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29 janvier 2016

«Snowzilla» à l’est, bikini au Far-West

La chronique de Xavier Filliez, journaliste exilé à New York.

Motel en Arizona
Phoenix, Arizona, 25 janvier, 23 degrès la journée. New York et "Snowzilla" sont si loin.

Il a donc fallu que je n’y sois pas. L’an dernier à la même époque, alors que New York se barricadait et que, par millions, on prenait d’assaut les groceries stores avant l’arrivée d’une tempête historique – métros en stand-by, écoles fermées, Manhattan à demi morte – il avait neigé genre 5 centimètres dans la Grosse Pomme.

Cette année, à peine mon avion a-t-il quitté le tarmac de JFK que le blizzard arrosait abondamment la côte Est. Rien pour moi. 68 centimètres pour Central Park. «Jonas», ainsi prénommée par les météorologues, devenue «Snowzilla» pour les médias, est la «deuxième tempête la plus forte de l’histoire depuis 1869», juste après celle de 2006.

Sur le parking d'un gun show (Foire aux armes), les disciples de Trump chargent Hillary Clinton dans un langage fleuri.

Assistant, de loin, à cette arrivée tardive de l’hiver, entre la banquette de ma voiture de location et mon Motel 6, je me fais deux réflexions sur ce branle-bas de combat. La première: pourquoi ce qui partout ailleurs, Stockholm, Helsinki, Moscou, les Mayens-de-Chamoson, est annoncé comme une grosse chute de neige, est perçu, aux Etats-Unis, comme un cataclysme?

La deuxième réflexion est directement liée au lieu où je me trouve: Phoenix, Arizona. Le désert à perpétuité. Les cactus. Un climat subtropical flirtant avec les 25 degrés. Le Mexique à deux heures, que les radios et les bars à tacos nous annoncent à chaque coin de rue. Tout cela rappelle de façon assez brutale l’immensité et la diversité de ce pays splendide et décadent.

Il est ici, le Far West, à six heures de New York. Au royaume de l’«open carry», des flingues à la ceinture qu’on achète chez Walmart. Déambuler quelques heures sur le parking d’un gun show (foire aux armes) vous donne un bon aperçu du climat politique aussi: les t-shirts «Impeach Obama» (Inculpons Obama) côtoient les autocollants «Trump that bitch» (intraduisible mais peu valorisant pour Hillary Clinton à laquelle on préfère le magnat de l’immobilier new-yorkais pour la course à la présidence).

L'Amérique multiple: d'un coffee shop de Brooklyn à un diner de Prescott (AZ).

Sans le moindre doute, ceux qui barbotent dans la piscine de mon motel low budget ou taillent la route dans leur pick-up truck à grosse cylindrée n’ont pas grand-chose en commun avec mes voisins de Brooklyn. Ils ne craignent pas la neige. Ils ont la peau tannée. Un flingue, une grosse bagnole: c’est leur passeport pour la liberté.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez