30 janvier 2018

Aline Raboud, Brésilienne de coeur

La Veveysanne Aline Raboud s’est envolée pour Rio de Janeiro où elle sera la seule Suissesse à défiler le long du mythique Sambodrome, parmi les danseuses professionnelles du plus fiévreux et flamboyant carnaval au monde.

Aline Raboud
Pour Aline Raboud, la samba est plus qu’une danse: c’est un art de vivre.

Aline Raboud (28 ans) est sans doute en train de lisser les plumes de son costume, elle qui s’apprête à se transformer en oiseau du paradis pour vivre un rêve: danser à deux reprises (les 9 et 10 février 2018) au carnaval de Rio, devant les dizaines de milliers de spectateurs en ébullition massés autour du Sambodrome, là où se produisent les meilleures écoles de samba du Brésil.

«D’habitude, arriver au Brésil comme une fleur, sans faire partie de la communauté, c’est délicat! Surtout que l’on pique la place à une fille de là-bas lorsqu’on défile comme passista. Mais ici, c’est différent parce que des gens de Rio, en collaboration avec deux écoles, ont créé un groupe international pour offrir l’opportunité à des personnes d’ailleurs de vivre cette expérience de l’intérieur.»

Un marathon dansant

Bon, il fallait quand même remplir deux conditions préalables pour faire partie du voyage: être une danseuse de samba professionnelle (pas de problème, Aline Raboud donne des cours à Lausanne et sur la Riviera) et s’acquitter d’une finance d’inscription se montant à quelque 1400 francs (l’équivalent de deux salaires minimums brésiliens). La Veveysanne n’est pas dupe. «Ce carnaval est devenu un grand business, l’argent y a remplacé depuis longtemps la contestation.»

Souvenirs de Rio: l'album photos d'Alina Raboud

Pas de quoi gâcher le plaisir de cette jeune femme, qui se réjouit d’être emportée par la vague festive qui s’abattra bientôt sur la deuxième plus grande ville du Brésil. «J’ai déjà participé à cet événement il y a quatre ans en tant que figurante sur un char. Quand on arrive sur cette avenue au son enivrant des percussions, ça nous prend aux tripes, on entre en communion avec le public, on se retrouve un peu dans la peau d’une star… C’est de la folie!»

C’est aussi un sacré challenge! «La samba est comparable à une course en hauts talons. Et là, on va danser une heure à un rythme effréné et sous une chaleur étouffante.» Ergothérapeute et donc parfaitement consciente de la gageure que ce «marathon» représente pour son corps, Aline Raboud s’est entraînée comme une sportive d’élite (une heure de danse par jour et deux cours de Pilates par semaine) pour renforcer sa résistance et tenir la distance.

Mais le plus grand défi pour elle, c’est encore de se mesurer à des Brésiliennes qui se déhanchent comme elles respirent. «Elles vivent la musique de manière très intense. Pour une Suissesse, ce n’est pas facile de se lâcher, d’être dans l’émotionnel comme elles.» Ni de parader en costume sexy à côté de ces beautés aux atours souvent chirurgicalement modifiés. «Je ne suis pas complexée, je n’ai pas peur de me retrouver en tenue un peu osée, d’autant que je défilerai avec toute une troupe et serai noyée dans la masse.»

Ni prude ni pudibonde, cette Veveysanne tient pourtant à préciser que la samba ne se résume pas à une parade nuptiale un brin animale comme le pensent certains. «Ce n’est pas juste bouger les fesses. C’est un jeu de séduction basé sur la sensualité certes, mais une sensualité pas forcément sexuée.»

Cette danse glamour véhicule surtout la légendaire joie de vivre des Brésiliens.

Cette allégresse, elle l’a peut-être éprouvée pour la première fois à l’âge de 6 ans, lors d’un séjour dans ce pays d’Amérique latine. «Ma tante a épousé un Brésilien et on avait passé deux mois chez eux.» Elle y est ensuite retournée à 18 ans pour faire une coupure dans ses études, apprendre le portugais et se confronter à la réalité d’un quartier défavorisé. «J’ai travaillé dans une maison pour personnes âgées, une école et une crèche dans le cadre d’un projet soutenu principalement par ma tante.»

Aline Raboud a été couronnée première princesse de Suisse par la «Primeira Corte do Carnaval da Europa».

La seule Européenne acceptée dans le milieu de la samba

À son retour, Aline Raboud se pique de passion pour la samba et délaisse la capoeira, cet art martial qui l’a aidée à s’affirmer durant l’adolescence et lui a permis de rencontrer son futur mari (il est originaire de Salvador de Bahia et enseigne cette discipline). Elle enchaîne les pas de danse et «prend du niveau» jusqu’à devenir professeure, jusqu’à être couronnée – c’était le 3 septembre 2017 – première princesse de Suisse par la «Primeira Corte do Carnaval da Europa».

« Ce titre me flatte, je suis fière d’être la seule Européenne à avoir été acceptée dans ce milieu de la samba.» La samba qui, pour cette Brésilienne de cœur, est plus qu’une danse:

La samba est un art de vivre, une culture qui m’a apportée confiance, sensualité, créativité, joie, rigueur et discipline.

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