13 juin 2015

«Lors d’un entretien d’embauche, il faut raconter une histoire»

Postuler pour un poste, c’est bien. Obtenir une entrevue, c’est mieux! D’autant que c’est souvent là que tout se joue. Comment ne pas rater sa chance et décrocher le job? Les conseils d’Alexandre de Gennaro, un pro du recrutement à Lausanne.

Alexandre de Gennaro photo
En tant que chasseur de têtes, Alexandre de Gennaro conseille, entre autres, d’être visible sur Linkedin.
Temps de lecture 8 minutes

Quels sont les secteurs qui recrutent le plus aujourd’hui?

Il y a une pénurie dans tous les postes très qualifiés en Suisse. La pharmaceutique, l’industrie des machines, l’ingénierie civile, l’architecture sont des secteurs techniques qui recrutent passablement. On recherche des cadres, des cadres avec cinq à dix ans d’expérience, autant de profils qui ne sont pas faciles à trouver en Suisse. Mais on a la chance d’être dans un pays dynamique, qui a peu de chômage, et où l’on trouve beaucoup d’opportunités dans de nombreux domaines.

Alexandre de Gennaro photo.
Alexandre de Gennaro.

On parle aussi souvent de changements de carrière, qu’il faut savoir être souple pour bifurquer. Mais est-ce vraiment possible?

Je pense qu’il faut être souple à l’intérieur d’une entreprise ou par rapport à des opportunités, accepter d’avoir davantage de tâches que prévu ou de faire son métier un peu différemment. Prenez les journalistes: avec l’arrivée des réseaux sociaux, ils ont dû modifier leurs habitudes de travail, leur façon de rechercher les informations. La réorientation professionnelle totale, c’est plus compliqué. Elle demande du temps et de la préparation. Beaucoup de gens de différents domaines me contactent parce qu’ils veulent travailler dans le social. Mais ça ne se fait pas du jour au lendemain...

La difficulté consiste déjà à décrocher un entretien. Est-ce qu’il y a un truc pour obtenir un rendez-vous à tous les coups?

Difficile de donner un truc, mais je dis toujours qu’il faut être proactif dans sa recherche, essayer de trouver les postes qui ne sont pas visibles sur jobup.ch, par exemple. Quand les offres d’emploi sont trop visibles, vous risquez de vous retrouver en concurrence avec trois cents personnes. Mieux vaut privilégier les candidatures spontanées, et utiliser les réseaux sociaux de manière professionnelle et réfléchie. A une personne qui voulait entrer dans le social, j’ai conseillé de se faire un réseau dans ce domaine, afin de connaître toutes les sociétés possibles et de les observer. C’est le meilleur moyen de trouver une opportunité sans trop de concurrence.

Vous dites aussi qu’il est important de sourire au téléphone…

Oui, parce que si votre voix est joviale ou enjouée, ça va se sentir même au téléphone. Le timbre, la manière de parler seront différents si vous souriez ou si vous êtes crispé. A partir du moment où vous avez envoyé votre candidature, il faut être prêt à être appelé à n’importe quel moment. Et l’entretien commence souvent au téléphone.

A CV égal, la façon de se présenter est-elle vraiment décisive?

Bien sûr! Je suis parfois surpris de voir que la personne qui a le meilleur CV sur le papier, qui a toutes les compétences requises, ne décroche pas le poste à la fin. Pourquoi ? Parce que quelqu’un d’autre a mieux réussi à donner confiance au recruteur, à transmettre quelque chose. Je dis toujours que, lors d’un entretien d’embauche, il faut raconter une histoire. Non pas inventer, mais mettre en scène son vécu, ce qui demande un peu de préparation, d’avoir réfléchi à son parcours. D’où l’importance de faire un travail sur soi, sur ses expériences, ses qualités et ses défauts, ses objectifs. Une fois que vous êtes bien préparé, vous pouvez faire face à toutes les situations. A mon avis, c’est la clé de l’entretien.

Le CV n’est donc pas suffisant, d’autant que 40% d’entre eux seraient trompeurs…

Le CV est très important pour décrocher l’entretien, après c’est tout autre chose. Cela dit, contrairement à cette étude que vous citez, je n’ai jamais eu trop de soucis avec de faux CV. De toutes façons, on vérifie les infos avec les références. Il arrive parfois que les personnes arrangent leur CV, qu’elles prétendent par exemple avoir été chargées d’une tâche alors qu’elles n’étaient que le bras droit d’un responsable. Mieux vaut ne pas embellir son CV, mais l’orienter en fonction du poste que vous visez. Mettre en avant les éléments réels qui sont en lien avec le poste et les attentes de l’entreprise. Il ne s’agit pas de modifier complètement son CV à chaque fois, mais de valoriser certains mots-clés. Plus le CV est ciblé, plus vous augmentez vos chances que le recruteur vous contacte. Et rien ne sert d’envoyer des CV trop longs… deux pages suffisent. Quand le recruteur a cent dossiers à analyser, il doit percevoir en un coup d’œil le bon profil.

Quels sont les nouveaux moyens utilisés par les recruteurs pour dénicher la perle rare?

