31 août 2017

Arbitrage vidéo, poil au dos

En football aussi, trop de justice peut tuer la justice. La preuve par Benevento, le club maudit.

L'arbitrage vidéo contre la ferveur populaire
L'arbitrage vidéo contre la ferveur populaire. (Photo Benevento Calcio)
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Le propre des clubs maudits, c’est d’être victimes même des meilleures intentions. Prenez Benevento, la petite formation d’une petite ville - 63 000 habitants - de la Campanie italienne à 60 kilomètres de Naples, dont l’emblème est la «strega», la sorcière. L’équipe n’avait jamais connu l’élite en 88 ans d’existence. Entre 1995 et 2015 elle réussit même à rater de très peu, mais à onze reprises, la montée en troisième, puis en deuxième division.

Mais soudain les miracles s’enchaînent. Deux montées successives et voici donc pour la première fois «la Sorcière» invitée dans le Saint des saints: la série A italienne. Un premier match à Gênes, contre la Sampdoria, se solde par une courte défaite 2 à 1.

Enfin le 19 août dernier a lieu la première partie de série A jamais jouée dans le petit stade Vigorito, archi-comble. Même les dernières places disponibles à 800 euros dans la tribune d’honneur ont trouvé preneurs.

L’adversaire du jour est le Bologne de Roberto Donadoni, qui ouvre le score en début de deuxième mi-temps. Benevento pousse, pousse encore, en vain. Peu avant la fin de la rencontre l’arbitre Calvarese se blesse au talon. Il doit être remplacé un autre directeur de jeu, le dénommé Chiffi, ce qui prend un certain temps. La partie est prolongée de 8 minutes.

Au bout du bout, après 97 minutes et cinquante secondes de jeu Benevento parvient à égaliser. Ebullition, fusion, embrassades, cris, hurlements, liesse, tours de terrain: la célébration du but est totale et se prolonge de longues minutes.

La sorcière à l'attaque. (Photo Benevento Calcio)

Pendant ce temps, dépités, les joueurs de Bologne placent le ballon au centre de terrain, attendant de réengager pour disputer les quelques secondes restantes. Mais voilà que l’arbitre Chiffi se gratte l’oreille. Un ordre venu du ciel et plus précisément de la commission d’arbitrage vidéo.

Car oui, après un essai très mitigé cet été à la Coupe des Confédérations, deux championnats majeurs ont précipitamment adopté l’arbitrage vidéo: la Bundesliga allemande et, pour le malheur de Benevento, la série A italienne. L’arbitre Chiffi dessine avec ses mains un rectangle pour indiquer qu’il doit revoir les images. Il se dirige vers le bord du terrain, consulte un écran et annule le but de Benevento pour un hors-jeu invisible à l’œil nu. Le ciel tombe sur Vigorito.

Michel Platini, tout Platini qu’il est, avait mis en garde pendant des années: l’arbitrage vidéo, rabâchait-il, allait tuer l’esprit du jeu. Ce n’est pas sorcier: on aurait dû l’écouter à la lettre.

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