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15 septembre 2014

A l’école de la vie

Savoir dire non, se faire respecter et se défendre, ça s’apprend. Par exemple en suivant les cours d’autoprotection et de prise de confiance en soi dispensés par Daphné Jaquet-Chiffelle, directrice de Tatout.

Daphné Jaquet-Chiffelle montre l'exemple à une fille
Les jeunes doivent promettre de n'utiliser les techniques de défense apprises en cours qu’en cas d'extrême nécessité.

Si Bryan, Loane, Rémi et Michael ainsi que cinq autres préadolescents de leur âge – ils ont tous entre 10 et 14 ans – ont décidé d’aller à l’école ce week-end, ce n’est pas pour réviser ou faire du sport, quoique. La petite troupe est là afin de suivre un cours de self-défense pour jeunes. «Outre les exercices d’autoprotection physiques, nous travaillons énormément sur la prise de confiance en soi», précise Daphné Jaquet-Chiffelle, directrice de Tatout , l’institution qui organise ces formations dans toute la Suisse romande depuis maintenant une vingtaine d’années.

Les enfants apprennent des techniques de self-défense lors d’attaques au sol (photo), par-devant et par-derrière.

Après une soirée réservée aux parents où les instructeurs expliquent en détail le déroulement des cours, les enfants se réunissent durant deux demi-journées, en compagnie de moniteurs homme et femme – «car la violence ne doit pas avoir de sexe» – avant de se retrouver quelques semaines plus tard pour rafraîchir leurs connaissances. «Il est important que les enfants répètent les exercices appris afin de pouvoir développer des réflexes en cas de danger», explique Daphné Jaquet-Chiffelle.

Eviter de paraître une «proie facile»

Toutefois, il n’est pas question de rendre les participants paranoïaques. «Nous leur exposons les dangers potentiels que peut représenter telle ou telle situation, sans entrer dans les détails. Quand un parent explique à son enfant qu’il doit faire attention en traversant la rue, il ne va pas lui dresser la liste de toutes les conséquences possibles en cas d’accidents. Chez Tatout, nous procédons de la même manière.»

Les premières parties de chaque cours sont consacrées aux techniques verbales et aux attitudes corporelles. Ainsi, dans la salle de sport, les enfants apprennent tout d’abord à marcher avec confiance. La directrice de Tatout:

Un regard fuyant, un corps recroquevillé sur lui-même indiquent à un éventuel agresseur que la proie peut être facile»

En plus des techniques de défense, les enfants apprennent aussi à renforcer leur confiance en eux.

Puis à travers différents jeux de rôles, les participants apprennent à écouter leur intuition, à poser leur voix et à dire non par une posture claire. «En fonction de ce que les parents nous ont dit, nous personnalisons les scénarios afin de les rendre plus crédibles», précise Daphné Jaquet-Chiffelle.

Ainsi, les enfants apprennent à réagir, à se protéger et à chercher de l’aide auprès d’une personne de confiance quand, à la piscine, un homme se montre quelque peu insistant avec un groupe de jeunes filles, quand un copain de classe force un jeune à voler dans un magasin ou quand un adulte pose la main sur la cuisse d’une adolescente.

Enfin, par de petits gestes simples, comme mimer le fait d’écraser quelque chose avec son pied, les jeunes apprennent à évacuer les mots blessants qui fusent souvent dans les préaux. «J’ai découvert ces cours d’autoprotection durant mes études de droit à Harvard, puis j’ai développé une offre à mon retour en Suisse, mais en l’adaptant à la culture européenne. Ainsi, la partie prévention de la violence a nettement été étoffée», explique Daphné Jaquet-Chiffelle durant la pause, avant d’ajouter: «Tous nos moniteurs ont suivi une formation spécifique d’une année et ont l’habitude de travailler avec des enfants, car, à 90%, il s’agit d’enseignants, d’éducateurs ou de psychologues.»

Les enfants font face à des situations crédibles et apprennent à frapper l’instructeur.

La seconde partie du cours est sans doute la plus spectaculaire puisqu’il s’agit d’aborder des techniques physiques de self-défense. Attaques par-devant, par-derrière ou au sol: les enfants font face à des situations crédibles et apprennent à frapper l’instructeur – qui porte une armure rembourrée – aux endroits qui font mal: ventre et pieds, mais aussi parties génitales et visage.

Une manière de développer l’agressivité des enfants? «Avant chaque séance, nous mettons en place une partie très solennelle durant laquelle les participants nous promettent de n’utiliser ce qu’ils vont apprendre qu’en cas d’extrême nécessité et de ne pas montrer ces techniques à autrui, rassure Daphné Jaquet-Chiffelle.

Depuis vingt ans que je donne ces cours, je n’ai jamais connu de débordements.»

A la fin du cours, les enfants sont invités à montrer à leurs parents ce qu’ils ont appris durant le week-end. Karin, la maman de Michael, n’a rien raté de la démonstration de son fils. «J’ai décidé de l’inscrire car il manquait un peu de confiance en soi et s’est fait embêter dans la cour de récréation. Rien de grave en fait, mais j’aimerais lui donner des outils pour faire face à des situations qui, je l’espère, ne se présenteront jamais.»

Et de conclure: «Dans ce cours, on répète aussi des choses très simples comme le fait de ne pas monter dans la voiture d’un inconnu. Mais j’ai l’impression que le message a plus d’impact quand il est dit dans ce cadre-là plutôt qu’à la maison par l’un des parents.»

En plus des cours chez Tatout , d'autres formations sont également au programme de l'Ecole-club Migros.

© Migros Magazine – Pierre Wuthrich

Auteur: Pierre Wuthrich