Les réseaux sociaux arrivent en force. On les utilise pour trouver des candidats, Linkedin est vraiment la plateforme qui monte et qui va devenir incontournable dans les dix prochaines années. En tant que chasseur de têtes, c’est un de mes outils principaux. Les entreprises aussi utilisent cette plateforme pour recruter et passer des annonces. Non seulement les annonces y sont à un prix très concurrentiel, mais elles sont automatiquement envoyées, suivant les mots-clés de votre profil, à des gens qui pourraient être intéressés. Je dirais que si vous êtes en recherche d’emploi, si voulez être visible, il faut être sur ce genre de réseau.

Alexandre de Gennaro photo.
Alexandre de Gennaro.

Faut-il soigner aussi son profil Facebook?

Il faut plutôt faire attention à ne pas y mettre n’importe quoi. Commencer par les configurations, comme les paramètres de confidentialité, pour s’assurer que la page reste fermée aux personnes de l’extérieur. Beaucoup d’entreprises vont contrôler les pages Facebook pour voir un peu ce qui se passe. Or Facebook, c’est l’endroit où les gens communiquent avec leurs amis, mettent des photos d’eux… Moi, je n’utilise pas Facebook pour recruter. En revanche, c’est utile pour trouver une info, entrer en contact avec une personne quand je n’ai pas d’autres biais. Mais je crois que les gens ont compris qu’ils doivent faire attention à ce qu’ils postent sur leur mur. Ce serait dommage qu’une photo de soirée, dans une situation parfois embêtante, soit visible d’un recruteur et compromette un engagement.

Quel est le bon look pour le premier entretien ? Y a-t-il des couleurs à éviter?

Il faut toujours s’adapter à la situation et au code vestimentaire de l’entreprise. En cas de doute, mieux vaut s’habiller le mieux possible, un tailleur pour madame et un costume pour monsieur. Bien sûr, tout dépend du poste. Dans le domaine du graphisme, on exigera moins facilement un costume cravate que dans le secteur bancaire par exemple. A éviter, les couleurs flashy, comme le rouge ou le jaune. Par contre, le bleu marine est sobre et convient à beaucoup de situations. Tatouages et piercings ne choquent plus aujourd’hui, mais en entretien, vous ne savez pas sur qui vous allez tomber. Je conseille donc plutôt la discrétion, et d’éviter tout ce qui pourrait donner une mauvaise image de soi.

Les chaussettes blanches sous le costard: faute de goût à proscrire?

Avec des chaussures noires, mieux vaut mettre des chaussettes assorties, sinon on ne voit qu’elles! Et si vous voulez faire vraiment bien, mettez une ceinture accordée aux chaussures. Important aussi d’avoir des souliers propres ou présentables, surtout quand tout le reste de l’habillement est soigné. Mais ce ne sont là que des petits détails vestimentaires, ils ne sont pas décisifs pour un engagement.

Est-ce qu’il faut déjà, comme dans une pub pour un célèbre rasoir, essayer de ressembler à son futur patron?

Non, mais adapter son langage à la personne qui est en face de soi aide à instaurer un bon dialogue. Attention toutefois à ne pas donner une image négative en voulant en faire trop. Rester naturel, montrer sa motivation me semble plus important.

Quelles sont les erreurs les plus courantes des candidats?

Beaucoup de candidats loupent des occasions de se différencier. Quand on leur demande de quoi ils sont le plus fiers dans leur parcours, la plupart se lancent dans un récit qui n’a pas été préparé, qui est mal structuré ou oublient de mettre en avant les choses essentielles. La principale erreur, encore une fois, est le manque de préparation. On voit aussi des gens qui veulent cacher des échecs professionnels ou des points sensibles, comme un mauvais contact avec un supérieur ou un licenciement. Mais mieux vaut analyser ses échecs, les reconnaître et montrer sa part de responsabilité plutôt que de vouloir les dissimuler. D’ailleurs, aux Etats-Unis, on fait davantage confiance à quelqu’un qui a eu des revers, parce qu’il les a vécus et a pu en tirer une expérience.

Est-ce que la question du salaire est pertinente ou non?

Pas au téléphone, ni dans un premier entretien. A moins que le recruteur n’aborde lui-même cette question. Je dirais aussi qu’il faut réunir tous les éléments, votre expérience, le salaire moyen sur le marché, et vos connaissances pour mieux discuter du salaire. Se demander aussi quel est le minimum que l’on accepterait pour un poste, le salaire moyen et le salaire juste. Vous serez plus à l’aise pour négocier si vous avez cette fourchette en tête.

Alexandre de Gennaro photo.
Alexandre de Gennaro.

Vous parlez de la visualisation positive. La réussite se joue-t-elle d’abord dans la tête?

Je conseille en effet aux candidats de visualiser l’entretien, quelques jours avant, et de s’imaginer que tout se passe bien. Ce n’est pas ça qui vous fera réussir votre entretien, il faut bien sûr se préparer. Penser que ça va bien se passer ne veut pas dire que ça va être facile. Mais il est important de voir l’entretien comme quelque chose de positif, comme un échange entre deux personnes, où le candidat doit aussi poser des questions pour montrer son intérêt, savoir si l’entreprise correspond à ses valeurs. On voit souvent le recruteur comme quelqu’un de méchant, mais c’est faux. L’entretien n’est pas un interrogatoire, mais un échange. Si vous arrivez dans un état d’esprit positif, vous le vivrez beaucoup mieux, vous serez plus ouvert et plus confiant.

Texte © Migros Magazine – Patricia Brambilla


Photographe: François Wavre

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