18 septembre 2018

«Nous voulons bâtir un monde plus pacifique»

À l’occasion de la remise du Prix Adele Duttweiler à la Fondation Freude herrscht d’Adolf Ogi, qui apprend aux enfants et adolescents la camaraderie et la persévérance notamment, la jeune Lynn Käser s’est entretenue avec l’ancien conseiller fédéral.

En ce début du mois de septembre, le soleil joue à cache- cache avec la pluie. Pas de quoi décourager pour autant la trentaine d’enfants âgés de 8 à 12 ans présents au Centre scout international de Kandersteg (BE). Dans le cadre d’un week-end actif organisé par la Fondation Freude herrscht d’Adolf Ogi, ces derniers développent des qualités telles que la persévérance, la serviabilité et la camaraderie. Parmi eux se trouve Lynn Käser, une jeune fille de Kandersteg qui, à l’occasion de la prochaine remise du Prix Adele Duttweiler à la fondation, a pu poser quelques questions à l’ancien conseiller fédéral.

Monsieur Ogi, qu’est-ce qui vous a poussé à créer la Fondation Freude herrscht?

C’était une idée des amis de mon fils Mathias, décédé en 2009. Notre objectif est de transmettre sa joie de vivre, son dynamisme, sa serviabilité, sa camaraderie et sa persévérance à des enfants comme toi, en organisant ici un week-end actif. Car les enfants d’aujourd’hui sont les dirigeants de demain, dans des domaines aussi variés que la politique, l’économie, les sciences, le sport, le journalisme et l’armée. Pour bâtir un monde plus pacifique, nous devons transmettre ces valeurs aux jeunes.

Pensez-vous aujourd’hui encore à Mathias?

Oui, tous les jours. Nous sommes toujours aussi tristes et n’arrivons pas à accepter qu’il soit parti avant nous, ses parents. Nous nous posons des questions, nous cherchons des réponses, mais nous n’en trouvons pas. Comment la mort peut-elle emporter un jeune homme de 35 ans? Cela reste une douloureuse énigme pour moi ainsi que pour ma fille Caroline et ma femme Katrin.

Lynn Käser, 11 ans, n’a pas seulement profité des activités de la fondation Freude herrscht. Elle a pu aussi interviewer son président: Adolf Ogi, 76 ans (photo: Paolo Dutto).

Quels projets soutenez-vous?

Il en existe trois catégories. Le 30 août, jour de l’anniversaire de Mathias, nous organisons nous-mêmes un week-end actif ici, à Kandersteg.
Également une fois par an, nous proposons – cette fois-ci avec l’aide de partenaires – un week-end actif hivernal à Zermatt, où un hôtelier accepte de mettre son établissement à disposition. Enfin, nous recevons et examinons des demandes de subvention auxquelles nous répondons en général favorablement dès lors qu’elles respectent les exigences de notre fondation.

Le Prix Adele Duttweiler que nous remet Migros va nous donner la force de poursuivre sur cette voie

Adolf Ogi

Pour nous, les enfants, tout est toujours gratuit. Où trouvez-vous l’argent nécessaire?

Nous avons des donateurs qui nous soutiennent avec des dons de un à mille francs. Nous tenons à montrer de façon transparente combien nous recevons et combien nous dépensons: c’est ce que nous faisons tous les six mois via notre newsletter. Il n’est pas facile de trouver de l’argent. Mais heureusement, nous avons déjà pu réaliser et soutenir de nombreux projets grâce à nos donateurs, envers lesquels nous sommes très reconnaissants. Et le Prix Adele Duttweiler que nous remet Migros va nous donner la force de poursuivre sur cette voie et de transmettre à de nombreux jeunes en Suisse les valeurs que nous défendons: toujours au grand air, même en cas de pluie comme hier.

➜ À lire aussi: Insieme Suisse reçoit le Prix Adele Duttweiler 2016.

Quelle est l’importance de la nature pour vous?

