17 novembre 2017

Alors, vous le trouvez comment, mon amoureux?

Chance ou désastre, les amis ont entendu parler de l’être exceptionnel qui fait battre mon cœur. Mais ils ne l’ont pas encore évalué en chair et en os. Le temps est venu de le leur présenter et, au passage, de s’exposer à leur jugement. Car de vrais amis ne sauraient sacrifier un des leurs pour n’importe qui, n’est-ce pas? Et attention aux surprises!

Entre l'amitié et l'amour les relations sont parfois plus complexes qu'elles en ont l'air. (photo: iStock)
Entre l'amitié et l'amour les relations sont parfois plus complexes qu'elles en ont l'air. (photo: iStock)
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Lorsque j’aborde le sujet de ma prochaine chronique avec Fred, un pote au franc-parler désarçonnant, il réagit direct:

-Ouh là là, tu t’attaques à du lourd. C’est super important de bien s’entendre avec les amis de son conjoint. J’en connais un rayon sur le sujet.

-Ah ouais? Tu peux m’en dire plus?

«Dans le passé, l’entourage de mon compagnon a été un gros frein à notre relation. Ses potes formaient un petit groupe bien soudé. Leur possessivité m’a pourri la vie. Je devais me forcer à jouer un rôle, à être le mec toujours sympa pour me faire accepter. Mais au fond, ça les dérangeait que mon copain passe plus de temps avec moi. Ils ont fini par être les déclencheurs de notre rupture. C’est fou la jalousie que l’on peut retrouver dans l’amitié.»

L’histoire de Fred, lâchée sur un coin de table, provoque une volte-face dans ma réflexion. Je suis confuse. Alors qu’il me semblait que la réunion du couple et des potes se dessinait comme une expérience agréable où chacun – curieux de découvrir l’autre – faisait preuve de tolérance, la réalité me frappe en pleine figure. Les amis de mon ami pourraient-ils donc être mes ennemis?

Le lendemain, tandis que je mangeais avec Jérôme, un collègue en couple depuis peu, le sujet ressort spontanément. Il m’explique que sa bien-aimée qui rencontrait pour la première fois sa bande, n’avait pas du tout apprécié Marc, son meilleur pote et complice devant l’Eternel. Son jugement avait été sans appel: Marc est extravagant et prétentieux. Résultat: une douche froide pour lui et des tensions en perspective dans le couple.

On ne se méfie jamais assez de ses proches?

Ce deuxième témoignage confirme mon trouble. Il faut que je fasse le point. Je fouille alors dans ma mémoire. Je repense à tous ces gens qui avouent avoir du mal avec la «copine de» ou à tous ceux qui ont déjà été la cible de remarques piquantes provenant des «potes de». Je me rappelle encore des commentaires ou des ragots qui se murmurent seulement dans le dos jusqu’à semer la zizanie dans les opinions des uns et des autres. Mais je me souviens aussi de mes propres jugements, des doutes que j’ai pu émettre sur des personnes. Et je dois avouer rétrospectivement que certains ne méritaient finalement pas mon scepticisme.

Ne se méfie-t-on jamais assez de ses amis ou de ceux qui se prétendent comme tels? N’attendons-nous pas de nos proches soutien et loyauté? Pourtant c’est parfois bien le contraire qui est au menu. Les masques tombent alors. Le tri s’impose. D’un côté, les amis foncièrement soucieux de notre bonheur, qui partagent nos joies et qui aident discrètement lors des turbulences et de l’autre côté, les copains enchantés par nos problèmes, collectant chaque bribe d’information pour la ressortir au moment opportun. Et souvent, entre ces deux catégories de personnes, la frontière est plus ténue qu’il n’y paraît.

Une mise au point s’impose

Les potes, ces potentiels boulets dans le couple… Ces pensées me perturbent, il faut que j’en aie le cœur net. Je questionne Mélanie, ma confidente du jour et une fille adorable en qui j’ai toute confiance. Elle s’entend à merveille avec la clique de son copain. Elle tiendra certainement un autre discours.

-Toi aussi, tu penses que les copains sont un frein dans un couple?

Mélanie répond avec une honnêteté qui m'épate. «Eh bien, figure-toi que je suis assez d’accord avec ça. Au début de ma relation, certaines copines ne croyaient pas en notre duo. Ça m’avait beaucoup blessée à l’époque, mais j’ai tenu bon. Aujourd’hui, ça fait 12 ans que je partage la vie de mon conjoint. Je leur prouve qu’elles avaient tort. Par ailleurs, certains proches ne sont pas très objectifs. Beaucoup projettent ce qu’eux-mêmes souhaiteraient ou attendraient d’une relation. Il y a aussi certaines jalousies et des frustrations, notamment venant des personnes célibataires… Les gens qui arrivent à faire la part des choses entre ce qu’ils souhaiteraient pour nous et ce qui nous convient sont rares. Mais ça ne veut pas dire pour autant qu'ils nous veulent du mal, ni qu’ils ont de mauvaises intentions.»

Plus j’y repense, plus j’ai l’impression de m’engouffrer dans une thématique infiniment plus complexe qu’elle semblait être à la base. En creusant de ce côté de la fourmilière des rapports humains, on trouve un fourre-tout englobant toutes les ambiguïtés de l’amitié. Dans ce petit monde de sentiments paradoxaux la générosité, la loyauté, la franchise et la confiance côtoient la possessivité, la jalousie, l’insécurité, la compétition et les rancœurs. Pas facile parfois de démêler ces subtiles passions.

Au final, quel est l’enjeu?

Dans ce processus de rassemblement des partis, que peut-on perdre ou que peut-on gagner? En réalité, bien plus que ce que l’on veut bien s’avouer. En théorie, on peut bien affirmer que l’amour passera toujours en premier, virer le fiancé pour retrouver sa clique ou opter pour la séparation totale des groupes. Mais si la connexion ne passe pas et que des tensions se manifestent, il y aura des décisions à prendre… Et je ne souhaite à personne de se retrouver devant le dilemme de faire un choix entre l’amitié et l’amour.

La solution me semble donc tenir dans un concept aussi simple que souvent oublié: la bienveillance. Prenons du recul. Qui sommes-nous pour juger de ce qui est bien pour notre proche? Croyons-nous que parce que nous partageons la vie d’un tel depuis plus longtemps ou de façon plus intime, nous sommes automatiquement plus aptes à juger des personnes qu’il doit fréquenter? Les amis peuvent s’avérer de très bon conseil mais ils ignorent une part intime importante à laquelle seul l’amoureux à accès. En somme, ils sont de précieux garde-fous mais ne doivent pas devenir des chiens de garde. Inutile donc d’aboyer au moindre passage et mieux vaut être solide si un camarade se retrouve dans le fossé.

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