26 novembre 2012

A temps morose, humeur maussade

Les conditions météorologiques ont-elles vraiment une influence sur notre moral? Analyse de spécialistes.

Mauvais temps
Nous sommes nombreux à associer déprime et mauvais temps. A tort ou à raison? (Illustration: Christian Lindemann)
Temps de lecture 5 minutes

Un jour de pluie, et c’est toute la misère du monde qui semble peser sur nos épaules. Alors que le moindre rayon de soleil perçant les nuages vient réchauffer notre cœur et notre âme... Certes, le trait est forcé, mais nous sommes nombreux à associer déprime et mauvais temps. A tort ou à raison?

David Watson, psychologue américain. (Photo: LDD)
David Watson, psychologue américain. (Photo: LDD)

Croyant au pouvoir des conditions météo sur notre moral, le psychologue américain David Watson a lancé il y a une quinzaine d’années une série d’études visant à étayer cette certitude. «Les participants devaient évaluer leur humeur une à plusieurs fois par jour, sur une période de 6 à 8 semaines, se souvient-il. Nous avions ensuite comparé ces données avec les bulletins météo fournis par le National Weather Service du gouvernement américain, en prenant en compte plusieurs variables, telles que les températures maximales et minimales, la couverture nuageuse, la durée d’ensoleillement, la pression atmosphérique, l’humidité, les précipitations, etc.» A sa grande surprise, les résultats ne se sont pas révélés probants et seule une petite partie des sujets semblaient réellement influencés par les caprices du temps.

Les idées préconçues nous jouent des tours

Pourquoi, dès lors, cette impression répandue qu’une météo maussade aurait raison de notre bonne humeur? Pour David Watson, la réponse se cache derrière notre tendance à privilégier les informations confirmant nos idées préconçues: «Lorsque je me sens déprimé, je cherche une explication. Si le soleil brille, je n’y verrai aucun lien de cause à effet. En revanche, s’il pleut ou que des nuages assombrissent le ciel, le coupable est tout trouvé, me confortant dans ma conviction que le temps a bien un effet sur mon moral.»

Ce n’est pas le psychiatre français Patrick Lemoine, spécialiste de la dépression, qui le contredira: «Nous nous trouvons là au cœur des mythes environnementaux, les mêmes qui prétendent, à tort, qu’il y a davantage de suicides et d’accouchements lors des nuits de pleine lune. La corrélation n’existe que dans la tête de ceux qui y croient.» La diabolisation des intempéries remonterait quant à elle à l’époque où les hommes vivaient davantage au contact de la nature et où plusieurs jours de mauvaises conditions pouvaient effectivement signifier la ruine d’une récolte. Comme quoi, les préjugés ont la vie dure...

Mais alors, l’influence de la pluie et du beau temps n’est-elle vraiment que subjective? «Non, nuance Patrick Lemoine. L’espèce humaine a été fabriquée sous les tropiques: elle a été conçue pour recevoir douze heures de soleil par jour et vivre tout au long de l’année à températures plus ou moins égales. L’homme a donc dû s’adapter aux variations météorologiques de climats plus tempérés, et certains d’entre nous sont plus sensibles à ces fluctuations.»

Et de mentionner la dépression saisonnière, liée au manque de luminosité: «Cette maladie existe bel et bien, c’est indiscutable.» Quant aux autres phénomènes météorologiques, leurs effets sur notre moral restent à prouver. «Le vent du sud est souvent lié à une augmentation de l’agressivité, poursuit le psychiatre français.» Reste que la biométéorologie, qui étudie les interactions entre les phénomènes atmosphériques et les êtres vivants – et plus spécifiquement les effets des premiers sur notre santé et indirectement notre moral (lire ci-dessous – est une discipline en pleine expansion.

Certains organes de prévision, à l’instar de MétéoNews.ch, fournissent même des bulletins de biométéo listant les éventuelles gênes respiratoires, rhumatismes et maux de tête dont nous pourrions souffrir ces prochains jours... Là encore toutefois, plane le spectre de l’autosuggestion, ainsi que le relève Thomas Herren, biométéorologue à MeteoSuisse: «Si nous annonçons aux gens qu’ils risquent d’avoir mal à la tête à cause du foehn, comment être certain que leur inconfort n’est pas dû à notre prédiction?»


Thomas Herren, biométéorologue à MétéoSuisse. (Photo: LDD)
Thomas Herren, biométéorologue à MétéoSuisse. (Photo: LDD)

Quand la météo agit sur la santé

Thomas Herren, biométéorologue à MétéoSuisse.

Les conditions météorologiques ont-elles une influence sur notre santé?

Oui, dans une certaine mesure. Nous sommes avant tout sensibles, à des degrés différents, aux changements de temps. Cela dit, les conditions météorologiques ne causent pas de maladies. Disons plutôt qu’elles peuvent représenter un stress additionnel qui agit sur notre corps et exacerbe certains symptômes déjà existants.

Quels effets peuvent-elles avoir?

Maux de tête, sensation d’épuisement, insomnies, état dépressif, problème de concentration. En fin de compte, les mêmes effets que procure le stress de manière générale. Les personnes souffrant de maladies chroniques peuvent voir leurs symptômes s’intensifier.

Qui doit-on mettre en cause? Le vent, la pression atmosphérique, la température?

Il est clair que le corps réagit aux changements de température. Pour le reste, il est difficile de déterminer quels paramètres entrent en ligne de compte. On sait que la pression atmosphérique a une influence sur nous, on s’en rend par exemple compte lorsque l’on monte en altitude. Et on parle souvent de l’effet de la bise et du foehn sur l’agressivité, la nervosité, mais cela demeure difficile à prouver. La biométéorologie est une discipline à mi-chemin entre la médecine, la météorologie et la psychologie, et pour l’heure, les résultats des études sont encore assez flous.

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