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12 septembre 2014

«65 mètres carrés. Ni plus. Ni moins.»

La chronique de Xavier Filliez, un Suisse expatrié à New York.

Entrée d'immeuble
Après trois semaines de recherches seulement (mais avec l'aide d'un agent immobilier), la famillle est parvenue à dénicher un appartement.

Bon. Vous avez vos billets d’avion. Passeports et visa. Vous avez résilié vos abonnements et envoyé bouler Billag, poliment démissionné de votre job, collectionné les au-revoir, les bitures et les embrassades, atterri à JFK. Et vous vous dites que vous êtes un aventurier. Vas-y, Christophe Colomb, fais-nous rêver!

700 square feet. C’est ce qu’on a pu s’offrir à Park Slope, Brooklyn, après trois semaines dans une sous-location. Ni plus. Ni moins. 65 mètres carrés. Pour moi, mon épouse, les deux gosses. Voilà voilà. Vous vouliez du rêve? Tapez «Price; 2BR (two bedroom); Park Slope; Brooklyn» dans Google pour être durablement assommé!

Depuis le 1er septembre, nous vivons donc, ma famille et moi, sur St-John’s Place, une charmante petite rue comme dans le Cosby Show. Pour les ronchons et mon banquier, oui, c’est petit, mais c’est douillet. D’accord: c’est très petit. Mais très douillet. Emménagement absolument chaotique,
passons, je vous raconterai dans une prochaine chronique!

Une nouvelle vie commence, pour les enfants de Xavier aussi!

N’empêche, Robert, l’agent immobilier qui nous a trouvé ce palais, a bien travaillé. C’est à vingt
secondes de la 5th Avenue, bars, commerces et restaurants. Branché et abordable, surtout
branché. A cinq minutes A PIED de la future école de nos enfants, (PS 133, on en reparlera aussi de celle-là…) Et à peine plus de la première bouche de métro qui vous téléporte à Soho en un
quart d’heure.

L'emménagement dans le nouvel appartement.

Et puis, grâce à Robert, on saura quoi faire de la monnaie qui traîne dans nos poches. Tous ces
«quarters» qu’on sème dans le bus ou dans les sièges de cinémas, on les collectionnera. Pour la
«laundry» QUI N’EST PAS DANS L’IMMEUBLE! Vous savez, la lessive, le tambour, le lavoir à la chaîne, la rue, les sacs en bandoulière. L’idée d’être un mulet en pleine canicule. Craindre l’hiver, ne plus changer de culotte.

Estelle, ma femme, n’est pas ravie-ravie, mais je pense qu’elle s’y fera. Robert, lui, a pu s'offrir un week-end à «Eagle River, Wisconsin». Il nous a pris 4000 $ pour les visites et le contrat de bail à loyer. J’aurais dû faire «broker», pas journaliste. Estelle pense-t-elle pareil? Elle aurait dû épouser un «broker» new-yorkais, pas un immigré écrivain?

Lorsqu'on déménage sur un autre continent, il faut savoir conserver l'essentiel...

Voilà, très brièvement, mes états d’âme, après quelques semaines de séjour dans la Grande Pomme. Où tout va très vite. On a trouvé l’appartement en quatre jours. Christophe Colomb avait dit un truc du genre: «On ne va jamais aussi loin que lorsque l’on ne sait pas où l’on va». Moi, je sais où je vais maintenant. Faire la lessive en bas de la rue. C’est pas loin mais c’est déjà un peu l’aventure, je vous jure.

© Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez