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3 juillet 2016

A 19 ans, Julia Gosse clone un de ses gènes

Pour son projet portant sur les enjeux éthiques d’une telle expérience, la collégienne genevoise Julia Gosse a été récompensée lors d’un concours scientifique ouvert aux jeunes suisses.

Montage de trois portraits de Julia Gosse sur une même photo
Au cours de son étude, Julia Gosse s’est rendu compte des implications positives du clonage.

Future scientifique de renom, Julia Gosse? Pas forcément: la collégienne genevoise de 19 ans n’a pas encore de plan précis concernant son futur métier. Il n’empêche qu’en avril dernier, elle a bel et bien été distinguée lors du concours national organisé par la Fondation La Science appelle les jeunes (lire encadré), avec la mention «excellent». Son projet: explorer les enjeux éthiques du clonage d’un de ses gènes.

Un sujet polémique, qu’elle a empoigné avec ardeur et détermination, tout d’abord dans le cadre de son travail de maturité: «Dès que j’ai commencé à étudier la biologie, j’ai été passionnée, surtout par la génétique, explique-t-elle.

Je voulais choisir un thème qui me permettrait de travailler en laboratoire, pour voir si ça me plairait à long terme.»

Très vite, l’idée du clonage s’impose à elle. «C’est un domaine très connoté, qui relève presque de l’interdit. On pense tout de suite aux films de science-fiction, aux OGM, à Monsanto. D’ailleurs, j’avais moi aussi des préjugés… Mais j’étais très intéressée par le côté éthique.»

Epaulée par Pierre Brawand et Vincent Menuz, deux enseignants du Collège Rousseau où elle fait ses classes, en option… latine (!), Julia est mise en contact avec le laboratoire de Karl Perron, à l’unité de microbiologie de l’Université de Genève. «Dans un premier temps, je m’étais imaginé pouvoir créer un fraisier bleu! Mais on m’a expliqué que cela nécessiterait trop de temps. Finalement, je me suis rendu compte que dupliquer un de mes propres gènes apporterait une touche beaucoup plus personnelle à mon travail.»

Un choix audacieux

Parmi ses proches, le projet ne convainc guère: «On me disait, tu vas te retrouver avec un double de toi-même, sourit-elle. Mes parents ont quant à eux déclaré qu’une seule Julia, c’était bien assez suffisant…» Mais la jeune fille s’obstine et opte même, parmi les propositions du laboratoire universitaire, pour un gène activé uniquement dans les testicules! «Il est présent chez la femme, mais n’est pas exprimé.

Au point de vue éthique, c’était encore plus intéressant, j’étais sûre de retenir l’attention. Et puis, ça titillait mon côté féministe.»

Elle se lance alors dans un marathon de dix mois: cent cinquante heures de boulot, en sus de ses cours et de ses examens. «Après un travail très technique en laboratoire, j’ai passé énormément de temps sur la partie philosophique. Au final, je me suis retrouvée avec un texte de 25 000 mots, alors que je devais en rendre 6000.

Je suis un peu perfectionniste, et je tenais à raconter l’évolution de ma réflexion sur le clonage.»

Elle le reconnaît volontiers, elle a entamé son aventure avec une connaissance très basique du sujet, ainsi qu’une bonne dose d’idées reçues. «Au fur et à mesure, je me suis rendu compte des aspects positifs du clonage, par exemple lorsqu’il est utilisé pour créer des vaccins. Cela m’a également fait réfléchir à la responsabilité des scientifiques, lorsqu’ils s’engagent dans une recherche.»

Pendant toute la durée de son projet, la jeune fille a pu compter sur le soutien de ses trois mentors, au collège et à l’université. «Même si nous avons fonctionné comme une vraie équipe de chercheurs, Julia a été l’instigatrice, le catalyseur, souligne Pierre Brawand. Et son travail est extrêmement original.

Cloner un gène au collège, ce n’est pas commun.»

Son instant de gloire

Pas étonnant donc qu’elle ait attiré l’attention du jury lors du concours de La Science appelle les jeunes. «C’est le directeur du laboratoire universitaire qui m’avait conseillé de me présenter.» Elle ne s’attendait guère à un tel succès… ni à une telle visibilité.

«Après l’annonce des résultats, mon frère m’a appelée pour me dire de consulter l’application de 20 Minutes. Comme la nouvelle venait de tomber, j’ai vu mon visage apparaître en grand, juste au-dessus de celui de François Hollande… A part ça, c’est très gratifiant de voir son travail ainsi reconnu.»

Outre un prix en espèces, Julia a également obtenu la possibilité de représenter la Suisse cet été lors du prestigieux London International Youth Science Forum (lien en anglais). Un honneur qu’elle devra malheureusement décliner, par manque de temps.

Quant à sa carrière, comment l’envisage-t-elle? «Je ne sais pas encore. La biologie m’intéresse, mais je ne suis pas sûre que j’aurais la patience de travailler en laboratoire. Peut-être la médecine, mais plus tard. Pour le moment, j’ai d’autres plans.» En effet, matu en poche, elle créera avec un ami, à la rentrée prochaine, une petite entreprise de pressing à domicile.

C’est une période de la vie où on peut se permettre de se lancer dans des projets un peu fous!»

Texte: © Migros Magazine | Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: Guillaume Mégevand