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19 mars 2012

A l’école de la forêt

Apprendre le nez en l’air et la tête au vent. En touchant, humant et surtout en se promenant dans les bois! C’est le projet lancé dans certaines classes d’école enfantine. L’exemple de Neyruz (FR).

L'enseignante et les enfants dans la forêt
A l'initiative de Véronique Stucky, enseignante (au milieu), trois classes de Neyruz passent une demi-journée par semaine au grand air.
Encadrés par trois enseignantes, les enfants partent à la queue leu leu en direction de la forêt.
Encadrés par trois enseignantes, les enfants partent à la queue leu leu en direction de la forêt.

Ils ont enfilé leurs vestes et leurs bonnets. Leur petit sac sur le dos et les voilà partis, à la queue leu leu en direction de la forêt. Les trois classes de l’école enfantine de Neyruz (FR) auraient-elles pris le chemin de l’école buissonnière? Non, dans ce village précurseur, les classes enfantines bénéficient d’une demi-journée par semaine en plein air.

Une initiative lancée il y a deux ans et vivement encouragée par le canton. «Je trouvais impensable de rester toute la semaine entre quatre murs avec mes élèves. Ils ont besoin de toucher, de bouger, d’avoir du concret entre les mains. Pourquoi apprendre les feuilles des arbres avec des fiches?» commente l’enseignante Véronique Stucky, qui a entraîné deux autres collègues dans son projet à ciel ouvert.

Tous les objectifs que l’on travaille en classe, on les retrouve ici.

Mais la sortie n’est pas non plus un quartier libre, ni un grand défouloir hors les murs. Plusieurs rituels, points de repère fixes, et un programme bien établi encadrent la sortie comme autant de petits cailloux blancs. «On suit chaque fois le même déroulé, ça calme les enfants et on n’a pas besoin de tout renégocier», explique Sylvie Grossrieder. Coup d’œil à la météo, histoire de lever les yeux au ciel, chanson de mise en route, répétition des règles de sécurité. Les enfants sont alors prêts à mettre le pied en forêt.

Une occasion pour aborder le thème de l’écologie

A l'écoute de la Nature...
A l'écoute de la Nature...

Une première tâche les attend, tout au long de la route: ramasser les déchets. Très vite, la petite charrette qui accompagne le convoi se remplit de canettes, d’emballages en plastique, de détritus, sous les yeux étonnés des enfants. «Moi, je n’aime pas tous ces déchets. Je suis fâché parce que ça pollue la nature», lance Evan du haut de ses 5 ans. La sortie est aussi l’occasion de parler d’écologie.

A l’orée de la forêt, tout le monde s’arrête. C’est que pour pénétrer sur le territoire des lutins, il faut encore demander la permission au gardien: un vieux chêne au tronc tapissé de lierre. Véronique Stucky se penche et chuchote au creux de l’arbre. Silence dans les rangs. La maîtresse reprend: «Il est d’accord de nous laisser entrer, mais il nous dit de bien ouvrir les yeux.» Les enfants aussitôt observent, se font plus attentifs, s’extasient sur une colonne de fourmis.

Dans la forêt, tout a été soigneusement installé pour la classe végétale: un canapé forestier, point de base et de ralliement des classes en plein air. Autrement dit, des murs de branchages disposés en rond avec une bâche à disposition en cas de pluie. A côté, une autre enceinte boisée, un peu plus petite, abrite les toilettes sèches. Plusieurs billots de pin éparpillés çà et là ponctuent le sol comme autant de sièges de fortune.

Des jeux à but pédagogique

Véronique Stucky semble parfaitement à l'aise dans son élément!
Véronique Stucky semble parfaitement à l'aise dans son élément!

L’ambiance est chaleureuse, inédite et les enfants visiblement le ressentent. Pas besoin de faire de discipline, ni de remise à l’ordre. Ils sont spontanément réceptifs, à l’écoute, disposés à apprendre. Car les jeux proposés gardent bien sûr un but pédagogique: reconnaître à l’aveugle des pives cachées dans un sac, c’est l’occasion d’affiner sa motricité fine, son sens du toucher, puis d’élargir ses connaissances de la nature.

L’enseignante s’adapte aux imprévus

Oui, la forêt est un cadre idéal pour acquérir les bases de la vie pratique, comme apprendre à faire un feu, mais aussi pour accueillir les matières classiques. Qu’une araignée traverse l’aire de jeu, c’est l’occasion de faire des maths en comptant ses pattes. «Tous les objectifs que l’on travaille en classe, on les retrouve ici. Il faut juste un peu de souplesse, accepter de changer son programme ou d’interrompre une activité pour prendre ce qui vient, oiseau, insecte ou ce que les enfants amènent», répond Véronique Stucky.

Après le goûter, les enfants ont un moment de récréation. Tout le monde s’ébroue, part à la conquête des monticules, bâton en main. «Pour eux, c’est la partie la plus importante. Ils deviennent plus créatifs parce qu’il n’y a plus l’intervention de l’adulte», commente Marion Dubost. Pour les trois enseignantes, les bénéfices semblent évidents: «Ils apprennent mieux. Parce qu’ils vivent les choses avec leurs mains, apprennent avec leur tête et leur cœur. C’est du concret, ils sentent, ils goûtent, certains sont même devenus plus courageux, plus débrouillards.» Les enfants repartent, barbouillés jusqu’au nez, mais joyeux comme des pinsons dans le soleil rasant.

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Christophe Chammartin