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27 décembre 2011

2012, l’année de toutes les catastrophes

Les prévisions apocalyptiques, popularisées par le film de Roland Emmerich, ont déjà débuté dans les années 80, dans la mouvance New Age. Les explications de Jean-François Mayer, spécialiste des «religiosités parallèles».

Tableau illustrant la fin du monde de Bruegel l'Ancien.
La fin du monde, un chaos (ici, un tableau de Bruegel l'Ancien) ou le début d'une nouvelle ère? Les discours sur la fin des temps divergent. (Photo: Getty Images)

Si la fin du monde n’est pas pour demain, les prévisions quant à son arrivée ne datent pas non plus d’hier. L’apocalypse prédite de tous côtés pour le 21 décembre 2012 serait la 183e annoncée «depuis la chute de l’empire romain», selon l’historien Luc Mary. Sous la forme aussi bien d’une destruction totale de la planète que d’un passage de l’humanité à une ère nouvelle.

Ce qui semble en tout cas distinguer cette fin du monde là des précédentes, c’est la multiplication des cataclysmes. «Dans les chaos annoncés auparavant, on évoquait une seule catastrophe à la fois mais cette fois, on y a tout mis et on arrive à un incroyable gloubi-boulga», note Alain Cirou, directeur du magazine Ciel et Espace.

A des phénomènes constatés – réchauffement de la planète, fonte de la calotte glaciaire, tsunamis – s’ajoutent des scénarios pourtant tous décrétés farfelus par les scientifiques: inversion des pôles terrestres, collision planétaire, engloutissement par un trou noir, alignement des planètes et on en passe.

On pourra se demander à quoi riment toutes ces prévisions catastrophistes. Pour l’historien Jean-François Mayer, spécialiste des développements religieux dans le monde contemporain et fondateur de l’Institut Religioscope à Fribourg, elles nous révèlent «le développement dans notre environnement spirituel d’une nébuleuse d’imaginaires post-chrétiens», qu’il appelle «la religiosité parallèle» et qui s’est notamment cristallisée sous le terme de New Age.

Lequel connote la croyance «qu’après plus de 2000 ans sous le signe astrologique des Poissons, notre planète va entrer dans le signe du Verseau» et connaître l’avènement d’une «civilisation caractérisée par des sentiments de paix et une relation plus ­équilibrée avec la nature.»

Un avènement parfois «aux accents millénaristes, parfois catastrophistes, plusieurs interprétations n’excluant pas la possibilité de bouleversements accompagnant ce processus». De la même manière que le millénarisme chrétien «incluait des turbulences planétaires accompagnant le passage vers le royaume de Dieu sur terre».

Mais cet avènement d’un monde meilleur semblant tarder à se concrétiser, la mouvance New Age, florissante à la fin des années 1980, avait paru depuis se recentrer sur la simple transformation des consciences individuelles. Jusqu’à ce qu’arrivent «toutes ces discussions et attentes» autour de 2012», dont la popularisation servirait, selon Jean-François Mayer, à revivifier «la grande espérance New Age de transformation collective et pas simplement comme aspiration à l’épanouissement individuel».

Mais pourquoi précisément 2012? Si la fortune du thème est récente et date du film de Roland Emmerich, l’idée vient de plus loin. De 1987 précisément et d’un homme: l’Américano-Mexicain José Argüelles. Qui explique que «nous avons besoin d’une transformation de notre mode de vie» et annonce un nouveau cycle, «la synchronisation postgalactique qui suit l’an 2012».

Les Mayas utilisaient des calendriers très élaborés. Illustration: Lukiyanova Natalia
Les Mayas utilisaient des calendriers très élaborés. Illustration: Lukiyanova Natalia

La fin d’un très long cycle dans la civilisation maya

La civilisation maya avait élaboré plusieurs calendriers. Celui utilisé par Argüelles pour désigner 2012 comme l’année fatidique existe, redécouvert par des travaux d’archéologues, et dans lequel il semble en effet que «2012 correspond à la fin d’un cycle de 144 000 jours, soit 394 ans et la fin d’une période de 13 cycles de 144 000 jours.»

Mais, raconte Jean-François Mayer, «c’est du propre aveu d’Argüelles un calendrier revu et corrigé pour les besoins de la cause, un calendrier galactique différent du calendrier maya indigène».

Et même si l’interprétation du calendrier par Argüelles était exacte, «cela ne prouverait strictement rien, à moins de décréter que les Mayas soient automatiquement détenteurs de la vérité».

Ceux qui parlent de 2012 ne reprennent pas tous le schéma d’Argüelles. Mais le cœur du récit est «la conviction que les Mayas avaient atteint un niveau de sagesse élevé, que leurs calendriers très élaborés indiqueraient la fin d’un cycle et un tournant crucial pour l’humanité en 2012 ou autour de cette année».

Des Sumériens aux indiens Hopi

Outre les Mayas d’autres cultures ont été appelées à la rescousse pour faire de 2012 l’année de tous les dangers, «comme les prophéties des indiens Hopi, ou la planète Nibiru, connue des Sumériens, et qui serait pour l’instant invisible en raison de sa position, mais passerait tous les 3600 ans à côté de la terre provoquant de sévères bouleversements». Une planète bien pratique qui permet d’expliquer «aussi bien le déluge que la disparition de l’Atlantide».

«Nombreux sont ceux pour qui l’imaginaire chrétien ne fait plus sens.

Derrière ces fantasmagories, on retrouverait la vieille aspiration millénariste à un monde nouveau et donc à la disparition du monde actuel. «Sauf, précise Jean-François Mayer, que pour beaucoup de nos contemporains, l’imaginaire chrétien ne fait plus sens. L’aspiration à un monde idéal va donc trouver d’autres canaux d’expression.» Dont ceux d’une sorte de «religion à la carte» que propose en pagaille le Nouvel Age.

Auteur: Laurent Nicolet