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9 janvier 2012

«J’étouffais sous cette perruque»

Au cours de son combat contre un cancer du sein, la Neuchâteloise Sandrine Schwab a perdu ses beaux cheveux bouclés. Une épreuve traumatisante que cette maman de cinq enfants a surmontée en dessinant «Razetacouette», son alter ego chauve et rigolo.

«Je crois que je n’ai jamais été autant heureuse de ma vie que le jour où mes cheveux ont repoussé.»

Le sourire de Sandrine Schwab fait immédiatement oublier les bourrasques de vent froid et de pluie réfrigérante qui balaient le village de Lignières (NE). Son logis – une ancienne grange transformée en appartement – est à son image: accueillant, chaleureux, plein de vie. On peine à imaginer que cette mère de cinq enfants était totalement raplapla il y a encore quelques mois de cela…

Deux mois après la chimiothérapie.
Deux mois après la chimiothérapie. (Photo LDD)

«J’ai appris que j’avais un cancer du sein en février 2010.» Quand ce terrible diagnostic tombe comme un couperet, cette Neuchâteloise a 37 ans et est persuadée qu’elle est foutue, condamnée. Elle a peur et ne comprend pas ce qui lui arrive: pourquoi les pinces du crabe se sont-elles refermées sur elle justement? «Moi qui étais toujours en bonne santé, pleine d’énergie, débordante d’optimisme!» Mais cette femme n’a pas le temps de se poser mille douze questions: la tumeur qui grandit, grandit doit être extirpée sans délai. Sept heures sur le billard. Une greffe de peau qui s’infecte. Nouvelle opération. Et enfin, le traitement, long et intensif. Dix-huit chimiothérapies, à raison d’une toutes les trois semaines, suivies de quelques séances de radiothérapie.

Sandrine Schwab se souvient du fauteuil bleu de l’oncologie, du liquide rouge qui coule à travers le port-à-cath, de cet affreux goût de métal dans la bouche, des douleurs, des nausées, de cette grosse fatigue qui l’oblige à remiser pour un temps sa panoplie de «supermaman». «Essayer d’avancer, de relever la tête quand ça va mieux… de sourire pour que les enfants ne soient pas tristes… voilà la vie que j’ai vécue durant presque une année», résume-t-elle sur son site internet.

Avec une perruque.
Avec une perruque.(Photo LDD)

Et puis, et puis, il y a la disparition de sa belle et longue crinière. «On m’avait prévenue: trois semaines après la première chimio, les cheveux tombent. Moi, j’ai supplié pour que ça n’arrive pas, j’espérais vraiment un petit miracle.» Son vœu ne sera pas exaucé. Comme annoncé, les boucles blondes, dont elle est si fière, commencent à se détacher de son crâne par poignées. En trois, quatre jours, sa chevelure n’est déjà plus qu’un souvenir. «Vos cheveux appartiennent désormais au passé», lui assène la coiffeuse qui achève de lui raser la tête à la tondeuse. «Quand je me suis regardée dans le miroir, j’ai vu mon frère! Ce n’était plus moi, je ne me reconnaissais pas, j’avais l’impression d’avoir perdu mon identité, d’être transparente, je me détestais!»

Cette boule pratiquement à zéro, c’est la partie visible de la maladie. «J’avais honte à l’idée de devoir affronter le regard des autres, je me sentais comme une lépreuse, j’avais juste envie de disparaître.» Afin de passer inaperçue, cette trentenaire se coiffe d’une perruque taillée sur mesure. «Les foulards me vont bien, mais ça fait tout de suite penser au cancer.»

Après la repousse des cheveux.
Après la repousse des cheveux.(Photo LDD)

Le dessin comme thérapie

Débute alors une relation amour-haine entre Sandrine Schwab et ce qu’elle appelle sa «peau d’âne». «J’étouffais sous cette perruque, j’aurais voulu lui mettre le feu. Vous savez, c’est vraiment très inconfortable à porter.» Parler de ses soucis à une psy ne la soulage guère, alors elle se saisit d’un crayon et d’un petit cahier et se met à dessiner, à se dessiner. «Toi, je te fais chauve et moche!» Razetacouette, son double de papier, son alter ego rigolo, était née.

«J’ai pu lui confier les aventures les plus folles qui me passaient par la tête comme les pires mésaventures vécues avec ma perruque. Et petit à petit, je me suis mise à rire de ce qui me faisait pleurer. Ça a été une véritable thérapie.» Pas seulement pour elle d’ailleurs, mais également pour son mari et leurs cinq enfants. L’humour est décidément le meilleur des antidépresseurs.

Aujourd’hui, une année après la fin de son traitement, Sandrine Schwab a retrouvé l’entier de son sourire, une bonne partie de son dynamisme et sa toison, même si celle-ci est un poil moins fournie et frisée qu’auparavant. «Je crois que je n’ai jamais été autant heureuse de ma vie que le jour où mes cheveux ont repoussé.» Quant à sa perruque, après neuf mois de bons et loyaux services, elle a terminé son existence à la poubelle. «C’est le sort qu’elle méritait!»

Auteur: Alain Portner

Photographe: Xavier Voirol