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18 avril 2017

«C’est une manière de transmettre nos valeurs à nos filles»

Autrefois incontournable, le premier des sacrements chrétiens a reculé de moitié en un quart de siècle. Le rite a beau ne plus être à la mode, il demeure une évidence pour les croyants convaincus.

Christine et Christian Mosset (42 et 43 ans) et leurs filles Anaïs (7 ans) et Auriane (3 ans et demi), Petit-Lancy (GE)

«Baptiser nos enfants a toujours été une évidence. Mais dans notre entourage, cela ne coulait pas forcément de source, même chez mon grand-papa, pourtant pasteur. Car la tradition qui prévaut dans notre famille est celle de la présentation. Christian et moi nous sommes souvent entendu dire: ‹Pourquoi ne pas les présenter à l’église et les laisser choisir par la suite de se faire baptiser ou non lorsqu’elles seront en âge de choisir?›

Si nous avons pris la décision de les faire baptiser bébés, soit l’aînée à 4 mois et la cadette à 10 mois, c’est notamment parce que nous ne voulions pas qu’elles vivent leur cérémonie comme quelque chose que nous leur imposions, même si c’est en fait le cas. Notre choix reflète aussi notre volonté de leur transmettre les valeurs auxquelles nous croyons en leur faisant découvrir Dieu aux travers des histoires de la Bible. Et de Lui demander d’être à leurs côtés et de les protéger. Ce n’est pas que nous avons peur qu’il nous arrive quelque chose, mais le baptême a permis à nos filles d’avoir chacune rapidement un parrain et une marraine qui puisse jouer leurs rôles, en ayant une place particulière au sein de la famille.

A ceux qui estiment que nous avons choisi à leur place, nous répondons qu’elles pourront décider de confirmer ou non leur sacrement le moment venu. Les baptiser implique pour nous de les accompagner dans la découverte de la foi, c’est une sorte de devoir que nous nous imposons, car le faire par simple tradition ou suite à une attente de notre entourage n’a pas de sens à nos yeux. Nous nous sommes par exemple rendus à des week-ends ou des brunchs de famille organisés par des pasteurs et où les enfants sont les bienvenus, nous allons ponctuellement assister à des cultes. Notre fille aînée commencera le catéchisme à la rentrée et sa sœur suivra l’éveil à la foi. Si un jour elles devaient nous annoncer qu’elles refusent de confirmer leur baptême? Nous les laisserions libres de leur choix bien évidemment, mais non sans en avoir discuté avec elles afin de comprendre quelle en est la raison.»

Du côté catholique comme du côté réformé, on ne se bouscule plus pour entrer dans le peuple de Dieu: 40% de baptisés en moins pour les premiers et 50% pour les seconds en un quart de siècle. Mais cela n’empêche pas nombre de croyants de rester attachés à l’idée de voir leur enfant accueilli peu après la naissance dans la communauté chrétienne. Car au-delà de l’aspect confessionnel, tel est bien le sens du baptême, comme le rappelle Dominique Burnat, pasteur de longue date récemment arrivé au sein de la paroisse lausannoise de Bellevaux: «Ma conviction reste de percevoir ce sacrement comme un baptême opéré par Dieu. C’est la première prise de contact entre Dieu et le petit être humain qui vient d’apparaître au monde. En tant qu’officiant, je ne suis là que pour rendre ce moment solennel auprès de la communauté des croyants.»

Le baptême fait du nouveau- né un chrétien. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, le sacrement est reconnu par toutes les confessions, dont le choix n’arrive qu’en second lieu. «On devient d’abord enfant de Dieu et frère de Jésus, confirme à la cathédrale de Fribourg l’abbé Paul Frochaux. Un «protestant désirant devenir catholique devra donc montrer son certificat de baptême puis, à travers la confirmation, entrera pleinement en communion avec l’Eglise catholique romaine.»

Une Eglise qui doit se réinventer

Même si les baptêmes par pure convention sociale ou familiale semblent avoir diminué, ils n’ont pour autant pas disparu et il s’agit parfois pour prêtre ou pasteur de la première et dernière irruption d’une famille réunie au grand complet dans l’église ou le temple. Ce qui offusque d’ailleurs certains habitués. Pas Dominique Burnat. «Je crois à la Grâce de Dieu. Refuser un sacrement comme le baptême ou demander des comptes n’aurait pas de sens. Mon boulot est de préparer ce moment au mieux, de rappeler aux gens son sens et les responsabilités qui en découlent. Le reste est leur affaire et celle de Dieu.» Paul Frochaux ne dit pas autre chose, insistant sur l’importance de la préparation à la cérémonie.

