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30 mars 2015

360 000 mètres pour ses 60 ans

Postier à Prangins (VD), Daniel Perler est surtout un alpiniste chevronné, appartenant au club fermé des «seven summits». En mai, après déjà 38 sommets de la cordillère des Andes à son actif, il repart en Bolivie et au Pérou pour boucler son pari un peu fou. Avec une énergie et une soif de découverte intactes.

Daniel Perler grimpant sur une échelle dans sa cave
Daniel Perler est prêt à atteindre tous les sommets!

Soixante sommets de 6000 mètres et plus situés en Amérique du Sud pour ses 60 ans. Plus qu’un défi, la concrétisation d’une vie à aimer les montagnes d’ici et (surtout) d’ailleurs. «Il y a de nombreux très beaux sommets dans nos Alpes, et j’en ai bien sûr fait beaucoup, tout comme je me balade souvent dans le Jura tout proche.

Mais quand on a goûté au dépaysement total et à des moments uniques dans des endroits où on n'aurait jamais mis les pieds, on devient accro.»

Début mai, Daniel Perler s’envolera pour deux mois. D’abord à La Paz, en Bolivie. «Le pays renferme treize sommets de plus de 6000 mètres. Il m’en reste deux à gravir, et ensuite, en compagnie de mon guide argentin, ce sera direction le Pérou.» Trois mois en 2012, six semaines en 2013 et un mois l’année dernière: 38 ascensions (même 39 en comptant l’Aconcagua où il est allé… quatre fois déjà) réussies pour ce postier de Prangins, qui court tous les matins pour garder une forme qu’il a visiblement excellente.

«Evidemment, je n’ai plus la vitesse d’il y a trente ans. Mais l’endurance, elle, va plutôt bien. Avec l’expérience, j’ai appris à bien me connaître. En haute montagne, c’est loin d’être un détail.»

A 60 ans (depuis le 6 mai 2012), Daniel Perler parle des hauteurs toujours avec autant de passion. S’accommodant très bien de la solitude dans l’effort, toujours en attente de nouveaux départs, il n’aime rien mieux que de rentrer auprès des siens «dès que le disque dur est plein».

Et de partager ce qu’il a vécu, notamment à travers des présentations ou des conférences où il est régulièrement invité. «On m’y demande souvent pourquoi je pars encore. Je pense profondément que chacun devrait avoir un horizon et un but dans la vie:

Lorsque je suis dans les écoles, je commence toujours par demander à un jeune quel est son rêve. A cet âge, chacun en a un. Je leur dis de bien les conserver, de ne jamais les perdre de vue.»

Son chemin de vie à lui s’est longtemps appelé seven summits. Il lui aura fallu vingt-neuf ans pour vaincre les plus hautes montagnes de chacun des continents. «Tout a commencé en 1979. J’avais 28 ans et j’étais membre de la section de la Dôle du Club Alpin Suisse (CAS). Lors d’un traditionnel souper d’automne, un membre a dit qu’il partait l’année suivante en Alaska pour le mont McKinley, le plus haut sommet d’Amérique du Nord. Jusque-là, j’avais fait plusieurs 4000 mètres dans notre région. Mais j’ai tout de suite été partant.»

Une aventure inoubliable, qui en a tout de suite appelé beaucoup d’autres. «Mes enfants avaient alors 6 et 8 ans,

ce genre d’expédition n’était pas aussi courant qu’aujourd’hui, c’était donc un peu difficile pour ma famille. Depuis lors, ils se sont largement habitués,

sourit Daniel Perler. En 1982, l’Aconcagua lui résiste, mais il faut dire que le groupe s’était trompé de saison. «Arrivés en mars, nous avions trois mois de retard sur le calendrier idéal. Après treize jours de chutes de neige, nous avons dû nous résoudre à rebrousser chemin sans atteindre le sommet.

Je reste quelqu’un de prudent et je pense que ressentir une certaine appréhension est indispensable pour ne pas prendre des risques inconsidérés.»

Il sait qu'il suffit d’attendre: le point culminant d’Amérique du Sud sera ainsi vaincu deux ans plus tard, en 1984, avec le même ami et à travers une expédition sponsorisée par le CAS.

Parmi les souvenirs les plus marquants, le postier cite encore l’Antarctique et son mont Vinson en compagnie de banquiers passionnés de montagne. «Nous avons fêté Noël là-bas, c’était magique.» Ou encore l’Everest, où notre aventurier mettra près de quarante-neuf jours à s’habituer à l’altitude avant de parvenir à monter sur le toit du monde. Et naturellement le Puncak Jaya (Océanie) où, à 57 ans, Daniel Perler devenait membre du club (assez fermé tout de même) des seven summits.

«Quand tu auras enfin atteint le sommet de la haute montagne, continue à grimper», conseille un proverbe tibétain dont Daniel Perler – qui a naturellement gravi le Shisha Pangma, le seul 8000 mètres entièrement situé au Tibet – a fait sa devise. Toujours en forme et avide de nouveaux horizons, fasciné par l’Amérique du Sud, il poursuit donc. «Cela prend un peu plus de temps que prévu en raison des grandes distances à parcourir sur place, et des cartes souvent imprécises. Mais au moins, on n'y croise pas grand monde.»

La fin de cette aventure est prévue l’année prochaine avec le Chimborazo (Equateur). Mais déjà, notre homme caresse d’autres projets.

Texte © Migros Magazine – Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: François Wavre