Archives
21 juillet 2016

A l’assaut de la falaise

De plus en plus populaires, les vias ferratas permettent aux amateurs de grimpe de s’offrir des sensations similaires à celles éprouvées en escalade. Celle de Nax en Valais se prête particulièrement bien aux débutants.

Les marchepieds sont nombreux sur la via ferrata du Belvédère. Ici, le guide Benoît Gay-Crosier.
Les marchepieds sont nombreux sur la via ferrata du Belvédère. Ici, le guide Benoît Gay-Crosier.

«C’est votre première via ferrata?» Je m’entends répondre avec un brin de fierté à notre guide du jour, Benoît Gay-Crosier: «Non, en fait j’en ai déjà fait une le mois dernier!» Bon, je l’admets: en termes d’expérience, c’est un peu léger… D’ailleurs, voilà bien pourquoi j’ai opté, en cette dernière après-midi de juin, pour un parcours spécialement recommandé aux débutants. Située à Nax (VS), la via ferrata du Belvédère permet en effet aux apprentis grimpeurs de se faire la main (et les pieds, les mollets, les biceps, les abdos...) avant de se lancer dans les variantes plus techniques ou plus physiques que recèle la région.

En attendant, il s’agira tout de même de gravir ici une paroi de 220 mètres de dénivelé… Le temps de nous arnacher – baudrier, longe double et casque de montagne – Benoît Gay-Crosier m’explique l’origine de cette activité cousine de l’escalade. «Pendant la Première Guerre mondiale, les troupes italiennes et autrichiennes ont aménagé de nombreux parcours dans le massif des Dolomites pour prendre possession de places stratégiques. Les installations sont ensuite restées sur place, et des gens ont commencé à les utiliser, pour le plaisir du sport.» Il faudra attendre toutefois les années 1990 pour que la France, suivie d’autres pays alpins, rende la pratique accessible à tous.

S’accrocher à la «ligne de vie»

A tous, certes, mais encore faut-il ne pas souffrir du vertige et jouir d’une bonne condition physique. Durée estimée du parcours aujourd’hui: une heure. «Ne vous inquiétez pas, il y a plusieurs vires en cours de route.» Pour les non-initiés, les vires désignent, dans le vocabulaire consacré, ces petites plateformes sur lesquelles il est possible de se tenir debout… et donc de se reposer!

Et pour rester sur une note linguistique, Benoît Gay-Crosier indique également un passage plus haut sur la paroi:

C’est la crux, c’est-à-dire le point le plus difficile d’un parcours. Si vous arrivez à le franchir, en principe vous n’aurez plus de problème pour la suite.»

Le moment est venu de se lancer. Ou plutôt de se hisser. Des échelons de fer (d’où le terme via ferrata, on l’aura compris) et des mains courantes permettent une ascension relativement aisée le long de la falaise. Quant à la sécurité, elle est assurée par un câble posé sur l’intégralité du parcours et portant le nom évocateur de «ligne de vie».

Même si le parcours est spécialement recommandé aux débutants, l’exercice se révèle assez physique.
Même si le parcours est spécialement recommandé aux débutants, l’exercice se révèle assez physique.

Rapidement, on prend donc le pli d’y fixer l’un après l’autre les deux mousquetons attachés à notre longe double. «Ainsi, même quand on passe d’un tronçon de câble à l’autre, on est toujours assuré», relève notre guide.

Et d’insister sur le fait qu’une chute est de toute façon à éviter:

Même si la longe est équipée d’un absorbeur de choc, l’impact peut être violent au niveau du bassin. Avec des débutants ou des enfants, il est plus prudent d’également s’encorder.»

Me voilà déjà à une bonne vingtaine de mètres de notre point de départ. Jusque-là, tout va bien. Aucun sentiment de panique à l’horizon, si ce n’est la récurrence, dans mon esprit, d’une simple question: «Et je pose où mon pied maintenant?» A laquelle je réponds en général bien vite, en apercevant une fiche – sorte de marchepied fixé à la paroi – ou une anfractuosité de la roche sur laquelle caler ma chaussure.

Ainsi que me l’avait annoncé Benoît Gay-Crosier, les vires sont nombreuses et permettent de souffler un peu, l’exercice se révélant tout de même assez physique, notamment pour les bras. «Vous n’êtes pas censée tirer dessus. Ce sont avant tout les jambes qui doivent travailler.» Plus facile à dire qu’à faire…

Jalonnant le parcours, des panneaux explicatifs dispensent de sages conseils techniques pour que l’ascension se déroule au mieux, tout en donnant quelques informations sur la nature environnante. Ainsi, à l’occasion d’une pause, on peut en apprendre davantage sur le genévrier ou le faucon pèlerin qui niche dans le coin. «L’histoire de l’oiseau est d’ailleurs liée à celle de la via ferrata, raconte notre guide, qui a participé à la construction du parcours à la fin des années 1990.

Nous avions commencé les travaux quand les milieux écologiques nous ont informés que le tracé prévu passait par une zone de nidification de cette espèce rare.»

«Nous avons donc dû changer notre fusil d’épaule.»

Un mal pour un bien peut-être, puisque le dernier tronçon du trajet initial s’avérait assez technique, alors que la version actuelle s’achève sur une sortie beaucoup plus simple, appropriée aux débutants.

Passer la crux

Mais nous n’en sommes pas encore là! Nous arrivons à présent à cette fameuse crux où, après avoir franchi un pont de singe – en jouant les équilibristes sur un câble –, il s’agit de se balancer sur le côté pour agripper la prochaine prise, sur une falaise légèrement en dévers… Ouf, je suis passée! Ne nous reste plus qu’à continuer l’ascension à notre rythme, en prenant soin de jeter de temps à autre un coup d’œil derrière nous pour admirer la vue plongeante sur la vallée du Rhône et sur le val d’Hérens.

Panneau sur le parcours de la via ferrata de Nax (VS).
Panneau sur le parcours de la via ferrata de Nax (VS).

Si le soleil a jusque-là été de la partie, voilà que des coups de tonnerre se font entendre au loin et que les nuages s’approchent inexorablement.

Bien heureusement, la pluie attendra que nous ayons atteint le sommet et son splendide panorama. Lorsque les premières gouttes commencent à tomber, nous avons déjà rejoint le sentier forestier qui nous ramène, au sec, jusqu’au parking (car une via ferrata ne s’emprunte qu’à la montée, nous rappelle un panneau à l’issue du parcours). Avant de reprendre la route, j’admire une dernière fois, satisfaite de l’effort fourni, la façade que nous venons d’escalader. Prête à attaquer ma troisième via ferrata? Tout à fait!

© Migros Magazine - Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: Gregory Collavini