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4 août 2016

Balade sensorielle à Grandson

Le sentier didactique «Nature en tous sens» offre une évasion à la fois poétique et ludique. Entre postes amusants, panneaux didactiques et sites variés, chacun y trouvera son compte.

A Grandson, il n’y a pas que le lac à admirer: le château et son fabuleux trésor des Guerres de Bourgogne valent à eux seuls le détour.

Un parcours qui fait appel à tous les sens: voilà qui est diablement tentant! Nez au vent, yeux aux aguets et oreilles grandes ouvertes, nous partons donc à l’aventure avec notre guide Xavier Fischer, co-concepteur de la balade didactique «Nature en tous sens». Premier arrêt: au pied du Château de Grandson. Un univers de pierres nous y attend, avec ses différents blocs de la région – molasse, pierre de la Molière ou du Jura, etc. – mais aussi de passionnantes explications sur leur usage. «L’esprit de ce sentier, c’est de rendre les gens sensibles à leur environnement, souligne notre guide. Il faut réaliser que tout, même le bétonnage, fait partie de la nature au sens général.» Nous traversons la route, pour partir sur la gauche, puis nous glisser entre les maisons en suivant le fléchage jaune et bleu. A droite, un petit chemin mène à des vergers et de jolis jardins: c’est l’arrêt des goûts et des senteurs.

«Le panneau a disparu, mais les vergers à gauche sont plantés sur un chemin communal. Les promeneurs peuvent donc aller y cueillir des fruits lorsqu’ils sont mûrs»,

dévoile Xavier Fischer. On pousse le portail à gauche pour longer des rangées de fleurs. Au bout des jardins, un triangle d’herbes aromatiques: le jardin des senteurs, où l’on hume thym et lavande.

Au-dessous de nous s’étend la vieille ville, qui permet à notre accompagnateur de tirer un parallèle entre l’organisation de la nature et celle de l’architecture médiévale. Nous avançons un peu pour découvrir, une centaine de pas plus loin, l’avant d’un camion pris d’assaut par les herbes. Un lieu prisé par les jeunes amateurs d’acrobaties.

Un moulin à prières incite le promeneur à faire des vœux.

A l’ombre du séquoia géant

Mais il est temps de bifurquer sous les feuillages à gauche: un raccourci à travers forêt et pâturage mène à un ancien moulin souterrain et un majestueux séquoia.

Ce champ appartenait à l’époque à une grande propriété, qui utilisait le moulin pour arroser son parc»,

explique Xavier Fischer. A l’ombre du séquoia, les branches se font à la fois balançoires et hamac. Apaisant, le bruissement de l’arbre prête à la rêverie et à la sérénité.

Encore quelques pas jus­qu’en haut de la pente, puis on se retourne pour embrasser du regard la beauté de ce petit parc hors du commun et si bien caché. Des papillons voltigent autour de nous, tandis que le chant des oiseaux rythme notre marche. Juste après avoir longé un champ, une vue spectaculaire s’offre soudain à nous: dans un magnifique camaïeu de bleus et de verts, le lac et les montagnes forment un tableau étincelant. Un poste permet d’ailleurs aux plus jeunes de «cadrer» différents éléments du paysage, afin de mieux les admirer.

Ceux qui ont encore de l’énergie peuvent ensuite continuer à droite, de manière à surplomber encore le lac durant une vingtaine de minutes avant de rejoindre ses rives. Ils trouveront sur leur route plusieurs postes d’observation aussi ludiques qu’intéressants, comme une maison-nichoir, un lieu de découverte de différentes essences de bois, ou encore des explications sur les oiseaux qui peuplent les bords du lac.

A l’Espace des quais, des plants de raisinets sont à disposition des gourmands.

Rêveries et jeux

Autre possibilité, redescendre la route sur la gauche, directement jusqu’au lac où se trouvent les derniers arrêts. Le premier dévoile le monde secret des poissons du lac de Neuchâtel et les journées étourdissantes des pêcheurs: levés à 3 h 45 pour poser leurs filets, ils terminent à 21 heures en chargeant ceux du lendemain. Une phrase qui fait du bien? Celle de Gustave Flaubert:

Les larmes sont pour le cœur ce que l’eau est pour les poissons.»

Chaque arrêt comporte la sienne, destinée à favoriser l’envol des émotions. En partant sur la gauche le long du lac, on arrive à l’Espace des quais: une belle place de jeux, qui s’intègre parfaitement au parcours grâce à sa fraîche fontaine et ses plants de meurons et raisinets, mis à disposition des papilles gourmandes.

Plus loin, l’arrêt numéro 15: celui du voyage. «On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait ou vous défait», selon l’écrivain Nicolas Bouvier. Un joli moulin inspiré des modèles tibétains incite aux vœux et aux pensées poétiques. Juste en face, la première des cinq plages de poche qui agrémentent elles aussi la balade: plage de pierre, de sable, d’herbe, de galets ou à Jufer, chacune a sa spécificité et son charme. Et chacune permet un délicieux arrêt de baignade ou de pique-nique, troublé uniquement par le clapotis du lac et les cancanements des canards.

Les bouches métalliques permettent de converser d’un bout à l’autre d’une clairière.

Mais arrachons-nous à cette quiétude pour terminer notre promenade. On pousse le petit portail à droite, pour plonger dans la fraîcheur de la forêt. C’est le royaume des bruits et craquements, et le dernier poste permet de créer soi-même des sons amusants. Qui trouvera les bouches métalliques, qui permettent de converser d’un bout à l’autre de la clairière?

On rejoint la route pour remonter au château, ce dernier nous dominant de toute sa splendeur sur fond de ciel bleu. Dernier appel des sens devant une coquette maison jaune, où des touffes de lavande en fleur attirent les abeilles. Un papillon nous escorte jusqu’au parking, prolongeant durant quelques minutes la magie de cette balade.

Texte © Migros Magazine – Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Martine Dutruit