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24 février 2014

1650 km de plages paradisiaques

Un paysage de rêve entouré d’une mer azurée... mais le Vietnam est bien plus que cela. Riche d’une histoire millénaire et chahutée que l’on peut lire encore à chaque instant, le pays est en plein boom et réserve bien des surprises à ses visiteurs.

Baie d'Halong
La baie d’Halong, au nord du
 Vietnam, et son paysage à couper le souffle formé de 1969 îles 
karstiques.

Le temps semble suspendu, en ce soir de septembre, sur le bateau. Le coucher de soleil n’en finit plus, éclairant la baie d’Halong de mille couleurs splendides. Quelques intrépides continuent à barboter dans l’eau qui avoisine les 30 degrés, ou à y sauter depuis le pont inférieur. D’autres admirent le paysage à couper le souffle depuis le toit du bateau. Il n’y a pas un bruit si ce n’est celui émanant de la joyeuse équipe qui s’est formée durant la croisière.

Au réveil, la pluie s’invite. Cette fois, plus de couleurs, les immenses récifs, comme l’eau, se peignent de gris, rendant l’atmosphère irréelle. Le bateau débarque sur l’île de Catba, la plus grande de l’archipel. Une route unique relie les deux extrémités, à quelques vingt kilomètres de distance. Le soleil est revenu entre-temps. La plage de sable clair et l’eau limpide nous tendent les bras. Seuls au bout du monde.

A Hanoï, les rues sont organisées par profession.

Après deux jours loin de tout, nous remontons dans le bus pour Hanoï . Retour au bruit et à l’agitation.

La capitale du Vietnam possède un plan de ville très original; autour de son lac Ho Guom, les rues partent en étoile et sont organisées par profession: la rue des tailleurs, celle des fleuristes, les garagistes, les ferblantiers, etc. Chacun s’installe confortablement sur le trottoir et attend le client. La communication avec les gens s’avère impossible. Ici, on ne parle pas l’anglais. Encore moins le français. Tout se passe en gestes.

L’ancienne cité impériale de Hué, capitale jadis du Vietnam.

Le pays s’étend tel un lombric, sur quelque 1650 kilomètres. Nous roulons jusqu’à Hué . Quinze heures de trajet dans un bus de nuit confortable… lorsqu’on a le gabarit local. La cité impériale nous tend les bras, avec ses palais et sa quinzaine de tombeaux répartis tout autour. Certains ne sont que ruines, d’autres se révèlent gigantesques. La ville était la capitale de la dynastie des Nguyen au XVIe siècle, avant de devenir celle de tout le pays, entre 1802 et 1945.

Tailleurs et patrimoine dans une seule ville

Plus loin, Hoi An se présente comme l’atelier de couture sur soie du pays. Partout, on vous propose des modèles sur mesure de robes, de pantalons, de chemises. Même des manteaux d’hiver, dans un pays où la température ne descend guère en dessous de 20 degrés. La ville est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, grâce à ses petites rues bien entretenues qui témoignent du passé colonial français. A travers tout le pays, on aperçoit, de temps en temps une construction, un mot, un train, qui racontent l’histoire.

Le Vietnam reste encore très marqué par sa guerre contre les Américains. Dans chaque ville, un mémorial rappelle ce passé encore si présent. Difficile d’imaginer que toutes ces terres ont été brûlées au Napalm lorsqu’on voit les arbres crouler sous les fruits. Le musée de la guerre, à Ho-Chi-Minh, n’épargne d’ailleurs aucune vision des atrocités commises par l’ennemi. Inversement des photos sont montrées de prisonniers américains jouant au ping-pong dans leur geôle.

Saigon est le poumon économique du Vietnam.

Hô-Chi-Minh-Ville , ou Saigon, comme tout le monde appelle encore la cité rebaptisée en 1975, nous y voici, au milieu des milliers de scooters déboulant à toute vitesse. Traverser la route s’avère un cauchemar. Personne ne s’arrête. Il s’agit de se lancer, très lentement, à une vitesse constante, pour que les véhicules aient le temps d’éviter le piéton. Frissons garantis. A l’écoute du récit de la traversée, l’hôtelier éclate de rire: «C’est lorsque les Vietnamiens traversent la route qu’ils sont le plus communistes: ils remettent leur vie aux mains des autres.» Et sentiment d’être déphasé, soudain dans une ville si occidentale, avec des fast-foods et des centres commerciaux qui n’existent nulle part ailleurs dans le pays.

Ambiance relax sur les hauts plateaux

A Dalat , la destination préférée des couples vietnamiens en voyage de noces et résidence d’été des empereurs, l’ambiance change. Sur les hauts plateaux, les nuits sont fraîches et les gens plus bavards. Ce soir-là, tout le centre-ville est fermé à la circulation, le marché nocturne prend ses quartiers. Tout le monde est là et l’on trouve de tout: artisanat, copies pirates, poulets grillés (tête et pattes comprises). Les tables installées à la hâte ne désemplissent pas. Un joyeux brouhaha anime la ville jusque très tard dans la nuit.

Ça a quel goût, 
le criquet? Le plat est à déguster dans la ville de Dalat.

De bon matin, avec trois autres touristes, nous partons pour un tour découverte. Après les caféiers et le village traditionnel, nous voici dans un élevage de criquets. Dans chaque bac, de petites bestioles d’âge différent s’épanouissent, jusqu’au jour fatidique où ils seront grillés et servis avec une sauce chili (ou en vente pour dix dollars le kilo). Et alors, quel goût ça a, un criquet? Les avis divergent. David l’Espagnol ne parvient pas à se faire à l’idée d’en croquer un, Annemarie la Hollandaise passe son tour, Heidi la Suissesse intrépide a déjà mangé le sien. Après la première impression désagréable de mordre dans du pop-corn, nous sommes finalement séduits par sa saveur légèrement salée. L’étape suivante nous amène dans un parc d’attraction ultra kitsch. On peut s’y promener à dos de cheval, d’éléphant… ou d’autruche. Chiche. Cela ne se révèle pas aussi simple que prévu, car l’autruche essaie constamment d’écarter ses ailes pour nous désarçonner.

Le lendemain, nous montons dans le petit train qui effectue les sept kilomètres séparant Dalat et Trai Mat. Ce tronçon, qui fait partie de la ligne Dalat - Thap Cham (84 km), construite par les Français entre 1903 et 1932, est le dernier à être encore utilisé. Le reste a été laissé à l’abandon après la guerre civile. Les wagons sont d’époque, avec des banquettes en bois qui se font face. La locomotive à vapeur –une Esslingen!– a laissé sa place à un modèle diesel et coule une paisible retraite. La réfection totale du tracé est à l’étude, ainsi qu’une connexion à la ligne Hanoï - Hô-Chi-Minh-Ville.

Le voyage vietnamien se conclut par deux jours passés dans le delta du Mékong , au son du clapotis de l’eau. Au marché flottant de Can Tho, à deux pas de la maison de Marguerite Duras, chaque bateau vend des exemplaires d’un unique légume, qu’il accroche à son mât afin que les embarcations identifient son contenu. L’ultime soirée se déroule dans une maison au bord d’un confluent du Mékong et a le goût de l’alcool de riz. Tous les voisins sont là et les frontières tombent.

© Migros Magazine – Emmanuelle Martin

Photographe: Istockphoto,