La nature de Kandersteg m’est très familière, car c’est ici que j’ai grandi. Lorsque je traversais des périodes difficiles en tant que conseiller fédéral, je revenais ici et me rendais dans le Gasterntal, à la Gemmi ou à l’Öschinensee. J’avais alors conscience que la nature était là avant moi, et qu’elle serait encore là après moi. Nous sommes éphémères tandis qu’elle est éternelle. Au milieu de la nature, on se rend compte qu’on n’est pas si important que ça. Même lorsqu’on a été conseiller fédéral.

Qu’est-ce qui vous a le plus plu dans la fonction de conseiller fédéral?

Le fait d’être au service du pays et des citoyens. Ces derniers sentaient que ce travail n’était pas une corvée pour moi, et que je l’exerçais avec plaisir et passion.

Le sport nous permet d’apprendre à gagner avec humilité et à perdre sans se décourager.

Adolf Ogi

Qu’est-ce que vous n’avez pas aimé?

Les énormes piles de documents à lire. Je disais toujours à mes collaborateurs qu’il n’y a rien qu’on ne puisse résumer en une page. Ils avaient donc pour consigne d’aller à l’essentiel.

Que pensez-vous du sport?

C’est à mes yeux la meilleure école de la vie. Il occupe d’ailleurs une place importante lors du week-end actif. Le sport nous permet d’apprendre à gagner avec humilité et à perdre sans se décourager. Il nous apprend en outre à accepter la décision de l’arbitre, et donc les règles, à nous intégrer dans une équipe et, enfin, à mieux nous connaître: il est difficile de recevoir un carton rouge, mais cela n’a aucune conséquence pour l’avenir. Et cela nous permet de voir comment nous réagissons dans une telle situation.

La fondation soutient entre autres des week-ends actifs durant lesquels les enfants s’amusent sans compter (photo: Paolo Dutto).

Quel sport avez-vous pratiqué enfant?

L’hiver, je faisais du ski et du saut à ski: j’aurais pu devenir un bon skieur de combiné. L’été, je faisais beaucoup de randonnées: à 11 ans, j’avais déjà gravi toutes les montagnes des environs. J’aurais bien aimé devenir footballeur, mais nous n’avions même pas de club à Kandersteg.

Faites-vous encore du sport aujourd’hui?

Je vais courir le matin chaque fois que possible. Lorsque j’étais conseiller fédéral, je me levais tous les jours à 5 heures moins le quart pour aller faire une demi-heure de jogging. Aujour­d’hui, je cours un peu plus longtemps, mais je me lève moins tôt. L’hiver, je fais surtout du ski alpin et du ski de fond. L’été, je pratique la randonnée, du vélo et un peu de golf.

➜ À lire aussi: Just for Smiles reçoit le Prix Adele Duttweiler 2014.

Quel est votre plus grand souhait?

Je suis arrivé à un âge où l’on n’a plus beaucoup de souhaits. J’aimerais bien rester en bonne santé et j’espère que cette fondation créée en mémoire de mon fils existera encore longtemps et sera source de joie pour de nombreux enfants en Suisse.

Comment vous y prenez-vous pour que cela soit le cas?

Nous fournissons un travail de qualité en toute transparence, en faisant des choses que les autres ne font pas. L’année dernière, nous avons par exemple invité des enfants de la commune reculée de Val Mustair aux championnats du monde de ski à Saint-Moritz. En tant que président du conseil de la fondation, il me tient à cœur d’aller dans les régions isolées, là où les enfants n’ont pas beaucoup d’opportunités. Cela suscite de la bienveillance et nous permet de trouver de nouvelles personnes qui croient en nous.

Benutzer-Kommentare

Articles liés

Philip Jaffé

Philip Jaffé: «L’enfant n’est pas toujours ce petit être idéalisé que l’on attend avec impatience»

Mischa Damev a organisé cette saison six tournées et sept concerts spéciaux pour le compte des Migros-Pour-cent-culturel-Classics (photo: Paolo Dutto).

Du classique pour tous les goûts

disputes enfantines

Se mêler ou pas des disputes enfantines

Adrien Develay

Championnat des métiers: que le meilleur gagne!