3 février 2014

Animaux en hiver: les plus folles stratégies

Quand les températures descendent au-dessous de zéro, comment les bêtes font-elles pour survivre? Entre hibernation, tenue de camouflage et cœur à l’arrêt, à chacun ses trucs pour passer l’hiver au mieux.

Robert Klein connaît très 
bien les animaux qui hibernent et
 étudie leurs traces dans
 le respect des bêtes.
Robert Klein connaît très 
bien les animaux qui hibernent et
 étudie leurs traces dans
 le respect des bêtes. (photo Laurent de Senarclens)
Temps de lecture 6 minutes

Quand la nature n’est plus qu’une immensité blanche, un silence parfait en dessous de zéro où plus rien ne frémit ni ne tremble, on pense que plus rien n’existe. Que l’hiver est le règne de la non-vie. Et pourtant, la faune est toujours là, au ralenti, qui palpite en toute discrétion. Qui chuchote. En témoignent les traces d’animaux dans la neige ou le rare passage d’un oiseau dans le ciel, ses cris dans le fouillis des branches.

Mieux équipés que l’homme, les animaux sauvages ont développé des stratégies subtiles pour résister au froid et au manque de nourriture. «Il n’y a pas de règles, chaque espèce a trouvé une méthode qui lui est propre. En tout cas, aucun comportement n’est dû au simple hasard», observe Robert Klein, accompagnateur de montagne , qui aborde ce thème au cours de ses randonnées.

Ainsi, quand le thermomètre flirte avec les températures négatives, deux attitudes sont possibles: rester ou partir. Parmi les espèces qui prennent la poudre d’escampette, certains oiseaux (milans, étourneaux, bernaches, etc.) et quelques insectes (dont le monarque, un papillon capable de parcourir 4000 kilomètres pour rejoindre le Mexique) migrent sur de plus ou moins grandes distances. Quant aux autres, ils affrontent les frimas, les privations de nourriture et la désolation. Avec ruse, indifférence ou bravoure.

A situation extraordinaire, comportement particulier. Quand les méchantes bises arrivent, la plupart des mammifères changent de garde-robe. C’est le cas du chamois, dont le pelage s’assombrit, le noir permettant de mieux garder la chaleur, et se densifie. «Les poils de bourre se font plus épais et les poils de jarre sont plus longs. Ce qui lui assure une meilleure protection thermique et une imperméabilité du duvet», précise Robert Klein.

Histoire d’économiser son énergie, le capriné ne se déplace que si nécessaire et change son régime alimentaire. A défaut d’herbe fraîche, il se rabat sur les écorces, lichen, bourgeons et autres mousses. Et perd, en un hiver, jusqu’à un quart de son poids.

Une hermine.
Une hermine. (photo Keystone)
Un lièvre.
Un lièvre. (photo Keystone)
Un lagopède.
Un lagopède. (photo Okapia)
Un geai.
Un geai. (photo Keystone)

D’autres mammifères, cibles directes des prédateurs, optent pour des tenues de camouflage. Comme l’hermine, le lièvre ou le lagopède, qui s’habillent de blanc et tirent profit de la température constante du manteau neigeux.

L’hermine se cache dans un terrier sous la neige et ne sort qu’une à deux heures par nuit pour chasser. En dessous de -13 °C, elle peut entrer dans une sorte de mini-hibernation et stopper son métabolisme pendant six à dix jours.

Un sommeil profond pour se soustraire à la dureté du climat

L’hibernation (à ne pas confondre avec l’hivernation du blaireau et de l’ours, dont l’hypothermie modérée n’empêche ni le réveil ni la mise bas), voilà un moyen très efficace pour traverser au mieux l’ingrate saison. C’est en tout cas ce que doit se dire la marmotte – tout comme le serpent, le lézard et le ver de terre. Horloge interne et facteurs environnementaux donnent le signal: à mi-octobre, la voilà qui s’affaire, prépare son hibernaculum et ne cesse de manger pour purger ses intestins, avant de sombrer dans un sommeil profond.

Blotties les unes contre les autres, les marmottes pratiquent «la régulation thermo-sociale, qui leur permet d’économiser une quantité considérable d’énergie», comme l’écrit le biologiste Jean-Pierre Jost dans son ouvrage sur l’hibernation animale.

Pendant six mois, elles dorment donc à poings fermés, le métabolisme au ralenti: la température corporelle s’abaisse à 5-6 °C, le cœur ne bat plus que 3 à 5 fois par minute (70 pulsations en été) et elles ne respirent plus que 4 à 10 fois par minute (au lieu de 30 fois). Un long sommeil entrecoupé par de rares réveils périodiques et synchronisés tous les sept à quinze jours, pour aller faire ses besoins dans une galerie parallèle.

Plus fort encore, certaines espèces entrent en hibernation si profonde que leur cœur cesse de battre totalement. C’est le cas des amphibiens, comme la grenouille rousse. Celle-ci trouve une planque dans la vase, au fond d’un étang, où elle peut passer cinq à six mois sans bouger. «Jusqu’à 65% de ses fluides corporels sont parfois gelés. Mais le noyau des cellules est préservé grâce à des substances anti-gel, comme le glycérol et le glucose», écrit encore Jean-Pierre Jost. On pourrait la croire morte, elle ne fait qu’attendre le printemps charmant!

Il est d’autres espèces qui passent l’hiver avec élégance et ingéniosité. Comme le casse-noix moucheté ou le prévoyant geai des chênes, qui amasse des milliers de glands et de faines pendant l’automne et les dissémine à différents endroits de son territoire. L’emplumé tire ensuite profit de la quasi- totalité de son butin: «Le geai retrouve 80% de ses cachettes. Et ce qu’il n’a pas mangé germera au printemps. De cette façon, il participe à la régénération des forêts», explique Robert Klein.

Latence, dormance et économie d’énergie pour assurer leur survie: les animaux ne sont pas les seuls à vivre au ralenti. Les végétaux aussi connaissent une phase de diapause, au cours de laquelle toute croissance est arrêtée.

Avec l’altitude, les végétaux doivent s’adapter à de multiples contraintes: rayonnement UV, manque d’eau liquide, vent, longueur de l’hiver, glissement du manteau neigeux… La diapause, génétiquement déterminée et déclenchée par la luminosité et les changements de température, leur permet d’attendre des conditions de vie plus favorables.

Ce qui explique que les arbres perdent leurs feuilles, points de respiration et de transpiration de la plante, au contraire des conifères, dont les feuilles sont enduites d’une cire protectrice en hiver.

Autant de parades pour tenir le coup. S’il est des espèces qui narguent l’hiver, comme le perce-neige, dont la physiologie lui permet d’être le premier à fleurir, la plupart des espèces sont de véritables survivantes.

Qui déploient des trésors d’astuces pour tenir tête à un environnement hostile et méritent de ne pas être dérangées dans leur silencieuse lutte hivernale. Mieux vaut ne pas suivre les traces d’animaux ou sortir des sentiers de randonnée, quand on sait que l’épuisement causé par le stress ou un mouvement forcé pour s’enfuir peut leur être plus fatal qu’un coup de froid.

© Migros Magazine - Patricia Brambilla

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