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15 octobre 2012

«A ce soir, maman part travailler»

La reprise d’une activité professionnelle après le congé maternité rime souvent avec la première vraie séparation. Un cap parfois difficile à passer.

Une mère embrasse tendrement son fils
Les premières séparations sont une épreuve pour l’enfant mais aussi pour les parents. (Photo: Plainpicture/Verity Jane Smith)

Rose est en larmes. Au milieu des autres bébés, la petite fille de 8 mois semble inconsolable. Quelques minutes plus tôt, sa maman la confiait aux bras de la responsable de la crèche où elle va désormais deux jours par semaine. La séparation pour ce bout de chou est une épreuve. Elle l’est aussi pour sa maman, peu habituée à laisser sa fille à une tierce personne. Mais l’histoire finit bien: quelques minutes plus tard, les larmes de Rose ont séché pour laisser place à un joyeux babil. Maman n’est plus là, mais la vie continue...

Reprendre une activité professionnelle après un congé maternité rime souvent avec la première vraie séparation entre la maman et son bébé. Une étape difficile à vivre pour les mères comme pour les petits, mais pas insurmontable et qui peut même se révéler bénéfique, comme le souligne la psychologue clinicienne et psychothérapeute française Christine Brunet. «C’est l’apprentissage de l’autonomie qui commence. Les bébés comprennent peu à peu que les parents peuvent disparaître mais qu’ils reviennent toujours les chercher.»

«J’avais envie de profiter de ma fille au maximum»

L’angoisse de la séparation n’est de loin pas qu’une affaire de bébés. Les mères, et même surtout elles, sont souvent très anxieuses à l’idée de confier la chair de leur chair à autrui. Maman d’une petite Emma aujourd’hui âgée d’une année, Sophie, trentenaire lausannoise, a vécu difficilement cette séparation: «Avec ma fille, nous avons passé six mois fusionnels. Je l’ai très peu confiée à d’autres, car j’avais envie d’en profiter au maximum avant de reprendre le travail. Et un beau jour, vous devez laisser votre enfant. Ce n’est pas facile d’accepter de ne plus être la seule personne à s’en occuper. J’appréhendais ce moment. Je me disais: vont-ils bien la nourrir, les soins seront-ils faits correctement, l’accueil sera-t-il adéquat, recevra-t-elle assez d’affection?»

Quand le pic d’angoisse survient après la première séparation

«Autant de questions tout à fait normales mais qui ne doivent pas se muer en angoisse chronique, prévient Christine Brunet. Il est important que la maman ait confiance en la personne ou l’institution qui garde son enfant, sinon ce dernier ne se sentira lui-même pas en sécurité.» Et puis, ajoute-t-elle, il n’est pas interdit de trouver du positif dans cette séparation. Bien au contraire. Une maman heureuse de reprendre une vie active, de se réaliser dans son travail, est un aspect tout aussi positif pour l’enfant. Quant à la culpabilité ressentie par de nombreuses mères, elle est dans beaucoup de cas davantage le reflet de leurs angoisses. Car après tout, qui dit que leur tout-petit ne vit pas bien ces heures passées hors du giron maternel?

Avec les premières séparations, c’est l’apprentissage de l’autonomie qui commence. (Photo: Keystone/Leaf/Silke Wernet)
Avec les premières séparations, c’est l’apprentissage de l’autonomie qui commence. (Photo: Keystone/Leaf/Silke Wernet)

A l’inverse, alors que tout semblait aller de soi à 6 mois, crises de larmes et anxiété font leur apparition chez certains petits entre 8 et 18 mois, plongeant les parents dans le plus profond désarroi. C’est ce que l’on nomme «l’angoisse du 8e mois». Elle apparaît lorsque l’enfant prend pleinement conscience qu’il est un être à part et qu’il fait la différence entre les personnes qui lui sont familières et les autres. La séparation devient dès lors angoissante, car le fait qu’elle prendra fin n’est pas encore intégré. Il se peut aussi que cette angoisse resurgisse plus tard, quand bien même il n’existe pas de règle, certains bébés ayant davantage de sécurité intérieure que d’autres.

Maman d’Anna, aujourd’hui âgée de 11 ans, Elisabeth se souvient d’avoir eu très peur de laisser sa fille les premiers mois. «Avec le recul, je me rends compte que j’étais plus angoissée que ma fille, et c’est vers 2-3 ans que la séparation est devenue beaucoup plus difficile. Cela m’a culpabilisée, car Anna pleurait dès que je la laissais avec une baby-sitter.»

Des questions normales qui ne doivent pas se muer en angoisse.
– Christine Brunet, psychologue

Si voir son enfant pleurer au moment du départ est difficile à vivre, il est essentiel de ne pas dramatiser, ni de prolonger les au-revoir (lire ci-contre). Tout comme il est déconseillé de parler à son bébé au téléphone dans la journée, rappelle Christine Brunet: «Des mamans pensent qu’entendre leur voix va rassurer leur enfant, mais c’est l’effet inverse qui se produit, ce dernier ne pouvant ni voir ni toucher sa mère.» Et même si les bébés font parfois «un peu payer» à leurs parents leur absence en ne manifestant pas de joie particulière à leur retour, rien ne sert de se vexer, ajoute- t-elle. «Il est important de parler à son enfant, de le regarder avant de le prendre dans ses bras.» Idem s’il fait mine de bouder: «Cela n’est pas dirigé contre son père ou sa mère. Un enfant est rapidement bouleversé d’émotions et détourner le regard ou éviter le contact avec ses proches est une manière de s’en protéger.»

Six conseils pour rendre la séparation plus douce

Tester une première séparation en laissant son bébé d’abord quelques heures, puis un après-midi, puis une soirée. Cela peut être avec sa grand-maman ou toute personne qu’il connaît bien.

Respecter une phase d’adaptation: qu’il s’agisse d’une nounou, d’une maman de jour ou du personnel d’une crèche, votre bébé doit être introduit progressivement dans ce nouvel environnement. La règle dans les crèches et auprès des mamans de jour est en général une phase de deux emaines.

Expliquer la situation: les bébés ne sont peut-être pas doués de parole mais sont tout à fait à même de sentir une situation. Il est dès lors essentiel de leur expliquer que vous partez travailler et que vous reviendrez le soir. «Le ton de la voix est très important, précise Christine Brunet. Parlez avec une voix douce et bienveillante.»

Ne pas s’attarder: s’il est important de prendre le temps de dire au revoir à son enfant, rien ne sert d’éterniser les adieux, de surcroît lorsque le bébé pleure. La séparation n’en sera que plus difficile.

Emmener un doudou: doudou, peluche, patte imprégnée de l’odeur de sa maman: les objets familiers aident à la transition.

Avoir confiance: cela peut sembler évident mais l’anxiété prend souvent le dessus chez les mamans au moment de laisser ce qu’elles ont de plus cher. La nounou saura-t-elle interpréter les pleurs de mon enfant? Le personnel de la crèche sera-t-il assez attentif? Autant de craintes qu’un bébé est tout à fait à même de sentir et qui peuvent se révéler angoissantes pour lui.

Auteur: Viviane Menétrey