25 juin 2020

Doublement protégé

Professeure assistante à l’EPFL, Carmela Troncoso a travaillé nuit et jour durant des mois pour que l’app SwissCovid permette d’éviter l’émergence d'une seconde vague en Suisse. Fraîchement lancée la semaine dernière, elle doit encore faire ses preuves et gagner la confiance des Suisses.

Carmela Troncoso
La scientifique Carmela Troncoso, qui a participé au développement de l’app SwissCovid.
Temps de lecture 4 minutes

Comme tous les habitants de ce pays, Carmela Troncoso a vu son quotidien chamboulé en mars avec la flambée des cas de Covid-19. Alors que certains partaient travailler au front dans les hôpitaux ou s’en allaient assurer l’approvisionnement du pays, l’Espagnole de 37 ans est restée chez elle. Son travail de l’ombre est cependant tout aussi méritoire puisque cette professeure assistante en sciences de l’informatique à l’EPFL a participé activement au développement de l’app SwissCovid.

Bien sûr, la scientifique n’a pas travaillé seule mais au sein d’un réseau d’une trentaine de chercheurs répartis dans une dizaine ­d’institutions dans huit pays. Toutefois, Carmela Troncoso a joué un rôle clef et ­pionnier dans le dossier de la protection de la sphère privée. «Dès qu’il a été clair que les gouvernements allaient lancer des applications de traçage, nous nous sommes investis sans compter pour développer un outil respectueux des individus, explique la cheffe du Laboratoire d’ingénierie de la sécurité et de la vie privée de l’EPFL. Il est en effet primordial que ce genre d’outil ne soit déployé que pour avertir les utilisateurs d’une exposition éventuelle et non pour les surveiller. Cette période de crise ne doit en aucun cas être l’occasion d'introduire des technologies qui pourraient entraîner des problèmes plus graves par la suite.» C’est que, au final, la survie de la démocratie est en jeu. Rien de moins.

L’app aura plus d’efficacité si de nombreuses personnes la téléchargent

«La collecte de données à grande échelle ­entraîne une asymétrie du pouvoir. Ceux qui disposent de ces informations savent ce que les individus aiment, pensent, s’ils vont à l’église ou plutôt faire les magasins. Prenez l’exemple de Cambridge Analytica qui a utilisé des données de millions d’utilisateurs Facebook pour intervenir dans la campagne du Brexit ou l’élection de Trump. La démocratie ne peut exister sans la confidentialité des données.»

Aujourd’hui, Carmela Troncoso peut être fière du travail accompli. La solution retenue, qui veut que les données ne soient pas automatiquement centralisées sur un serveur mais restent sur le smartphone des utilisateurs de l’app, a séduit les géants Apple et Google. «C’est la première fois que nous avons une véritable approche privacy by design où
le respect de la vie privée était le principal objectif de la démarche.» Puis d’ajouter: «Il n’est pas nécessaire d’opposer sécurité, santé et vie privée. Les gens devraient commencer
à comprendre que cela est possible.»

Un travail d’équipe

Malgré cette réussite inédite, Carmela Troncoso n’est pas du genre à s’approprier les victoires. «J’ai longtemps joué au foot. En Espagne d’abord, puis en France en deuxième division et en Belgique en 1re ligue quand je faisais mon doctorat. Même si je ne joue malheureusement plus, j’ai retenu une chose de ce sport: l’important n’est pas de savoir qui marque un but, mais si au final l’équipe gagne ou perd.» Dans le cas du projet SwissCovid, le team de l’EPFL peut clairement se réclamer du côté des vainqueurs. Lancée officiellement la semaine dernière en Suisse, l'app sera par la suite déployée à grande échelle et pourra intégrer des millions de téléphones en Europe, voire des milliards de smartphones dans le monde.

Pour Carmela Troncoso, après ce match d’une rare intensité, il est grand temps de s’offrir quelques jours de congé. «L’océan me manque mais la présence des montagnes
le compense largement. Je vais donc rester en Suisse et faire du camping dans les Alpes valaisannes avec mon épouse. J’ai hâte.»

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