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30 mars 2015

Elevage de perches irlandais

Les frères Fryday maîtrisent l’art délicat de l’élevage des perches. Micarna, une entreprise du groupe M-Industrie, entend profiter de leur savoir-faire en prenant part à leur exploitation irlandaise. «Migros Magazine» s’est rendu sur place.

Les frères Fryday
Pionniers de l’élevage 
de perches: les frères Philip et Andrew Fryday.

Les trente-six tentes en plastique juxtaposées les unes aux autres ressemblent à de petits hangars. Leur bâche vert foncé est renforcée par un textile non-tissé très isolant. A l’intérieur règnent une chaleur humide et une odeur de terre.

Dans cinq des ces halles, les frères Fryday, Philip et Andrew, élèvent des perches, une espèce qui compte parmi les préférées des Suisses. Les trente-six bassins grouillent de près de 500 000 poissons à divers stades de développement, allant de la larve aux spécimens de 15 mois prêts à être vendus.

L’élevage de perches est situé à Clune au sud de l’Irlande.
L’élevage de perches est situé à Clune au sud de l’Irlande.

Les Fryday sont à l’origine éleveurs de moutons et producteurs de champignons de Paris, dont ils livrent chaque semaine jusqu’à 19 tonnes au Royaume-Uni. Par ailleurs, 300 moutons paissent dans les prés de leur exploitation agricole de Clune, au sud de l’Irlande.

C’est par nécessité que les deux hommes sont devenus pisciculteurs: «Comme les prix de nos champignons chutaient tandis que les salaires augmentaient, nous avons dû chercher de nouvelles activités et sources de revenus, explique Philip Fryday. Nous avons tenté les poules, les dindons, les arbres, les fraises, mais rien de tout cela n’a vraiment fonctionné ni généré de réels profits. Nous avons donc essayé les poissons, car nous disposons de notre propre eau de source.»

Dans les halles assombries se trouvent trente-six bassins avec en tout près de 500 000 perches.
Dans les halles assombries se trouvent trente-six bassins avec en tout près de 500 000 perches.

L’élevage de poissons sauvages est tout un art

Totalement novices dans le métier, Philip et Andrew ont porté leur choix sur la perche en 2007 et se sont lancés dans l’aventure. Mais il a fallu attendre 2011 pour que l’exploitation trouve vraiment son rythme de croisière. Car la reproduction, l’élevage et l’engraissement d’une espèce aussi exigeante est tout un art. «Nous avons certes reçu des conseils de l’Etat, mais il a fallu trouver par nous-mêmes, à tâtons, les réponses à nos questions sur l’alimentation, la lumière, la qualité et la température de l’eau. Nous avons donc appris sur le tas», assure Philip. Tous deux ont ainsi découvert que la distribution de nourriture ne devait pas être automatisée, mais effectuée manuellement, ce qui permet de vérifier en même temps que le fond du bassin n’est pas jonché de résidus.

Et comme les jeunes poissons ne gobent que des proies vivantes, les frères ont conçu une installation qui anime les aliments inertes: ceux-ci s’agitent alors sous l’effet des courants, prenant l’allure des petits animaux dont les perches sont friandes.

L’eau pour les poissons est purifiée en permanence

Les Irlandais ont dû faire preuve d’une bonne dose de créativité et de patience, et investir beaucoup de temps et d’argent. Les 100 000 euros qu’ils ont de plus déboursés chaque année ont eu raison de leur budget. Philip Fryday affirme même sans détour qu’il s’agit d’une affaire à perte – d’autant qu’il n’existe pas de marché de la perche en Irlande.

La propreté joue un rôle prépondérant: les restes de nourritures sont aspirés plusieurs fois par jour.
La propreté joue un rôle prépondérant: les restes de nourritures sont aspirés plusieurs fois par jour.

Outre les coûts de personnel, ce sont les frais d’électricité pour la préparation de l’eau qui génèrent les dépenses les plus importantes. En permanence purifiée dans un circuit fermé respectueux des normes écologiques, l’eau est ensuite redirigée vers les bassins à poissons. L’eau de source compense uniquement l’évaporation et les eaux usées, qui finissent au compost avec les matières fécales. L’argent manquait également pour rembourser les investissements et financer les travaux: et pour cause, les hangars ont été conçus pour cultiver des champignons, pas pour élever des poissons.

Objectif: produire des perches en Suisse

Si les frères Fryday ont déjà pensé à tout arrêter, ils ont également cherché le soutien d’un partenaire. Ils l’ont trouvé auprès de Micarna, une entreprise de M-Industrie, et plus précisément en la personne de Rüdiger Buddruss, responsable de la division Seafood. Celui-ci aide actuellement les éleveurs irlandais à répondre à une exigence de Migros: être en mesure de proposer tout au long de l’année aux clients de l’enseigne une offre fiable et constante selon des critères de production durable et de traçabilité garantis.

Etant donné que les pêcheurs attrapent toujours moins de perches dans les lacs suisses, on se trouve confronté à une pénurie. Ce phénomène s’explique par la qualité de l’eau: aujourd’hui, les poissons ne trouvent plus suffisamment de nutriments dans les lacs et les cours d’eau purifiés et les populations se réduisent.

«J’ai connu les Fryday par des contacts. J’ai ensuite visité leur installation en Irlande, leur savoir-faire unique m’a convaincu et nous sommes tombés d’accord: Micarna leur a racheté le stock de poissons», explique Rüdiger Buddruss. Micarna a en outre dépêché sur place Tim Gottschalk, biologiste expérimenté spécialiste de la pêche, afin de mutualiser les savoir-faire.

A l’automne, les poissons seront transportés vers une nouvelle installation-test plus vaste à Kirschau près de Dresde (D).

Les Irlandais conserveront un stock de perches, au cas où des difficultés surviendraient en Allemagne. Car il s’agit d’une expérimentation, d’un essai-pilote au caractère incertain. «Nous voulons acquérir des connaissances, mais l’issue de l’opération est sans garantie», comme l’affirme Rüdiger Buddruss.

L’ambition affichée est cependant que Micarna puisse un jour produire des perches en Suisse, dès qu’une main-d’œuvre spécialisée et l’infrastructure ad hoc seront disponibles. Ainsi, ce poisson redeviendra une espèce locale, comme cela était le cas il n’y a pas si longtemps.

Auteur: Daniel Sägesser

Photographe: Jorma Müller