19 juillet 2017

A Saillon (VS), sur les pas de Farinet

Depuis le vieux bourg jusqu’à la passerelle construite au-dessus des gorges où le célèbre faux-monnayeur a trouvé la mort à la fin du XIXe siècle, cet itinéraire grimpe entre vigne et forêt, la plaine du Rhône à ses pieds.

La passerelle de Farinet
Depuis la passerelle, la vue sur les alentours est époustouflante.
Temps de lecture 5 minutes

Ah, Farinet. Le faux-monnayeur au grand cœur distribuant ses fausses pièces de 20 centimes aux pauvres de la région de Saillon en narguant les gendarmes. Avec la sortie du film L’or dans la montagne, le grand acteur Jean-Louis Barrault a ancré la légende romantique dans toutes les mémoires. Et il a tellement été marqué par ce personnage qu’il a créé avec les chanteurs Léo Ferré et Gilbert Bécaud et le journaliste saillonain Pascal Thurre la célèbre vigne des Amis de Farinet. «Evidemment, tout cela a été un peu romancé. D’abord par Ch.-F. Ramuz lui-même, dont le livre a servi de référence à toutes les adaptations cinématographiques», sourit Gérard Comby, notre guide. Mais libre à chacun de penser que seule la légende est vraie. Saillon lui doit une grande partie de sa renommée. Du moins le vieux village, dans la plaine, qu’il serait dommage de ne pas visiter en sortant des fameux bains. Farinet a désormais sa promenade que l’on peut moduler à loisir comme nous le faisons aujourd’hui afin de passer par les trois lieux principaux liés à Farinet: le musée de la fausse monnaie, la plus petite et (sans doute) la plus célèbre vigne du monde, et surtout la passerelle.

La majestueuse plaine du Rhône s’offre à notre regard.

Alors que nous grimpons, en partant du vieux Saillon, le long du chemin bordé de vignes, l’ouvrage n’apparaît pas encore. Contrairement au château, avec son point de vue surplombant «permettant de constater que le donjon se situe étrangement sur une autre colline que la bâtisse principale», relève Gérard Comby. Qui nous apprend aussi que les vignes de la commune sont désormais cultivées selon des principes écologiques «afin de privilégier certaines plantes ainsi que certains oiseaux, reptiles et papillons» disparus partout où l’agriculture intensive domine. Et notamment à Chamoson, dont le plus grand domaine viticole de Suisse d’un seul tenant baigne de soleil en dessous de nous, juste après Leytron. Nous croisons ainsi, à flanc de mur viticole, un arbuste aux curieuses gousses rosâtres. «Il s’agit d’un bagenaudier, dit aussi arbre à vessies, qui abrite nombre d’espèces de papillons et que nous avons réintroduit sur la commune.»

Notre itinéraire est en partie commun à celui du Sentier des vitraux, 
dont les œuvres ont été créées par l’artiste verrier valaisan Théo Imboden.

Une vigne au rayonnement mondial

Impossible de ne pas faire un crochet par la fameuse vigne de Farinet. Sur sa colline ardente, la plus petite vigne cadastrée du monde abrite trois ceps travaillés depuis sa création par nombre de stars du sport, de la politique ou des arts dans un esprit de paix et de fraternité. L’actuel propriétaire symbolique n’est autre que le dalaï-lama, succédant à l’abbé Pierre. Quelques milliers de bouteilles estampillées, dans lesquelles on a mélangé le moût obtenu par ces ceps à une bonne cuvée offerte par l’un ou l’autre propriétaire- encaveur, sont vendues au profit d’œuvres de bienfaisance pour l’enfance défavorisée.

Le regard se perd au loin, côté montagne et Fully cette fois. «Là-bas se trouvait une carrière de marbre cipolin exploitée au- dessus de Saillon jusque dans l’entre-deux-guerres.» On le retrouve désormais dans nombre d’églises du monde entier, à commencer par la fameuse basilique souterraine d’Ars, pas très loin de la Suisse romande dans le département français de l’Ain. Nous contemplons encore la dernière œuvre de Hans Erni, La colombe de la jeunesse, avant de quitter la colline et de grimper en direction de la passerelle. On peut alors soit couper par un raidillon au milieu des vignes, soit continuer sur la petite route carrossable qui s’arrête à un charmant chemin ombragé en pente douce. Une porte en bois protège, apprend-on, les vignes du gibier et notamment des chevreuils. En face, de l’autre côté de la plaine du Rhône, on aperçoit Ecône, son usine électrique et l’abbaye de la célèbre communauté. Saxon est à droite, Riddes à gauche avec les câbles du téléphérique qui arrive à Isérables. Plus loin, à gauche, après Conthey, les collines de Sion se dessinent dans la brume ensoleillée alors que l’œil averti apercevra même le Bietschhorn.

Sujets au vertige s’abstenir

Puis on emprunte le charmant sentier, les pas accompagnés par le chant des mésanges, le regard attiré par de nombreuses fleurs intéressantes dont un magnifique orchis rose. Au réservoir de sortie du bisse de la Gure, en grande partie souterrain, la vue est imprenable sur la passerelle, désormais plus très loin. Avant de l’atteindre sans difficulté, nous croisons une ancienne carrière de dalles, devenue un lieu apprécié des amateurs de cairns, ces petits monticules de pierres très populaires en montagne et inspirés d’un rite tibétain.

Notre guide, Gérard Comby

Mais nous voici déjà sur la passerelle, clou de la promenade. Entièrement sur la commune de Leytron, elle relie depuis 2001 de ses 97 mètres les deux rives de la Salen­tse et culmine à 820 mètres d’altitude. En face, à flanc de falaise, est accrochée la grande Colombe de la paix de Hans Erni. Sous nos pieds, un abîme profond. Un peu trop aux yeux de cette promeneuse venue défier son vertige avec l’aide de son compagnon. La thérapie de choc sera un succès au second essai, les jambes un peu flageolantes quand même. Farinet ne devait pas avoir ce type de problème, se réfugiant régulièrement dans ces rochers pourtant peu accessibles avec une gorge d’à peine quelques dizaines de mètres de large à cet endroit. C’est ici qu’il aurait été tué d’un coup de fusil tiré par un brigadier. «Cependant, cette fin qui ajoute évidemment au mythe ne semble pas très historique. Ne serait-ce que parce que les officiers ne tiraient qu’en cas d’extrême nécessité. Parce qu’il fallait nettoyer l’arme et qu’il ne s’agissait pas d’une corvée adaptée à leur rang.» Selon la levée du corps datant de 1880 et dont une copie est également consultable au musée, le faux-monnayeur est plus vraisemblablement décédé d’une fracture du crâne après être tombé dans sa fuite. Mais peu importe. Chacun reste en droit de privilégier la légende, non?

Passage obligé par l’allée de l’immortalité qui mène au cépage.

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