22 avril 2013

Animaux cherchent nouvelle famille

Le zoo Siky Ranch et ses fameux tigres blancs du Bengale (voir vidéo plus bas) sont à remettre contre bons soins et une somme de 1,2 million de francs. Tour du propriétaire avec Cindy Macquat, l’une des employées de ce parc animalier situé à Crémines (BE).

Jerry Wegmann et un tigre qui lui fait des calins au travers du grillage
Jerry Wegmann, propriétaire et dompteur: «J’ai passé assez de temps en cage.»
Temps de lecture 4 minutes

Quelques minutes et arrêts après avoir quitté Moutier, le train stoppe à notre demande à la halte Crémines-Zoo. Il fait un temps à ne pas mettre un cochon laineux dehors. Le parc animalier Siky Ranch ne semble d’ailleurs pas encore tout à fait sorti de sa torpeur.

Emmitouflée comme une Inuit, Cindy Macquat, elle, s’active depuis 8 heures du matin. Son job: prendre soin d’une partie des quelque trois cents animaux que compte ce jardin zoologique privé. Cette Jurassienne de Péry est l’unique fille d’une équipe constituée normalement de cinq personnes. «A la basse saison, nous sommes deux. On n’a donc pas trop la possibilité de lambiner.»

Cindy Macquat et l’un des perroquets du zoo.
Cindy Macquat et l’un des perroquets du zoo.

Avec l’énergie de ses 24 printemps, cette mécanicienne moto de formation file de cage en cage, d’enclos en enclos. Inlassablement, elle nettoie, nourrit, cocole parfois quand elle en a le loisir. «J’avais fait ami-ami avec un raton laveur, mais là je n’ai plus vraiment le temps pour ça.» Du coup, son pote à poils lui bat froid. «Il se sent un peu délaissé.»

Cindy guide des flamants roses jusqu’à leur parc. Les échassiers la suivent docilement sans paraître incommodés par la bise mordante qui ébouriffe leur plumage. Idem pour ces magnifiques aras qui quittent leurs quartiers d’hiver pour rejoindre ceux d’été à bord d’une brouette:

Les perroquets sont les animaux dont je me méfie le plus, parce qu’ils sont un peu caractériels et lunatiques.

Elle poursuit: «Et puis, avec leur bec, ils pourraient vous arracher un doigt!» Elle va ensuite régaler des lézards – des agames barbus – d’une poignée de belles sauterelles. «Je suis la seule parmi les employés à ne pas être dégoûtée par les insectes.»

Il devient dompteur d’animaux par amour

Pause de midi. Cindy entre dans le restaurant du parc où sont déjà attablées quelques personnes, dont Jerry Wegmann, le propriétaire du Siky Ranch. Avec sa longue crinière blanche et sa fine moustache, il a quelque chose d’un aventurier, d’un Crocodile Dundee perdu au milieu des pâturages jurassiens. En réalité, il s’agit d’un ancien travailleur du bâtiment devenu dompteur par amour (des animaux et de la fille de celui qui lui a appris comment mener les fauves à la baguette).

Epinglées aux murs du bistrot, de nombreuses coupures de presse témoignent de sa riche carrière internationale. Cet artiste nomade a posé ses valises ici en 1996. Et aujourd’hui, à 68 ans, il n’a plus qu’une envie: remettre sa ménagerie et toutes les infrastructures qui vont avec (le terrain de 33 hectares appartient à la commune de Crémines qui vient de renouveler le droit de superficie pour une durée de cinquante ans) contre bons soins et une somme de 1,2 million de francs, histoire de pouvoir profiter enfin de sa retraite. «Sa femme Rita est malade et lui il a assez passé de temps en cage», résume son ami et interprète Gilbert Leisi.

«Deux acheteurs potentiels en deux ans»

Des tours en poney sont organisés dans le parc pour les enfants.
Des tours en poney sont organisés dans le parc pour les enfants.

Le hic, c’est que les parcs zoologiques ne se vendent pas comme des petits pains. Loin s’en faut. «En deux ans, nous avons eu deux acheteurs sérieux. Malheureusement ça n’a rien donné!» Jerry déplie ses presque deux mètres et nous invite à le suivre, direction la cage aux tigres blancs. Derrière les grillages, trois félins au pelage opalin rayé de noir nous dévorent littéralement de leurs yeux bleus. Le quatrième, un roux classique, fait la sieste. «Il n’y a que le patron qui s’en occupe», relève Cindy. Ça ne la dérangerait pas de veiller sur ces gros chats. D’ailleurs, c’est prévu. «Mais M. Wegmann n’a pas encore eu l’occasion de me former.» Espérons pour elle qu’il pourra le faire avant que le zoo ne trouve repreneur…

Photographe: Prune Simon-Vermot

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