20 octobre 2017

A la chasse, les femmes trouvent leur place

Longtemps exclues, les femmes sont de plus en plus nombreuses à se lancer dans la traque au chamois et au chevreuil. A Chamoson (VS), trois chasseuses racontent comment leur est venue la passion pour cette activité plutôt réservée aux hommes.

chasse
Les chasseuses prêtes à débusquer le gibier: (de gauche à droite) Anne-Marie Grand, Valérie Besse et Isabelle Carruzzo.

Voilà deux semaines qu’elles n’ont pas vu âme qui vive, enfin pas celles qu’elles rencontrent d’habitude dans les rues du village de Chamoson, en Valais. Car question faune, Isabelle, Valérie et Anne-Marie ont croisé du beau monde lors de la quinzaine qu’elles ont passée à la chasse haute. Chamois, bouquetins, aigles et oiseaux en tout genre, ce fut un véritable festival. D’ailleurs, lorsqu’on leur demande ce qu’elles aiment dans le fait de traquer le gibier, les trois femmes répondent comme un seul homme: «Etre au cœur de la nature.»

En tenue de rigueur pour les besoins de la photo, elles affichent la mine de celles à qui on ne la fait pas: hors de question de gonfler les prises des dernières semaines ou d’enjoliver la réalité. «Ça, c’est plutôt un truc d’hommes», sourit Isabelle Carruzzo, 61 ans et neuf permis au compteur, de retour de quinze jours passés à traquer le gibier et à dormir en cabane sur les hauteurs de Chamoson. «On sent qu’il y a davantage de pression chez eux. Mais de manière générale, on ne compte pas, car on ne chasse pas pour la quantité, mais parce que nous faisons partie de cette nature.»

A 45 ans, Anne-Marie Grand vient d’inaugurer son premier permis. Le trac de la débutante s’est vite transformé en fierté après le tir de son premier chamois le jour de l’ouverture: «Une petite chèvre que j’ai dû ramener seule, car mon fils qui m’accompagnait a tiré un cerf de son côté… Il m’a fallu deux heures trente pour charger la bête dans la voiture.» La force physique, voilà sans doute les limites de la chasse féminine, concède Isabelle. Impossible de porter seule une prise de 40, voire plus de 100 kilos lorsqu’il s’agit par exemple d’un cerf. «Mais de toute manière, même les hommes n’y arrivent pas», fait remarquer Valérie.

Une affaire de passion

Des femmes dans un monde d’hommes, mais des femmes qui ont leur place, assure Charles-Louis Rochat, le président de la Diana romande, la Société des chasseurs romands. «Depuis une dizaine d’années, elles sont de plus en plus nombreuses. Elles s’intègrent très bien et leur présence adoucit un peu les situations; les chasseurs surveillent ainsi davantage leur comportement.» Même s’il n’est pas toujours facile de trouver un groupe qui accepte une chasseuse solitaire, sans mari ou famille active dans le milieu. Ce fut le cas d’Isabelle qui pratique la chasse haute en cabane et a dû montrer patte blanche pour entrer dans le monde des nemrods. «Je viens d’une famille de vignerons où personne ne chasse et je n’avais par conséquent pas de réseau.» A l’inverse d’Anne-Marie qui a attrapé le virus en accompagnant son fils de 20 ans. Parfois, ce sont les femmes qui amènent leur conjoint à traquer le gibier. Valérie Besse est de celles-là. «J’ai découvert la chasse quand j’ai rencontré mon futur mari, car son père est chasseur, raconte cette assistante de direction de 46 ans qui a présidé durant cinq ans la Diana de Conthey, une première dans l’histoire du Valais. Je me suis inscrite pour le permis en 2004 et mon mari m’a suivie.»

Tout comme leurs homologues masculins, les femmes qui chassent souffrent d’un déficit d’image auprès d’une certaine partie de la population. Et parfois, il a fallu renoncer à expliquer un choix que les proches ne comprenaient pas. A écouter les trois chasseuses, la chasse, c’est une affaire de passion, pas une bête histoire de boucherie, comme certains s’évertuent à le démontrer. «On ne part pas le matin en se disant: ‹Je vais tuer un chamois›, se défend Valérie. D’ailleurs le tir est marginal, c’est avant tout une communion avec la nature, l’observation des animaux dans leur environnement naturel. Vous n’imaginez pas le nombre de rencontres que l’on fait.» Et le niveau de connaissances requis pour décrocher le permis est extrêmement élevé, ajoute Anne- Marie. «On doit tout savoir de la faune, mais aussi de la flore, reconnaître à plusieurs dizaines de mètres si l’animal peut être abattu ou non.»

Chasser proprement, sans bavure, en respectant l’animal, telle est la principale préoccupation des trois amies. «Les femmes tirent en général très bien, relève Valérie, car elles ont le souci que le tir soit mortel pour que l’animal ne souffre pas.» Pas toujours évident lorsque le bête est à plusieurs dizaines de mètres. Et puis, manipuler une arme ne va pas de soi pour tout le monde, rappelle Isabelle. «Le premier contact avec le fusil n’a pas été évident. Dans ma famille, personne ne tire et je n’étais par conséquent pas habituée à voir des armes. Lorsqu’elle a croisé sa première bête il y a neuf ans, elle se souvient d’un «grand moment de solitude». Idem pour Anne-Marie qui a visé son premier chamois de loin. «Je l’ai touché une fois, puis l’animal a encore fait quelques pas. Alors j’ai tiré à nouveau et il est tombé en disparaissant de mon champ de vision: je ne vous raconte pas le stress! J’ai été soulagée de le retrouver 200 mètres plus haut bien mort.» Surtout, il y a les honneurs rendus à l’animal, rappelle Valérie qui préfère chasser dans le val d’Anniviers, là où elle n’a pas l’occasion d’observer le gibier et de s’y attacher comme c’est le cas à côté de chez elle. «Ce n’est pas anodin de tuer une bête, il y a beaucoup d’émotion. A chaque fois, je lui dis merci de nous avoir donné sa vie.»

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