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5 septembre 2016

A chacun son caractère

La personnalité de nos enfants est-elle inscrite en eux dès la naissance? Ou peut-on espérer corriger, ou du moins adoucir, certains traits de tempérament difficiles? Pour la spécialiste Danièle Mügeli Ardia, rien n’est (complètement) joué d’avance...

Illustration humoristique d'une femme qui montre un nouveau-né à un homme qui lui demande si son caractère correspond bien au bon de commande
Les enfants ne correspondent pas toujours aux attentes des parents.

Colérique, anxieux, charmeur, boudeur, énergique, joyeux… Tout petits déjà, les enfants nous surprennent avec leurs traits de caractère bien définis. Au point que de nombreux parents s’interrogent: d’où vient à leur rejeton cet air éternellement taciturne, cette prédisposition à parler à tout bout de champ, cette étonnante capacité de concentration?

Faut-il chercher du côté de l’oncle Paul? Se lancer dans sa propre introspection? Remettre en question ses méthodes d’éducation? Ou admettre que son bambin est tout simplement né ainsi?

La personnalité n’est pas donnée à la naissance, elle se construit,

explique Danièle Mügeli Ardia, psychologue et psychothérapeute FSP à Yverdon (VD). C’est le résultat d’une rencontre entre l’individu et l’environnement. Entre l’inné et l’acquis.» Certes, poursuit-elle, chaque bébé possède son propre tempérament:

Dès les premières heures, on observe des individualités très marquées: certains nourrissons sont très toniques, d’autres dorment beaucoup, d’autres encore pleurent plus facilement que leurs semblables.»

Mais si ces caractéristiques congénitales influencent la manière dont se comporte l’enfant, de même que le bagage héréditaire transmis par son papa et sa maman, elles ne sont pas les seules à peser dans la balance. «Un petit au tempérament sanguin, prompt à exploser, ne développera pas forcément un caractère difficile. Cela dépendra aussi de la façon dont ses parents géreront la situation. S’ils sont suffisamment à son écoute, ils parviendront certainement à adoucir cette spécificité.»

Déculpabiliser les parents

Rien de figé donc dans le comportement de nos bambins. Leurs personnalités évolueront au fil du temps, en fonction de leurs caractéristiques propres et des réponses apportées par l’entourage. «C’est de cette construction que naît l’identité, l’individualité d’une personne, son caractère unique», précise Danièle Mügeli Ardia.

D’où l’importance pour elle d’adresser un message déculpabilisant aux pères et aux mères: «Certes, ils ont une influence non négligeable sur la personnalité de leur enfant, mais leur hérédité et leur éducation ne sont pas seules en cause. Leur rôle, c’est de comprendre au mieux le mode de fonctionnement de leur petit et de s’y adapter.

On dit souvent que dans une fratrie, les enfants n’ont pas les mêmes parents.

C’est tout à fait juste: ces derniers doivent faire face à des bébés aux tempéraments bien distincts et ajustent leur manière de réagir.»

Pour la spécialiste, il est également primordial de ne pas enfermer le bambin dans d’hypothétiques ressemblances avec des membres de la famille. «Bien sûr, il est tout à fait naturel de chercher des similitudes, qu’elles soient physiques ou au niveau du comportement.

C’est une manière de l’accueillir dans le giron familial, de l’y relier, et chez le petit, cela renforce son sentiment d’appartenance, indispensable à son bon développement.»

Toutefois, il s’agit d’éviter de le confiner dans un schéma négatif ou dévalorisant. «Dans le cas de parents en conflit, il est malheureusement fréquent d’entendre par exemple une mère répéter à son fils qu’il est comme son père, ce qui propose à l’enfant un repère identitaire décourageant, notamment si le papa est caractérisé de bon à rien…» 

Texte: © Migros Magazine | Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Illustrations: François Maret