue.

Dessin d'un élève demandant à son prof si à la fin de la fomration il pourra deviner ce que les filles pensent de lui.
Il est primordial de poser les bonnes questions...
Temps de lecture 4 minutes

Mais que fait-il au juste, Georges Gessler? S’amuse-t-il comme Patrick Jane, son illustre confrère à l’écran, à déjouer les plans des criminels? Arrive-t-il par la simple force de l’esprit à savoir ce qui se passe dans la tête d’autrui ou ce qui se cache dans une enveloppe? Si son quotidien est loin de ressembler à celui du héros de la série
The Mentalist, le Valaisan n’a rien à lui envier côté aptitudes mentales.

Portrait de Georges Gessler
Georges Gessler

Oui, Georges Gessler est mentaliste. Cela peut sonner un peu étrange, voire carrément loufoque. Et pourtant. Cet expert en coaching mental soigne des phobies, des TOC (n.d.l.r: troubles obsessionnels compulsifs) ou des dépendances. Tout cela l’air de rien: «Les gens viennent me voir pour une phobie des araignées, je ne leur parle pas de cela en consultation:

Ensemble, nous effectuons un travail sur le mental, nous parlons afin de faire ressortir les énergies.

C’est à Paris que cet ancien superflic qui a dirigé le Groupe d’intervention de la police valaisanne et œuvré comme instructeur fédéral des groupes antiterroristes a acquis sa formation auprès de Pascal de Clermont, l’un des pionniers de cette pratique en Europe. «Il y a dix ans, j’ai tout plaqué pour me lancer dans le coaching de vie, raconte- t-il dans son bureau installé au centre de Sion. Je suis devenu consultant en entreprises et en développement personnel. Mais il me manquait quelque chose, et comme la formation reste ma passion, j’ai décidé de poursuivre avec des cours en coaching mental.»

Unique diplômé en mentalisme de Suisse, Georges Gessler entend bien devenir prophète en son pays. Pour cela, il organise des séminaires destinés à former aussi bien les personnes évoluant dans les métiers de l’accompagnement, de la relation d’aide ou de la communication que le tout-venant. La démarche est ambitieuse, puisqu’il faut dix jours de cours pour atteindre le stade de technicien en mentalisme. On y apprend à utiliser son «potentiel latent» et à développer ses facultés sensorielles et extra-sensorielles.

Apprendre à écouter sa première intuition

Intuition, analyse du langage verbal et non verbal, rapidité, observation, déduction sont ainsi mises à profit à travers divers exercices basés sur le mental et les émotions.

Mais nous travaillons aussi sur l’alimentation,

ajoute Georges Gessler, car elle est essentielle pour renforcer le mental et participe de cette approche globale de la personnalité qui caractérise notre discipline.»

Au-delà du volet thérapeutique, c’est surtout la médiumnité à laquelle recourent les mentalistes qui impressionne. Georges Gessler assure que tout un chacun possède les capacités permettant d’y parvenir, moyennant un certain entraînement.

Nous avons tous une intuition, mais notre intellect la met de côté. Il faut donc apprendre à écouter ce premier élément qui est très souvent juste.

Et de citer en exemple une technique typique: le remote viewing. Très utilisé durant la guerre froide, le procédé permet de voyager avec son mental dans des endroits où l’on ne s’est jamais rendu. «On demandait par exemple à la personne de se projeter dans une usine de l’armée pour découvrir ce qu’on y fabriquait, raconte le coach. J’ai eu l’occasion d’assister à des tests faits devant témoin et le résultat est vraiment stupéfiant.»

Attention à ne pas jouer les gourous

Lors des cours qu’il dispense, les participants sont soumis à une expérience approchante: deviner le contenu d’une enveloppe. Marco Ecclesia, un ancien participant qui collabore désormais avec Georges Gessler, se souvient d’un «moment incroyable»: «L’enveloppe contenait un dessin de l’Himalaya et en me concentrant, j’ai tout de suite visualisé une montagne. Aujourd’hui encore, j’ai de la peine à faire la part des choses entre ressenti et imagination.»

Souffrant de surdité depuis l’âge de 5 ans, ce diplômé en psychologie et économie dit avoir trouvé dans le mentalisme les ressources pour évoluer au quotidien. «J’étais quelqu’un d’assez stressé, car au vu de mon handicap il était très difficile de trouver un emploi. J’avais conscience de mes capacités intrinsèques, mais je restais très éparpillé.

Ces cours m’ont amené à prendre conscience de mes compétences et à les valoriser.

Extrasensorialité, décodage du langage verbal et non verbal, hypnose, le mentaliste pourrait-il se révéler manipulateur? «Oui, c’est un fait, reconnaît Georges Gessler. Nous faisons très attention à ne pas porter de jugement et à ne pas jouer les gourous; c’est une question d’éthique et nous devons être irréprochables.» Au fait, a-t-il souvent été confronté à des menteurs? «Oui, tout le monde ment!»

Texte: Viviane Menétrey

Illustration: François Maret

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