Pour la pasteure genevoise et comédienne Carolina Costa actuellement en charge du Lab Church à Genève, qui a œuvré durant cinq ans à la paroisse de la Servette, l’Eglise a aussi sa part de responsabilité: «L’heure est venue de revisiter la manière d’aborder le baptême dans sa forme comme c’est le cas pour le mariage. Aujourd’hui, les gens attendent de nous un discours et un rituel qui collent à ce qui se joue dans leur vie. Je trouve qu’il est très sain de réactualiser le message de l’Evangile, car même remis au goût du jour, ce dernier ne change pas: il s’agit toujours de la célébration de la vie et de son mystère.»

Le mot baptême, du grec ancien baptein, signifie «plonger, immerger» et rappelle qu’il s’agit bien d’un rite de passage, «une entrée dans le mystère de la résurrection», pour le dire avec les mots de Dominique Burnat. L’enfant meurt symboliquement et renaît dans l’amour du Christ, laissant la mort terrestre derrière lui. Devenu chrétien, il peut «vivre selon l’Esprit de Dieu. Personnellement, je suis incapable de baptiser sans évoquer cette dimension vertigineuse. C’est pourquoi le baptême doit être vu et vécu comme un cadeau inconditionnel. Tout comme la Grâce qui est donnée si elle est demandée. Les engagements humains sont une réponse à cet amour de Dieu qui est toujours premier.» MM

Lina Margarita et Daniel Romano (34 et 32 ans) et leur fils Leonardo (1 an et demi), Lausanne

«Nous avions choisi la date du 18 septembre, car Lina Margarita est du 13 septembre et Daniel du 19. Comme un symbole entre nous deux. Nous nous sommes rencontrés en 2012 alors que Lina Margarita, qui est Colombienne, passait ses vacances en Suisse. Six mois plus tard, on s’est mariés en Colombie au civil. Une fois en Suisse, étant les deux croyants, nous avons désiré nous marier à l’église.

C’était un mariage protestant. Pourtant Daniel est originaire des Pouilles et catholique, tout comme Lina Margarita. Mais la pratique protestante, plus libre et moins carrée, nous correspond mieux. On s’est sentis tout de suite accueillis dans cette communauté réformée, alors que du côté catholique, il aurait fallu prouver les liens de Lina Margarita avec l’Eglise catholique de Colombie.

Notre mariage était le dernier du pasteur. Le baptême de Leonardo a été le premier du nouveau pasteur de la paroisse de Bellevaux. Son approche très ouverte et en même temps sa conviction dans la force du baptême nous ont tout de suite mis en confiance. Il n’y avait naturellement pas beaucoup de monde de Colombie, mais nous avons pu faire un Skype avec la famille de Lina Margarita, malgré les six heures de décalage. Nous avions aussi récité un texte autour de l’olivier, qui a une signification particulière pour nous deux. L’église était pleine, et le moment a été très intense.»

* sans l’évêché de Bâle

Flavia et Julien Süsstrunk (35 et 38 ans) et leurs enfants Marie Louise (6 ans), Anthony (2 ans) et Nathan (1 an), Lausanne

«Nous sommes tous deux protestants, croyants pratiquants. Pas forcément à l’église d’ailleurs, également à la maison, l’essentiel pour nous étant de lire la Parole. Baptiser nos enfants a toujours été une évidence. Et ce fut le cas en septembre dernier pour Nathan, notre second enfant, qui a maintenant 1 an.

Comme Flavia était membre au Brésil d’une communauté évangélique, nous voulions une cérémonie assez libre, et on a cherché un pasteur en conséquence.

Nathan signifie cadeau de Dieu. Comme notre premier bébé avait à peine 4 mois, c’était vraiment un cadeau, on n'en attendait pas un autre si tôt. Et c’est un petit garçon adorable. Lors du culte, nous avons choisi un morceau de musique, de la louange, qui exprimait la reconnaissance que nous ressentions. Il y avait beaucoup de monde et un autre baptême avant nous. Evidemment, il y avait plus de famille de mon côté, même si le neveu de Flavia, qui habite en Suisse, a pu venir avec des amis. On devait avoir une vingtaine d’invités, dont pas mal d’enfants, alors il était important que la cérémonie ne dure pas trop longtemps. Et Nathan a été très sage.

Le baptême pour nous, c’est, en plus d’un remerciement, présenter notre enfant à Dieu. Le début pour Nathan d’un chemin qui commence avec Dieu, celui qu’on lui dit être son «papa du ciel». Adulte, naturellement, il fera comme il veut. Et puis il y a l’aspect communautaire, la communion avec l’Eglise comme communauté de croyants.» MM

Auteur: Pierre Léderrey, Viviane Menétrey

Photographe: Jeremy Bierer